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Les 4 Temps du Management - Réinventer le Management
Il est temps de réinventer le management

Pathologies

Renault : Un cas de névrose paranoïaque


Precepta stratégiques a reçu Hervé Laroche et Christelle Théron, réspectivement professeur à ESCP Europe et attachée temporaire d’enseignement et de recherche à l’université de Cergy-Pontoise dans le cadre de l'article intitulé « managers et espions : l’affaire Renault », paru dans la Revue Française de Gestion. Une interview menée par Jean-Philippe Deni

Un excellent reportage à lire sur l'Express
Transcription de l'entretien de mise à pied sur le Point
Les enregistrements ne sont plus accessibles sur le net 
Affaire des faux espions de Renault : sous la croyance, l’imaginaire
Autre transcription de l'entretien sur le blog "L'agent conseil"

Carlos Goshn fait marche arrière

La justice a officiellement innocenté les trois cadres de Renault accusés injustement par leur direction d'espionnage industriel au profit de la Chine. Les trois hommes se sont vus proposer de réintégrer la marque au losange mais l'un deux, Michel Balthazard, a refusé cette offre.

 

Transcription des enregistrements de l'entretien de mise à pied

La discussion se déroule le 3 janvier 2011. À 8 heures du matin, Bertrand Rochette, cadre dirigeant chez Renault, vient présenter ses voeux à Patrick Pélata, le directeur général d'alors. Les deux hommes se connaissent depuis vingt ans et se tutoient. Mais la rencontre prend une tournure inattendue.

