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Les 4 Temps du Management

Futurologie

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société


“Oui, les règles des femmes doivent devenir des sujets de politiques publiques : accès gratuit aux protections hygiéniques pour celles en difficulté, transparence de la composition, recyclage, engagement des industriels et innovations. Levons le tabou avec le gouvernement.” Marlène Schiappa -Secrétaire d’État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations - MHday en 2019.  

Les règles, mot tabou qu’on n’ose murmurer en public. Pourtant une femme utilise dans sa vie entre 11 000  à 15 000  protections hygiéniques. On peut donc s’interroger sur l’omerta de ces protections, de l’impact environnemental à l’utilisation sans oublier la responsabilité des acteurs. La problématique de cet article est donc : comment responsabiliser les acteurs des protections hygiéniques dans une dimension sociétale et environnementale.

Bien que les règles n’aient pas un âge prédéfini, elles apparaissent généralement au début de la puberté vers l’âge de 11 ans et disparaissent à la ménopause aux alentours des 50 ans, autrement dit, les femmes saignent plus de 39 ans dans leur vie. Avec un cycle moyen de 28 jours, cela revient à 500 cycles au cours d'une vie. En France, on compte plus de 16 millions de femmes réglées et donc utilisatrices de protections hygiéniques.

 

L'Utilisation et l’Accès aux protections hygiéniques

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
Des chiffres qui font froid dans le dos -  500 millions de femmes dans le monde sont atteintes de précarité menstruelle dont 2 millions de femmes en France.

La précarité menstruelle Quès aco ?  
Le fait de ne pas avoir la possibilité d’accéder à des protections hygiéniques pour des raisons diverses : précarités financières - absence de domicile etc. L’impossibilité de se procurer de tels produits ont de lourdes conséquences tant sur la santé des femmes que socialement. Dans des continents comme l’Afrique et l’Asie, les femmes réglées utilisent des torchons, feuilles séchées voire du sable pour “essuyer leurs règles”. Ce manque d’hygiène entraîne de problèmes de santé comme des démangeaisons, infections etc. Cette précarité se répercute également sur la santé psychologique, les filles ne pouvant pas accéder à ce type de produit ne peuvent se rendent à l’école ou au travail. Encore pire, dans certains pays, les femmes sont vues comme des parias. Par exemple, dans certaines régions du Népal et en Inde, les femmes durant leurs règles sont considérées “impures” et doivent avoir honte et quitter leur famille pour se retrancher dans une hutte. 

Certes en France, les femmes ne sont pas montrées du doigt pendant leurs règles mais le manque d’accès total entraîne des fissures. Le prix est la première barrière à l’accès aux protections - le prix moyen pour un paquet de serviettes de grandes marques est de 3 € - il a fallu attendre le 1er janvier 2016 pour que la TVA passe à 5.5%, considéré comme un produit de première nécessité. 
Certaines études ont tenté de donner un prix estimatif, comme la BBC, qui aurait estimé un coût total des protections hygiéniques à 1 730€ sur toute une vie. L’association Bloody Good Period elle, estimera le coût total à 5 360€, mais sans donner les indices pris en compte dans les calculs. Une étude sur internet du site vouchercodesPro.co.uk va encore plus loin en prenant en compte plus d’éléments relatifs aux menstruations tels que les protections, les sous-vêtements, anti-douleurs, ainsi que des produits de “confort” (chocolats, gâteaux…), révèle que les 2 300 femmes interrogées estiment leurs dépenses réelles à plus de 21 500€.

Par ailleurs, en plus de payer des sommes exorbitantes pour se protéger décemment, les femmes peuvent aussi payer cette protection au prix de leur santé. 
Alors qu’il y a déjà 4 ans, 60 millions de consommateurs révélait la présence de pesticides dans les protections hygiéniques, elle a révélé l’année dernière que ceux-ci contenaient aussi des traces de glyphosate, molécule classée cancérogène probable.

