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Les 4 Temps du Management - Réinventer le Management
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Les 4 Temps du Management

Futurologie

Que va devenir le télétravail après la crise sanitaire ?


Depuis la crise du Covid, les habitudes des salariés ont changés, les entreprises ont dû s’adapter afin de transformer leurs méthodes de travail. De nombreuses entreprises ont été contraintes de mettre la totalité ou une grande partie de leurs salariés en télétravail pendant cette crise inédite. C’est dans ce contexte que des millions de français ont connu du jour au lendemain une mutation de leur manières de travailler avec un télétravail imprévu et impréparé. Nous nous intéresserons donc à la perception du télétravail depuis la crise dans le but de déterminer quelle est la meilleure organisation du travail possible en post-Covid et d’étudier notamment la solution d’un système hybride distanciel – présentiel.
 

Qu’en était-il de la perception du télétravail par les Français avant la pandémie ?

La notion de télétravail est apparue dans les années 1950 aux États-Unis avec les travaux de Norbert Wiener sur la cybernétique (qui est à l’origine de l’informatique). Dans les années 80 le télétravail n'était pas viable car cet outil n’était pas encore rentré dans les mœurs et donc peu apprécié par la population. A cette époque, les outils n’étaient pas encore assez développés dû au coût exorbitant des nouvelles technologies. Les entreprises étaient vraiment frileuses à ce genre de système par rapport à la protection des données mais aussi à l’autonomie des salariés, ils ne pouvaient pas surveiller si le travail était bien exécuté ou non.
 
C’est suite à l’apparition de « l’internet 2.0 », et plus globalement lors de l’évolution des nouvelles technologies que le terme de travail à distance à fait son grand retour avec les nouvelles générations (X et Y). Ainsi, de nombreuses études ont été menées en France et dans le monde concernant les attentes, l’intérêt mais aussi les aspects positifs et négatifs du télétravail. Les chercheurs ont autant travaillé et approfondis leurs recherches du côté des salariés que du côté des entreprises. Il en résulte finalement une forme d’appétence pour le travail à distance notamment de la part des salariés et des plus jeunes que nous pouvons mettre en contradiction avec une appréhension de la part de dirigeants et managers, appartenant notamment à des générations plus anciennes. Avec le temps et l’évolution des technologies et des méthodes de management, le télétravail est jugé comme une évolution logique du travail dans la société. Ainsi, nous résumons les deux types de télétravail qui existent :
Que ce soit du point de vue des salariés ou celui de l’entreprise, nous pouvons distinguer plusieurs arguments favorable au télétravail.  
 
 

Et depuis la crise du Covid, quid de la perception du télétravail ?

Depuis de nombreuses années, une majorité des Français étaient dans l’attente d’une évolution des méthodes de travail qui impliquerait une augmentation du distanciel. La crise de la Covid a été un accélérateur du télétravail puisque dès le premier confinement en Mars 2020, il fut imposé à tous lorsque cela était possible, soit à plus d’un quart des Français. A l’issu de ce premier confinement, des études ont été menées afin d’évaluer la perception des individus sur le télétravail. Dans cette partie, nous nous appuierons sur 2 études ; une auprès d’un échantillon de 6400 étudiants et une seconde auprès de salariés de 150 entreprises. L’objectif de ces études qualitatives et quantitatives est d’identifier et de comprendre les freins à l’appropriation du télétravail par ces derniers.

La perception du télétravail du point de vue des étudiants : Parmi les étudiants majoritairement âgés entre 18 et 25 ans, les principales tendances qui ressortent sont la difficulté de rester concentré plus de 2 heures, la sensation d’isolement, le manque d’interaction intra-étudiant et étudiant-professeur, ainsi qu’une difficulté d’organisation.
De plus, une grande majorité affirmait que leur charge de travail hors télétravail a fortement augmenté. En sommes, la majorité des étudiants trouvent la situation du 1er confinement pesante, bien qu’ils admettent globalement que leurs universités / écoles, ont su s’adapter et être réactives. Les outils à priori utilisés sont plus ou moins identiques : logiciels de visioconférences tel que Teams, Zoom, Skype... Il existe également une part d’étudiant qui mettent en avant les aspects positifs des études à distance imposées. Ils ont des profils particuliers : « Souvent en reconversion, en alternance, plus âgée, et/ou loin du lieu de formation ».

En conclusion, les études en distanciel imposées brusquement comme lors du 1er confinement ont eu un impact négatif sur la majorité des étudiants. Nous pouvons corréler cette étude avec l’isolement total imposé par le confinement, ce qui de facto vient appuyer le rejet de cette forme d’enseignement.  Nous pouvons aussi tirer la conclusion suivante : dans un autre contexte (hors Covid) et sous une forme hybride, peut-être que les résultats seraient totalement différents ? En effet, à aucun moment les étudiants se plaignent des outils du distanciel, mais principalement de l’isolement.

La perception du télétravail du point de vue des salariés des entreprises :  Depuis la Crise du Covid 19, une importante partie de la population française (environ 40%) est passée en télétravail. Notre étude se base sur plus de 150 entreprises qui ont adopté le télétravail lors de la crise. Ainsi, 75% des salariés affirment que leurs missions peuvent être adaptée à cette nouvelle forme de travail. Néanmoins des points négatifs sont évoqués tels que le manque de lien social lié à un manque de contact avec leurs collègues et clients ainsi qu’une difficulté pour certains salariés de prendre leurs marques et de s’intégrer.