Patrick Pélata : Oui ? Bonjour
Bertrand Rochette : Salut Patrick
- Ça va ?
- Ça va bien. Tous mes voeux.
- Ben, pareil. Alors figure-toi que je te reçois pour... parce qu'on a découvert que t'avais fait des choses graves.
- Ça, c'est assez embêtant.
- Ouais, ouais. On a découvert ça dans les derniers... dans les dernières semaines. On a... Donc, c'est grave, puisque ça relève du pénal.
- Quoi ?
- Oui. Ça relève de l'espionnage industriel aussi, au profit d'intérêts étrangers. Donc, c'est très, très embêtant. Je suis sidéré que ce soit toi qui fasses un truc pareil, si tu veux.
- Je suis désolé, mais je...
- Ça a été fait à plusieurs. On sait ces choses-là. Il y a en ce moment d'autres entretiens avec d'autres personnes qui sont impliquées. Donc, y'a Balthazard, et d'autres.
- (raclement de gorge) Oui, j'accuse le coup, parce que je... Vraiment, je suis désolé, je dois pas être bien câblé ce matin, mais je comprends pas.
- Écoute, y'a... C'est un cas de corruption, c'est-à-dire qu'une entreprise étrangère te donne de l'argent sur un compte contre des choses qu'on aimerait savoir justement. Enfin, qu'on imagine un peu. Qu'on ne connaît pas dans le détail, et qu'on voudrait savoir.
- Une entreprise étrangère ?...
- Ouais.
- Je comprends pas, honnêtement, je comprends vraiment pas. Enfin, je pensais pas venir pour ça d'une part (raclement de gorge). Mais je comprends vraiment pas. Non, attends, les entreprises étrangères avec lesquelles j'ai pu être en contact par des mails, l'année dernière, donc il s'est passé beaucoup de temps...
- Michel Balthazard ne t'a jamais demandé de lui fournir des plans ou des ?...
- Tu rigoles ?
- Je sais pas.
- Alors, attends, des plans qu'on a pu fournir peut-être pour (inaudible) via les études sur les différents (inaudible), etc. C'est possible qu'on ait fait des choses comme ça. Euh... À part...
- Non, non, non, c'est pas... C'est contre une rémunération qui tombe sur un compte que tu as...
- À moi ?
- Oui.
- J'ai jamais... Je ne comprends... franchement, honnêtement... Là, je suis complètement désarçonné. Enfin, je pourrais... Enfin, non, honnêtement, je comprends pas. En plus, je suis pas quelqu'un qui cherche ce genre de (inaudible). Enfin, vous devez avoir des preuves. Le problème, c'est que je connais pas le compte. J'ai aucune idée de cette affaire-là. J'ai touché mes stock-options y'a trois ans (inaudible). Je les ai réalisées au bon moment, au (inaudible). À part ça, je vois pas de quoi il s'agit. J'ai deux comptes au CIC, un à la Caisse d'épargne qui a été fermé il y a un an. En Suisse, j'en connais pas (inaudible). Non. Honnêtement, je peux essayer de repenser aux bêtises que j'aurais faites par naïveté, incompréhension ou insouciance, mais là, je... Je suis...
- Écoute, y'a beaucoup d'argent qui a été mis sur la table et ça concerne plusieurs personnes de Renault, dont Michel Balthazard, et toi, et d'autres après. Et ce qu'on cherche à savoir... C'est suffisamment grave pour que y'ait une mise à pied et... (inaudible) licenciement, si tu veux.
- Je comprends bien que si, c'est grave, mettons que ça puisse s'envisager, mais je comprends ni le rôle que j'ai joué là-dedans, ni la conscience même que ça existe. Je... (soupir) Je suis un peu troublé là, à vrai dire. Je te le dis honnêtement. Je sais pas où sont mes fautes, je ne sais pas de quoi il s'agit. Donc, voilà. À moins que je sois complètement inconscient. Je sais pas ce que... Donc, les plans, c'est la propriété...
- C'est lié au véhicule électrique.
- Au véhicule électrique ? En plus, le véhicule électrique, je... À mon grand regret, j'y ai pas beaucoup trempé, parce que... À part toute la (inaudible ), on a eu du mal à faire rentrer la voiture dans son plan de référence et dans son design, j'ai pas fait grand-chose (inaudible ) des équipes dédiées, etc. Non, mais je pense que enfin. Je suis rassuré parce que je sais que j'ai rien fait là-dedans, par contre je n'ai absolument pas... Je suis très troublé que mon nom arrive là-dedans, dans cette affaire-là, parce que (inaudible).
- Il arrive parce qu'y'a de l'argent qui est arrivé quoi.
- Y'a de l'argent qui est arrivé ? Mais je n'ai absolument aucune conscience de ça. Mais qui est arrivé sur un compte à moi ?
- Ouais.
- Un compte d'où ?
- Je peux pas t'en dire beaucoup plus, mais c'est un compte qui a été ouvert, ailleurs.