La fabrication et la composition

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
Aussi surprenant que cela puisse paraître, aucune obligation légale n’oblige les fabricants à indiquer la composition des protections hygiéniques contrairement aux gels douches, savons etc... 
Pour information, les seules exigences sont définies par les directives sur la sécurité générale des produits (CE) n°2001/95/CE. Aussi en 1999, la Commission Européenne a demandé aux grandes marques d’établir leur propre charte de bonne conduite. Encore plus surprenant, ces produits ne sont pas considérés comme des déchets médicaux et n’ont pas besoin de suivi une fois utilisés. 

Un documentaire diffusé sur France 5 en 2017 “ Tampon notre ennemi intime” a cherché à comprendre l’absence des compositions sur les boîtes de tampons et le lien que les compositions peuvent avoir sur la santé des femmes. Ce documentaire s’appuie sur une étude en 2016 conduite par le secrétariat d’État à la Consommation sur la composition des tampons et sur une étude d’un chercheur indépendant Bernard Taillez (chimiste spécialisé en toxicologie au centre Analytika). 

Le résultat de ces études est alarmant, au total vingt à trente composants chimiques ont été trouvés dans six références de tampons. Encore pire, le Professeur Taillez a noté la présence de DEHP, un phtalate interdit en Europe soupçonné d’être un perturbateur endocrinien. La liste des composants ne fait que se rallonger avec la présence de dioxines ou encore la présence de lindane ou de quintozène, des mots barbares qui sont pour la plupart montrés du doigt pour leur dangerosité par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Mais pour la DGCCRF (La Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) rien d’alarmant, le seuil est tellement faible que cela ne peut pas avoir d’impact sur la santé des femmes et qu’il n’y a aucun risque sanitaire. L’ANSES (Agence Nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) recommande seulement d’améliorer la qualité des matières choisies et de revoir certains procédés de fabrication. Les marques, elles, se défendent en estimant qu’à l’exception d’une substance parfumante (BMHCA) les autres substances n’ont pas été ajoutées de manière intentionnelle. Le syndicat des fabricants, Group'hygiène, souligne que "les rares substances détectées (...) le sont à l'état de traces, à un niveau largement inférieur aux seuils sanitaires (…). “Elles peuvent être présentes dans la majeure partie de l'écosystème agricole actuel et notre environnement : air, eau, sol...". Problème, selon l'Institut national de la consommation (INC) les seuils sanitaires "n'ont pas été établis pour une exposition via la vulve ou la muqueuse vaginale".  

Justement de quoi est fait un tampon et une serviette ? 
On pense spontanément au coton mais la réalité est autre. Les tampons comme les serviettes sont pour la plupart faites de cellulose de bois et de matières synthétiques. Les protections hygiéniques sont donc des merveilleuses poubelles plastiques. Les tampons sont emballés dans du plastique, suivi d’un applicateur en plastique avec une ficelle évidemment en plastique-viscose et une fine pellicule de plastique-viscose le compose. Et les serviettes ? C’est encore pire, de la base étanche en passant par les ailettes sans oublier l’emballage.
 
Une étude menée par 60 millions de consommateurs note la qualité des tampons : 
C’est la marque Nett, qui obtient la meilleure note sur les tampons suivie par Carrefour, Labell, Organyc ou Nana. Mais 60 millions de consommateurs déplore que "le constat demeure. Les jeunes filles et les femmes qui portent des protections périodiques à usage unique peuvent être au contact de résidus pour le moins indésirables de manière chronique".

Même les marques labellisées bios sont aujourd’hui remises en cause dans la nouvelle enquête de 60 millions de consommateurs. La marque Jho qui ne vend que des protections 100% bio censées être "sans parfum, chlore, pesticides ou produits toxiques" est épinglée par l’association : "La barre fixée pendant leur test est juste exceptionnellement basse, cela s'est joué à quelques nanogrammes de traces de résidus", défend le cofondateur de la marque qui rappelle être une des rares marques à divulguer la composition de ses produits. 
Pour cause, "trop de marques restent floues sur les ingrédients utilisés dans leurs protections périodiques", dénonce l'association qui milite pour une plus grande transparence des marques.

Et l’impact environnemental dans tout ça ?