 
En outre, 22% des salariés interrogés estiment que l’impact de la crise du Covid-19 sur leur entreprise est fort ou très fort, 41% d’entre eux estiment que l’impact est moyen et 37% l’estiment faible. Ces derniers ont un ressenti personnel plutôt positif : 10% seulement se disent angoissés et improductifs, 30% plutôt neutres, et 60% se disent paradoxalement motivés et concentrés. Enfin, selon les collaborateurs des 150 entreprises interrogées, le distanciel permet de mettre en exergue certains avantages et inconvénients qui sont les suivants :


Un système hybride présentiel – distanciel : la solution ?

L'ensemble des études avant la crise sanitaire nous montrent que les collaborateurs étaient en attente de moyens et d'outils de travail à distance. La crise sanitaire et les confinements nous ont imposé ces nouvelles méthodes de travail, lorsque cela était possible. Aujourd'hui, encore en pleine crise du Covid, il en résulte une opinion majoritairement défavorable au distanciel.

Nous nous posons donc légitimement les questions suivantes : 
  • Une fois sorti de la crise, pourrons-nous évoluer vers un système hybride, mi présentiel – mi distanciel ?
  •  Ce système devra-t-il être basé sur le volontariat ou imposé ?
  • Comment évoluer vers un tel système, en assurant la pérennité des structures et en répondant aux attentes des collaborateurs ?
Pour se faire, nous avons réalisé une étude quantitative auprès d’un échantillon de 81 individus Nous voulions mettre en corrélation les secteurs d’activité des sondés, leur tranche d’âge avec leur perception du télétravail avant le premier confinement, à l’heure actuelle et dans le futur.  Parmi nos sondés, le secteur tertiaire et les étudiants sont majoritairement représentés.

Avant la crise du Covid, seulement 16% des sondés utilisaient les outils distanciel tous les jours et 40% n’en utilisaient pas du tout. Alors qu’après septembre 2020, plus de 43% en utilisaient tous les jours quand seulement 12,5% les utilisent rarement ou jamais. En clair, la tendance s’est totalement inversée.
Il est aussi intéressant de comparer la perception des outils et du distanciel avant et après septembre 2020; Ainsi nous avons pu déterminer que 14% des sondés attribuaient la note de 5 sur 5 aux outils alors qu’aujourd’hui ils sont plus de 52%. Cela montre un intérêt croissant pour les outils distanciel et du télétravail ainsi qu’une forme de « découverte » des avantages liés.

Toujours dans la même optique, seulement 5% des interrogés sont totalement contre le distanciel depuis février 2020, et parmi eux, les 3/4 ont entre 18 et 25 ans et seulement 1 quart ont plus de 35 ans. Cette donnée est contre intuitive puisque nous aurions pensé que les adultes et séniors seraient réfractaires au distanciel et inversement, que les jeunes seraient plus enclins à cette méthode de travail. Aussi, la moitié d'entre eux ne se servaient pas du tout des outils distanciel avant la crise du Covid. De plus, nous leur avons demandé combien de demi-journée de télétravail serait la solution optimale d’après eux et pour plus de 37% des interrogés ce serait 4 demi-journées. Pour 19% de la population étudiée ce serait plutôt 2 demi-journées mais cela va jusqu’à 6 demi-journées pour 15% des sondés. Nous aurions pensé que les jeunes seraient demandeur d’un plus grand nombre de jours de télétravail mais d’après notre étude, ce sont les plus de 35 ans qui souhaiteraient en moyenne 5 demi-journées de télétravail quand les 18-24 ans ont une moyenne de 3,7 demi-journées.


Malgré que les jeunes aient une grande facilité avec les nouvelles technologies et prônent des méthodes de travail plus « libérées », on peut se rendre compte par notre étude, que ce n’est pas pour autant qu’ils feraient le choix du télétravail. Ce sont surtout les étudiants qui souffrent de cette distance, ils sont privés de moments conviviaux, de solidarité et d’interaction avec leurs paires, ce qui les rendent réfractaires au travail à distance. Les plus de 35 ans se sont accommodés suite à la crise sanitaire de ces nouvelles méthodes de travail et ont pu découvrir tous les aspects positifs qu’offrent le télétravail et y sont donc plus favorable. Cela peut également s’expliquer par le fait que cette partie de la population doit habituellement jongler avec leur vie de famille et leur vie professionnelle, ils ont souvent du mal à trouver un équilibre entre les deux et la mise en place du télétravail répond désormais à leurs besoins.

Avec le premier confinement et le télétravail qui étaient quasiment obligatoire, cette nouvelle méthode de travail est rentrée dans les mœurs et continuera d’exister après la crise sanitaire, de nombreuses entreprises vont faire le choix d’instaurer un système hybride qui semble être la meilleure solution. Il reste encore à déterminer si les entreprises feront le choix d’imposer ce système à ses salariés ou permettra le volontariat et laissera donc ses employés choisir s’ils souhaitent faire du télétravail ou non et combien de jours par semaine. Notre étude montre que 74% des sondés seraient contre un management à distance et du télétravail imposé aux salariés (ce qui est le cas actuellement) contre 78% qui seraient favorables au télétravail sur la base du volontariat. Cela nous montre clairement que la population est très réfractaire aux méthodes de travail imposées mais que sous la base du volontariat, les sondés ont une forte appétence pour ces nouvelles méthodes de travail. Cette donnée pourra donc être très utile aux entreprises afin de les aider à déterminer quelle est la meilleure solution à mettre en place concernant le télétravail.

Sources


Jessim Ait Cheikh
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