- C'est incroyable.
- En plus, c'est de la propriété sur le véhicule électrique. C'est sur les systèmes de (inaudible), les moteurs, la charge remplie, ce genre de trucs.
- Je sais pas, les batteries, c'est pas nous. C'est ESC. Ouais, enfin, je pense qu'il faut qu'il y ait une enquête, parce que...
- Y'a eu enquête. C'est pour ça que je te... Ça fait plusieurs semaines qu'on travaille sur ce truc-là (raclement de gorge). Encore une fois, t'es pas tout seul en cause. Et y'a Michel Balthazard en cause aussi.
- Je peux pas parler pour Michel, je...
- C'est assez embêtant, parce que c'est... C'est assez embêtant.
- En même temps, il faut me montrer les éléments de l'enquête. J'ai dû jouer là-dedans un rôle. À mon corps défendant si j'en ai joué un.
- Si t'as un compte, t'es quand même au courant.
- Un compte où ? Mais de quel compte on me parle ? Je ne suis absolument pas au courant.
- (inaudible)
- D'une part, j'ai rien fourni. D'autre part, je connais vraiment pas bien les techniques du véhicule électrique, parce que c'est un monde qui est un petit peu à part. Troisièmement, le compte en question, je le connais pas. Et quatrièmement, je tombe un peu de mon armoire. Je sais que c'est humain, mais... Donc, y'a des gens qui manipulent des choses pour créer ton dossier. J'ai pas conscience si... j'ai pas beaucoup d'ennemis non plus. Pas beaucoup.
- Nous, on a besoin de savoir, si tu veux, parce que on peut pas laisser... on peut pas laisser un truc comme ça se (inaudible). C'est un réseau, c'est pas une seule personne quoi. Et donc, il faut qu'on sache. On peut pas laisser une (inaudible) s'installer dans l'entreprise et ne rien faire. Donc, il faut qu'on sache. C'est clair aussi que c'est une rupture de confiance.
- Ah ben, j'imagine bien, bien sûr. Je ne sais pas ce qu'il faut faire. Que les éléments de preuves me soient soumis, enfin, je sais pas si c'est faisable, dans quel cadre, ça se (inaudible).
- Écoute, y'a deux solutions. Soit t'arrives à retrouver tout seul ce qui s'est passé. Soit, sinon, nous, on est obligés d'aller au pénal, si tu veux. Si on va au pénal, à ce moment-là, ça devient vite une grosse grosse affaire.
- J'imagine bien. Mais alors... non, mais le problème, c'est que je sais même pas par où attraper cette question-là, parce que je ne trempe pas dans le véhicule électrique. J'ai pas été copié des dossiers... enfin... honnêtement, je comprends vraiment pas. Je comprends vraiment pas (inaudible). Moi, je peux pas faire une enquête là-dessus demain matin. Par où veux-tu que je prenne ça, j'ai aucune idée de ce qui se passe.
- T'as pas été sollicité par des gens de droite ou de gauche au sein de Renault pour donner des informations qui t'ont semblé étranges ?
- (raclement de gorge) Non, enfin, je suis quand même un minimum conscient de ce que je fais et des (inaudible). Je pense plutôt être loyal. Ah ! non, non, non, non. Y'a une chose que j'ai faite, d'ailleurs, j'ai (inaudible), j'ai fait une conférence à l'Essec sur la mobilité durable pour tous, j'ai parlé de...
- On parle de technologie, là...
- Désolé, là, je pense qu'on fait fausse route.
- Je te dis, c'est une information dure, c'est pas...
- C'est incroyable. C'est incroyable. En plus, ces comptes, je les connais même pas, et pour cause. Parce que j'aurais vu ce compte débarquer avec de l'argent, compte tenu du fait que j'ai rien donné comme info, ben, j'aurais pu m'enthousiasmer. Mais je me serais quand même un peu méfié, parce que ça me semble quand même pas normal. Donc, je suis un peu... Qu'est-ce que c'est que tout ça ?
- Si on sait rien, nous, à la fin, faut qu'on aille au pénal. Et lancer une enquête en bonne et due forme. Sauf que, une enquête en bonne et due forme, s'il est avéré que y'a...
- Ah, mais, moi, j'ai aucun souci pour... Aujourd'hui, ce que je me dis, c'est, bon Dieu, est-ce que je me suis fait prendre un PC avec des fausses choses dessus, ou (inaudible). En plus, j'ai aucune information sur la technologie Innoveum, j'imagine, un peu pointue qui soit de manière à intéresser les concurrents. Même sur mon PC, parce que je n'y ai pas accès. C'est pas tellement. Moi, aujourd'hui, dans ma fonction, j'ai pas tellement été creusé ça. Donc, compte tenu que mes journées sont bien occupées, que je cherche pas à arrondir mes fins de mois, quels seraient mes mobiles ? Je serais déçu de Renault ? J'aurais des choses à venger ? Non, mais je suis serein dans le cadre pénal. Honnêtement, je suis serein. Il faut faire ça. Pour être blanchi. Enfin pour ce qui me concerne en tout cas. C'est la meilleure chose, même si ça m'amuse pas forcément. Parce que je sais que c'est lourd, et je sais que c'est... Le simple fait d'être mis en cause, si tu veux, vis-à-vis des collègues, c'est un truc (inaudible).