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
Aujourd’hui, il est presque impossible de déterminer la quantité de déchets plastiques provenant des protections menstruelles, d’une part car elles ne pas sont considérées comme des déchets médicaux et n’ont pas besoin de suivi après leur utilisation et d’autre part, personne ne s’est penché sur ce sujet. Il existe, tout de même, des estimations approximatives du nombre de protections fabriquées et utilisées.
En 2018, la quantité s’élève à 5.8 milliards de tampons aux USA et au cours d’une vie, une femme utilise en moyenne entre 11 000 à 15 000 protections qui finiront comme un vulgaire déchet plastique.
On peut se demander pourquoi ne pas supprimer le plastique. Une question aussi simple, ne peut obtenir qu’une réponse compliquée et floue. En effet, si on supprimait le plastique il faudrait revoir entièrement le design du produit et aussi aborder le sujet des menstruations qui est encore, en 2020, est un réel tabou.

Sachant qu’une femme saigne cinq jours par mois pendant 40 ans, le liquide est absorbé par différentes protections qui finiront à la poubelle. Et pourtant, la réduction des déchets plastiques est au cœur de toutes les discussions avec la suppression des pailles en plastique, des couverts en plastique et des coton-tiges non dégradables. Mais qu’en-est-il pour les serviettes et les tampons ? Rien n’a été prévu et pourtant, cet objet est une “merveille de plastique”. Les femmes ne veulent pas se sentir responsables de ces 40 ans de déchets et ceci devrait être plus contrôlé. Il est important de souligner qu’une serviette hygiénique met 500 ans à se décomposer. Mais encore une fois, les femmes n’ont pas accès à ce genre d’information. 

La mise en place de gestes simples comme une seconde poubelle dans les toilettes pour pouvoir jeter l’applicateur recyclable des tampons permettrait de réduire les déchets plastiques. Mais pour en arriver là, il faudrait que l’omerta sur les règles soit levée ! Il est donc nécessaire de lancer un cri d’alarme pour exiger une transparence des compositions et de l’impact environnemental. Les femmes ont le droit de savoir ce qu’elles utilisent chaque mois. On pourrait penser que les fabricants ainsi que les autorités omettent la santé des femmes, pourtant ce silence pourrait entraîner de graves problèmes de santé méconnus … 

Syndrome du choc toxique

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
Maëlle, une jeune belge de 17 ans est décédée en janvier 2020 d’un choc toxique suite au port d’un tampon. Les médecins ont mis 48h à émettre le bon diagnostic, qu’ils considéraient seulement au début comme une grippe gastro-intestinale.

Sandrine, 36 ans, quant à elle, ne portait pas de tampon mais une cup. Au début, le diagnostic portait sur des calculs rénaux, il a fallu attendre quelques heures pour trouver le bon diagnostic ce qui engendra une amputation de ses deux pieds et de 18 de ses phalanges. Cette femme forte s’est engagée en créant une association “dans mes baskets” et alertant les autorités sur le manque d’information.  “Quand j’entends que l’infection est liée à un mésusage des cups et tampons par les femmes, cela me met hors de moi, tant les informations que l’on nous donne varient. Prenez les cups, selon le fabriquant, il est écrit sur les notices que l’on peut les garder 4, 6, 8 ou 12 heures ! Comment on s’y retrouve là-dedans ? Pourquoi un temps d’utilisation clair et net n’est-il pas indiqué en gros ? Après tout, on le fait bien sur les paquets de pâtes.”

De nombreuses femmes ont été atteintes d’un choc toxique à cause d’une protection hygiénique, et pour la plupart, les mêmes symptômes reviennent : épuisement - fièvre - sensation de grippe ou de gastro - vomissement - éruption cutanée (comme un coup de soleil) - tension faible.
Le centre national de référence des Staphylocoques des Hospices Civils de Lyon estime qu’en France, on serait passé de cinq cas déclarés en 2004 à plus de vingt en 2014, dix-huit en 2016 et vingt-quatre en 2017. A ce nombre il faut ajouter 20% qui correspond au nombre de SCT non-reconnu. Pourquoi le nombre de cas ne cesse de croître ? Les femmes ne seraient-elles pas mal informées sur l’utilisation des produits ?  