- Moi, j'avoue que ça nous (inaudible) aussi, si tu veux. Sauf que voilà...
- Je pense que ça va être... Non, il faut que la lumière soit faite (inaudible). En tout cas, j'ai aucun souci par rapport à l'enquête pénale si c'est le seul moyen d'avoir la... Alors, je me méfierais de trucs où des gens mal intentionnés chercheraient à m'emmener dans le système.
- Ça, c'est une autre hypothèse. Mais faut qu'on trouve.
- J'imagine bien.
- Y'a beaucoup plus d'argent sur d'autres personnes. Donc...
- Y'a de l'argent... Honnêtement, c'est un truc délirant. Délirant... C'est quand même une grosse affaire.
- Qui peut avoir eu intérêt à te mouiller, toi ?
- C'est ça que je cherche. Alors ça, c'est une très bonne question. C'est une bonne question, parce que honnêtement, la manière dont on a approché les questions, dont on a pu travailler, sur les technos du VE ces deux dernières années, là, depuis le filage concept de la S10 qui était déjà complètement mis entre les mains d'un (inaudible), dès le départ, si tu veux. Y'a eu clairement, je dirais pas des territoires, mais des responsabilités mises sur des acteurs qui étaient concentrés à temps plein à faire que ça. Nous, ce qu'on a fait, on a joué un rôle quand la synthèse véhicule merdait sur trois, quatre sujets. Et avant tout, les sujets (inaudible) architecture, donc bien sûr, je suis un peu au courant de ce qu'on fait sur (inaudible), sur les systèmes de freinage découplés, mais à un niveau... J'ai pas été creusé ça, d'une part (inaudible), mais en plus, être au contact de l'info sensible là-dessus, carrément pas du tout quoi.
- Ben, on sait pas exactement ce que ces intérêts étrangers cherchent à savoir en détail. Ça fait partie de ce qu'on... Là, on essaie de comprendre.
- En plus, dans la galaxie du VE, les intérêts étrangers avec lesquels on a pu avoir contact, c'est vraiment rien, quoi, c'est vraiment aucun (inaudible). Parce qu'alors là, déjà, c'est une affaire vraiment interne où toute la stratégie de Renault est en avant, c'est plutôt... À part les batteries (inaudible), j'ai visité les usines au Danemark y'a deux ans, un an et demi. La Chine, je n'y ai jamais mis les pieds. L'Allemagne, je connais que (inaudible)..., mais je t'avoue qu'on était bien incapables de fournir quoi que ce soit et ils ont rien demandé à la (inaudible )... y'a des gens des systèmes de véhicules électriques qui doivent se causer, parce qu'on vend notre moteur pour utiliser la batterie (inaudible). Là, je suis tellement... tellement loin de ce truc-là. Faut qu'y'ait une enquête.
- Le truc incroyable, c'est qu'y'a des faits solides qui montrent qu'y'a un compte avec de l'argent...
- ... alors ça, c'est quand même...
- ... et depuis déjà un certain temps. Plusieurs mois.
- Plusieurs mois ?
- Pas deux ou trois. Plus que ça. C'est quelque chose qui existe depuis, si tu veux... Y'a des gens qui fournissent des informations à l'extérieur de l'entreprise contre rémunération et dans la cascade de l'argent qui descend, il y a Bertrand Rochette.
- Alors là, franchement, je pensais pas que tu prendrais un rendez-vous ce matin pour me dire ça.
- Ouais. C'est pas tout à fait de gaité de coeur.
- Je sais, Patrick, je sais. Je sais que t'as pu être déçu sur le coup aussi. Je suis complètement paumé. C'est peut-être aussi un moyen de noyer.. de fondre le réseau des acteurs dans une masse d'autres... Moi, je cherche la connerie que j'aurais pu faire par bêtise ou par naïveté. Parce que ça, ça aurait encore pu être une possibilité. Mais alors dans le domaine des technologies du VE... Que j'aie trop parlé avec des maires à l'époque de... C'est vraiment le truc où j'ai beaucoup travaillé y'a un an...
- C'est pas de ce côté-là.
- Ce qui est fort, c'est que... Je sais pas... Des gens qui auraient eu accès à des données sur mon PC ou autre... parce que je l'ai laissé à l'aéroport... Mais qui après m'ouvrent un compte et me versent de l'argent dessus. Ça, c'est... c'est pervers. Mais je n'ai pas, je pense, ni perdu de support d'information, ni.. (inaudible). Je sais pas ce qu'il faut faire pour les étapes suivantes...
- Faut qu'on trouve. Faut que tu nous aides à trouver. Faut qu'on trouve. Y'a pas d'autres solutions. Nous, on peut pas laisser un truc comme ça agir de l'entreprise...
- ... j'imagine...
- ... continuer.
- Moi, je veux bien coopérer dans cette recherche, de toute façon, je peux être sur écoutes, sur tout ce que vous voulez sans aucun problème. Par contre... Ou chercher. Des gens qui connaissent les réseaux de techno du VE, y en a... Je sais pas si c'est... Ils sont assez facilement identifiables.
- Y'a jamais personne qui t'a dit "est-ce que tu peux me donner des choses, des données, des plans, sur 2012, sur (inaudible)" et que t'aies trouvé ça un peu bizarre ?
- D'une part, non. Et deuxièmement, je me serais méfié quand même. Parce que, alors, si tu veux, à force de sortir d'Ile-de-France, de France, depuis le temps qu'on bosse avec Nissan, (inaudible), on fait très attention à l'aspect de la propriété intellectuelle et des échanges de données. On n'est plus du tout les naïfs qu'on était y'a cinq ou dix ans. On n'est pas encore assez équipés là-dessus. Là-dessus, on fait plus n'importe quoi. Là, en ce moment, c'est la Russie, donc on fait attention. On gère notre propriété intellectuelle. On fait attention. Donc les transferts de données, c'est (inaudible). À mon avis, faut revoir ça aussi. C'est très, très bien organisé ce truc-là. Ça veut dire qu'ils ont pensé à un système dans lequel ils mouillent les acteurs et ils font descendre une pluie d'argent de manière à rendre plus complexe l'identification du coupable. C'est vraiment sophistiqué, parce que... En plus, c'est pas idiot, parce que, moi, je travaille sur (inaudible). Bon. Bon, ce qui est sûr, c'est qu'il y a un plan qui a été donné par un pourri, quoi (inaudible). On peut imaginer tout un truc.
- Et t'as aucune idée sur qui ça peut être ?
- (raclement de gorge) Honnêtement, moi, je peux pas dire un nom. Je connais tous les noms, pas tous les noms, je connais beaucoup de gens qui travaillent sur le VE. Je connais moins les gens de (inaudible ), mais j'en connais quelques-uns. Je vais pas commencer à te faire la liste des gens qu'il y a dans l'organigramme, ce serait débile, à commencer par les copains ou quoi. On les connaît et... (soupir). Donc. Après, c'est une question de mobile, là-dedans. C'est quand même ça, la première chose.
- Ben, le mobile au moins pour certains, c'est l'argent, c'est quand même clair. Y'a des sommes d'argent significatives en fait.
- (raclement de gorge) Je me souviens d'avoir eu, il y a longtemps, une conférence de la DGS... je sais plus quoi (inaudible), on nous a expliqué que dans les mobiles, les gens qu'on contactait, on contactait aussi des gens (inaudible).
- Nous, on est devant une situation assez embarrassante, si tu veux, parce qu'on sait, on est devant ces faits assez solides, si tu veux, et est-ce qu'on laisse dans le (inaudible) des gens travailler comme ça, c'est plus possible. Donc, on est obligés de couper tout de suite, et puis ensuite on va... Évidemment, ce serait beaucoup plus simple si, avec tous les interviews qui sont faites, en parallèle ce matin, on arrivait à faire quelque chose de précis, parce que ça permettrait de décanter les choses et de savoir qui, comment et puis... Ça, ça veut dire qu'on va en passer par une mise à pied.
- C'est-à-dire ?
- Ben, une mise à pied, ça veut dire que t'es... ton téléphone est coupé, ton accès à ton ordinateur est coupé, t'as une mise à pied temporaire, enfin... je sais pas comment on appelle ça, conservatoire (silence). Ah ! oui, oui, c'est pas une affaire...
- Je cherche qui pourrait m'en vouloir, mais... (silence). Je vois comment... (inaudible). Si y'a des entretiens qui se font (inaudible), j'espère bien que ça va passer par nous (silence). Une mise à pied.
- Pardon ?
- Je dis une mise à pied. J'aurais jamais pensé que ça puisse m'arriver.
- J'avais du mal à imaginer que ça puisse t'arriver, mais... voilà. Tu dis que t'es prêt à nous aider à trouver ce qui a pu se passer ?