D’ailleurs, qu’est-ce qu’un choc toxique ? 
D’après le site Passeport santé, le SCT “est provoqué par les toxines libérées par certaines souches de bactéries courantes, et notamment les bactéries S. aureus. Ces toxines, une fois dans l’organisme, vont s’attaquer à différents organes comme le foie, les reins ou les poumons, et plonger la patiente dans un état d’extrême faiblesse”. 
D’autres marques comme Tampax ou Nana parle de SCT sur leur site. Les définitions donnent l’impression que les deux marques se soucient énormément du choc toxique et souhaitent informer les femmes sur ce sujet, alors, pourquoi ne pas l’écrire de manière claire sur les boîtes ? Pour montrer l’exemple, La marque Nett évoque le SCT sur la notice malgré une écriture en petit caractère favorisant le manque de visibilité et donc le risque de ne pas être lu par les consommatrices. 
Le sujet des SCT prenant de plus en plus d’ampleur, l ‘ANSES, en janvier 2020, a publié un rapport concernant la sécurité des protections hygiéniques : 
  • Bien se laver les mains avant et après l’insertion de protection hygiénique interne
  • Ne pas garder de protection intra-vaginale la nuit 
  • Changer de tampon ou vider la cup toutes les 4 à 6h selon vos flux (Oui, encore une autre durée - décidément personne n’arrivera à se mettre d’accord) 
  • Privilégier les tampons bio (sans dioxines ni furanes chlorés) 
  • Respecter les recommandations d'utilisation des industriels en particulier celles sur la durée du port 
En bref, en 2020 encore de nombreuses femmes subissent une précarité menstruelle et/ou sont stigmatisées. La transparence des compositions des protections hygiéniques et leur impact environnemental sont toujours flous, peu d’études démontrent l’impact du port de protections hygiéniques sur la santé des femmes. Les industriels eux se défendent et estiment que les femmes ne sont pas suffisamment informées à la bonne utilisation tout en ne cherchant pas à les informer pleinement mais en jouant sur l'ambiguïté que l’absence de réglementation rend possible. 

Heureusement, il reste de l’espoir, les choses bougent petit à petit, l’essor de produits de substitution pourrait être une solution pour la santé des femmes et les producteurs biologiques n’ont pas peur de montrer la composition de leur produit. Aussi, l’État, a pris à coeur la précarité menstruelle en ayant un projet de protections gratuites et la Loi PACTE fait évoluer le cadre réglementaire de la RSE, obligeant peut-être les fabricants à donner plus d’informations sur leur composition.

Qu’en pensent les consommatrices ?

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
Afin d’illustrer notre enquête nous avons publié un questionnaire appelé l’attitude des consommatrices dont l’objectif est de comprendre les habitudes des femmes sur les protections hygiéniques. Nous avons obtenu 1 165 réponses de femmes âgées entre 20 à 40 ans. 

Notre première question qui avait pour but de connaître la perception qu'ont les femmes sur les protections hygiéniques, nous a révélé que seulement 3% de celles que nous avons interrogées ont pensé aux conséquences environnementales et sur leur santé que celles-ci pouvaient avoir. La majorité, à hauteur de 38%, illustre les règles comme un moment de pénibilité. A la lecture de cette première réponse, on peut supposer qu’une information sur l’impact environnemental devrait apparaître sur les emballages. D’ailleurs, 24% des interrogées pensent qu’une serviette met entre 10 à 20 ans pour se décomposer alors que la réalité est de 500 ans. Ensuite nous nous sommes intéressées aux produits de substitution, une forte tendance est apparue chez les 25 à 29 ans. D’ailleurs, les entreprises et autorités doivent faire plus d’efforts à la communication et donner les modalités d’accéder à ces produits sur le marché. Ils doivent expliquer l’investissement sur le long terme pour justifier le prix.

Lorsque nous avons demandé la fréquence de l’utilisation de 7 produits hygiéniques différents, nous remarquons que pour les coupes menstruelles, 65 % n’ont jamais pensé à utiliser ce produit avec une tendance chez les 20 à 24 ans. Il y a un phénomène intergénérationnel et chez les CSP aussi. Par exemple, les cadres, utilisent par ordre croissant le “tampon, la serviette et le protège-slip”. Les étudiantes utilisent le plus souvent “serviettes, tampon et cup”. Néanmoins nous voyons une tendance chez les trentenaires à utiliser une cup. Selon les critères de satisfaction de l’utilisation des produits, le prix est le moins important chez les cadres et les plus importants est « la qualité » et l’impact sur la santé.

D’après les résultats de l’étude, plus les femmes sont âgées, et moins elles utilisent les culottes de règles, jusqu’à 77% n’ont jamais utilisé la culotte chez les 34 à 39 ans, de même pour les serviettes en tissu hygiénique réutilisable, pour ce même produit, il y a légèrement plus de cadres que d’étudiantes qui en connaissent l'existence. Pourtant, plus d’étudiantes à hauteur de 55% utilisent ce genre de produit « presque tout le temps », contre 38% chez les cadres.

Avec tous les produits liés aux cycles menstruels, le prix est considéré deux fois plus important chez les étudiantes, ce qui soulève une question d’apport financier. L’impact sur la santé s’avère le critère le plus important chez les 30 à 34 ans avec 42%. L’impact sur l’environnement, est considéré comme le plus important chez les étudiantes que chez les cadres.

D’après l’étude, plus la personne vieillit et moins elle sera sensible à son environnement dans l’achat de ses produits. Chez les étudiantes ,18% considèrent que c’est le plus important contre 11% chez les cadres. Donc c’est vraiment une question d’âge. Les plus jeunes sont sensibilisées mais n’ont pas accès tandis que les autres CSP ont accès mais par habitude, ou par manque de sensibilisation n’en utilisent pas. C’est bien aux entreprises et au gouvernement d’agir à l’encontre de cette routine. C’est un paradoxe, car les femmes savent qu’en utilisant certains produits, il y a un impact négatif sur la planète mais continuent à le faire. Concernant l’aspect bio du produit, il y a un léger écart entre les cadres et les étudiantes, les cadres estiment le côté bio des produits comme « peu important » de 35%  contre 29%.

“Est-ce que les valeurs des marques et leurs publicités vous influencent dans vos achats ?” 67% affirment qu’elles y sont sensibles, pourtant 97% des femmes jugent ne pas être bien informées sur la composition du produit. Nous notons que pratiquement les mêmes femmes à 2% près, estiment qu’il y a des produits toxiques dans les protections hygiéniques et elles sont encore 80% à utiliser des produits jetables. Seulement 20% des femmes n’utilisent plus les produits jetables. Au contraire, nous avons demandé les raisons pour lesquelles certaines femmes continuent à utiliser des produits jetables, la majorité a mis en avant le côté pratique, le prix, l’habitude et l’accès aux produits sur le marché.

“Quels sont vos freins à l’utilisation des protections réutilisables ?” 20% ont répondu ne pas avoir de freins, 16% ont répondu le prix et 10% ne font pas confiance en la composition du produit.
Peu importe les âges et les CSP, beaucoup de femmes « n’osent pas passer le cap » aux produits de substitution comme les cups ou culottes de règles mais souhaitent le faire majoritairement. Nous pouvons alors penser qu’il y a des facteurs externes qui viennent influencer directement l’achat comme le prix, l’accès et le manque d’information. Ce qui nous laisse penser ceci : parmi les femmes qui utilisent encore les produits jetables, 97% d’entre elles sont conscientes que le geste a un impact sur l’environnement malgré une prise de conscience. 

D’après notre questionnaire il est important d’orienter et de responsabiliser les stratégies des entreprises vers une meilleure connaissance des impacts sur la santé et sur l’environnement lors de l’achat de produits jetables. Il serait intéressant d’expliquer le coût financier d’un produit de substitution telles que les cups, serviettes réutilisables ou culottes de règle comme un investissement sur du long terme. C’est donc aux entreprises de s’adapter aux attentes des consommatrices dans leurs stratégies.