- Bah, oui, bien sûr. Mais comment je peux faire ça. Je peux commencer à faire fonctionner mes neurones, mais... Si j'ai aucune idée du contexte, de qui est en cause, de, avoue que c'est pas non plus facile. Et puis je suis pas sûr que j'aie quelque part la position... Je peux le faire de l'intérieur, parce que je connais tout le monde. Mais j'ai pas un mandat et une étoile accrochée ici pour aller interroger les suspects. C'est sous une forme... Je suis bien sûr prêt à aider. D'abord pour m'en sortir, parce que je trouve ça quand même, enfin, je pense que c'est grave.
- C'est grave pour nous et c'est grave pour toi.
- Ben oui, j'ai bien compris. Et alors je suis tellement, tellement, tellement, comment dire, je comprends pas.
- Bon.
- Donc, oui, ben, je sais pas si y'a moyen d'aider... va falloir que je me remue un peu, si je veux... J'ai intérêt à m'aider moi d'abord, parce que...
- Nous, faut qu'on sorte cette gangrène de Renault, si tu veux, ça, c'est clair.
- Vous avez quoi comme... (inaudible) ?
- Là, j'ai la lettre de ta mise à pied. Donc, la procédure légale, c'est on te convoque cinq jours ouvrés après cet entretien pour un entretien formel. Et c'est une sanction qui peut mener jusqu'au licenciement. Donc, là, je te la remets. Donc, soit la raison, si tu veux (inaudible). Tu écris dessus en petites lettres "reçu en mains propres et pris connaissance le 3/01" (inaudible). Donc, si tu veux, y'a trois solutions. Soit tout ce que tu me dis là est vrai, et c'est simplement quelqu'un qui t'as associé à ce truc-là, qui a ouvert un compte à ton nom, etc., etc., avec de l'argent dessus. Pour je ne sais trop quoi. Soit tu me dis un mensonge, tu te fais écarter. Ensuite, soit on arrive à comprendre ce qui se passe, et si t'es pas impliqué, évidemment on reviendra sur le départ, si t'es impliqué, il faut quitter l'entreprise. Soit tu démissionnes, soit c'est un licenciement. Et sinon, en fait, on va au pénal, pour comprendre jusqu'au bout ce qui s'est passé.
- Moi, j'irai au pénal, ça, c'est sûr. C'est sûr que je veux être lavé de ce truc-là. Je vais déjà me faire conseiller par un avocat. J'en ai un très bien pour ce genre d'affaires.
- Ce qu'on peut faire dans la première hypothèse, c'est que tu nous aides éventuellement à vérifier les comptes, par exemple.
- Je n'ai aucun problème (inaudible). J'ai pas reçu de courrier, de mail, m'en informant, par exemple. Tu me diras, si quelqu'un a fait ça, il va pas m'envoyer un e-mail pour me...
- On va voir avec la sécurité de Renault ce qu'on peut faire pour clarifier la première hypothèse (inaudible). Ton téléphone est déjà coupé. C'est une opération... Donc là, tu vas être accompagné à ton bureau avec les agents de sécurité pour que tu reprennes tes affaires perso, et t'es dehors. On te reprend ton badge, etc. (bruit de chaises). On fait un débrief tout à l'heure de ce qui ressort des autres entretiens. Ce que je vais proposer à la sécurité, c'est qu'ils viennent de toi, que vous collaboriez pour qu'on arrive à comprendre ce qui s'est passé. Moi aussi, j'espère bien que tu seras blanchi. Il n'y a que la vérité qui compte dans ces machins-là à la fin.
- Ouais, si on peut l'établir...
- Déjà, si tu collabores (inaudible). Ça veut dire qu'on peut aller voir le compte qu'on a ouvert à ton nom, combien d'argent, etc., etc. Ça va déjà nous aider.
- Y'a pas de souci.
- Et j'espère que tu comprends ce qui se passe. C'est assez...
- Non, mais je comprends, mais alors je suis... C'est un début d'année particulier.
- Oui.
- Je pensais (inaudible). J'en garde une copie de ça ?
- Non, je crois pas que ce soit nécessaire.
- J'ai pas fait attention à ce qui était écrit dessus, j'ai pas lu...
- Y'a suffisamment d'argent en jeu, au total, pour que ce soit pas, c'est pas (inaudible). La question, c'est quel rôle, toi, t'as réellement joué là-dedans, et sinon, si y'a quelqu'un qui se sert de ton nom pour faire écran, qu'on le trouve quoi.
- Et dans l'équipe proche...
- (On frappe à la porte) Merci. Tiens (inaudible).
- Qu'est-ce qui se passe, là ?
- On te raccompagne à ton bureau. Tu récupères tes affaires personnelles, et tu sors. Tu reviens le 11 pour la convocation. Et en fait, moi, je vais demander tout de suite à la sécurité qu'ils prennent contact avec toi pour que le plus vite possible ils puissent travailler avec toi pour essayer de trouver ce qui s'est passé. Donc déjà aller regarder...
- Mais on fait comment ?
- T'inquiètes pas, on a ton adresse (inaudible). 




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