Les enjeux managériaux des entreprises pour un avenir un peu moins tabou

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
En mai 2019, Marlène Schiappa avec différentes participantes a décidé de mettre en place une stratégie pour lutter contre la “précarité menstruelle”. Cette mission consiste à mettre à disposition des protections hygiéniques gratuitement dans les “lieux collectifs”.

Les protections hygiéniques équivalent à 5% du budget des femmes les plus précaires. C’est pour cela que le gouvernement entend lutter contre cette discrimination en expérimentant un accès gratuit aux protections hygiéniques dès 2020. Cette expérimentation a un coût de 1 million d’euro et consiste grâce à une carte prépayée, de permettre l’accès via un distributeur de serviettes et tampons, à des protections hygiéniques gratuites. Cette initiative est très largement soutenue par les femmes, quelle que soit leur situation financière, puisque les protections hygiéniques doivent être considérées comme des achats de premières nécessités dans la catégorie hygiène et santé. 

D’autres recommandations ont été émises comme des mesures pour lutter contre le manque d’informations sur les règles, notamment au collège. La députée en charge de ce dossier souhaite que le sujet des règles soit abordé dès la classe de 6ème.  Il faut  également informer sur les différents types d’usage et sur les risques engendrés par certaines protections. La prise de conscience dès le plus jeune âge permettrait de diminuer les impacts négatifs de ces produits. Le rapport évoque ainsi le syndrome du choc toxique et invite les fabricants à mentionner sur les emballages la présence de traces de substances toxiques et à faire apparaître clairement un pictogramme sur les conditions d’utilisation à respecter.

Dans une dimension plus légale, la loi PACTE (Plan d’Action pour la Croissance et la Transformation de l’Entreprise) du 23 mai 2019 fait également évoluer le cadre réglementaire de la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). L’insertion d’une raison d’être pour les entreprises, à ne pas confondre avec l’objet social ni avec l’intérêt social, est selon E. Jacquillat, PDG de la CAMIF « constituée des principes dont la société se dote et pour lesquels elle entend affecter des moyens dans la réalisation de son activité ». Pour être plus clair, la raison d’être est la finalité de l’entreprise, sa contribution à la Société et plus globalement à la Planète. Cette loi permet d’imposer aux entreprises de jouer un rôle pour l’environnement, et c’est dans tous les cas un indispensable à l’obtention du statut d’entreprise à mission. Ce statut correspond à une labellisation des sociétés qui respectent l’intérêt social et prise en considération des enjeux sociaux et environnementaux, qui se sont dotées d’une raison d’être. Une fois cette labellisation obtenue, la société peut afficher cette qualité aux yeux des tiers (via son K-bis, son site internet, ses papiers d’en-tête…).

En effet, la Responsabilité Sociale et Environnementale des entreprises est encadrée par plusieurs textes législatifs. C'est la loi relative aux nouvelles régulations économiques de 2001, dite loi «NRE» qui fût la première a imposé aux sociétés cotées en bourse de publier dans leur rapport de gestion des informations relatives à la façon dont elles prenaient en compte les conséquences sociales et environnementales de leur activités. Les entreprises doivent fournir quarante-trois informations couvrant les thèmes sociaux, environnementaux ainsi que les engagements sociétaux de l’entreprise. 

Virage de stratégie pour les entreprises

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
Les consommatrices s’interrogent donc davantage sur la composition des protections hygiéniques. Cette prise de conscience, est propice aux développement de produits alternatifs tels que les coupes menstruelles. Celles-ci bien que commercialisées récemment en grandes surfaces, comme la Be'Cup de Juva Santé depuis 2016, démontre devenir un produit de grande consommation et la marque estime avoir vendu plus de 200 000 cup en 2 années. Selon la PDG du Groupe, Marion Ricard, le potentiel est énorme car peu de femmes sont équipées.

Un autre exemple est la gamme PLIM (Protections lavables intimes menstruelles) créé en 2009. Cette marque créée par Capucine Mercier a pour objectif de proposer des produits répondant aux problématiques des produits jetables et des compositions toxiques des protections standard. Ces protections vendues essentiellement sur la “toile” intéresse certaines enseignes de GMS. Les consommatrices sont très méfiantes sur la composition et se sentent rassurées à la vue de certification Oekotex, source de qualité des compositions. Tampax a bien cerné ces inquiétudes, la marque propose à la vente des tampons bios certifiés Oekotex depuis 2018. Toujours dans cette continuité, certaines marques se distinguent dans une démarche d'éco conception comme la marque Love & Green. Elle a lancé en automne 2017 des serviettes et protège-slips vendus dans les magasins Carrefour, Auchan et Système U ; la composition de ces produits est comprise entre 75 à 85% de matières écoresponsables. Cette marque est allée plus loin et s’engage à supprimer toutes substances susceptibles de contenir des résidus toxiques “Il n’y a aucun plastique dans nos protections féminines et nous nous interdisons lotions, colorants et parfums. L’accueil est très positif ”, note Céline Augusto, cofondatrice de la marque. Cette marque vise une part de marché d’environ de 5%.

Du côté des leaders, leurs stratégies s’orientent vers la transparence. Procter & Gamble met en ligne la composition de ses produits depuis plus de deux ans et met en avant que Tampax a été la première marque à la mentionner sur ses paquets. La responsable de communication Anne-Sophie Daudies souligne les engagements RSE du groupe comme le zéro déchet en décharge dans les usines de Tampax. L’entreprise a également développé une technologie de recyclage des produits d’hygiène absorbants et souhaite l’étendre en Europe. 

Johnson & Johnson a indiqué que la composition des ses produits est disponible sur leur site et le Groupe envisage de la mettre sur les boîtes de tampons Nett. En communication, la marque a déployé une stratégie auprès des ados grâce à Snapchat, ce qui leur permis de gagner deux points en pénétration sur la cible des 15-19 ans.
Nana fait également parler d’elle avec une campagne digitale #BloodNormal qui a choisi de “normaliser” les règles et de briser le tabou qui les accompagnent et a aussi de montrer pour la première fois du sang rouge et non bleu.
On constate tout de même que les choses évoluent, à voir si toute les marques vont jouer le jeu comme c’est le cas pour l’entreprise Réjeanne, créateur et vendeur de produits de substitution de protections hygiéniques.
 

Rencontre avec Réjeanne

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
Nous avons eu la chance “d'interviewer” la startup Réjeanne afin d’en savoir un peu plus sur leur produit - leur volonté d’avoir créé Réjeanne et leurs ambitions. D’ailleurs, nous en profitons pour les remercier, surtout Déborah pour le temps qu’elle nous a accordé. 
Déjà, Réjeanne c’est quoi ?  
C’est une jeune entreprise de moins de 2 ans qui commercialise des culottes de règles depuis moins d’un an. 

Pourquoi avoir créer Réjeanne ? 
“Nous avons voulu créer une culotte menstruelle jolie, innovante, qui tient ses promesses. Parce que nous n’étions pas satisfaites des protections existantes, nous l’avons créée pour nous et pour toutes les femmes : les vraies, avec toute la diversité de corps, d’activités et de flux. Et parce que toutes les femmes sont belles, nous avons aussi fait le choix de ne retoucher aucune photo. Essayez de vous accepter telles que vous êtes : lumineuses ! “ Alexandra & la Team Réjeanne
La créatrice, Alexandra, ne se retrouvait pas dans les protections jetables actuelles, du fait du manque de transparence et de l’impact environnemental. L’idée lui est donc venue de créer une culotte de règles Made in France. 

Oubliez tout de suite les stéréotypes que vous avez sur les culottes de règles dites culottes de “grand-mère”. Réjeanne propose à la vente des culottes très féminines car l’une des premières motivations était la lassitude d’utiliser des protections pas jolie et peu confortable. A croire que les femmes ne peuvent pas être féminines pendant leurs règles. Réjeanne veut donc apporter du confort à leurs clientes durant cette période d’inconfort.  
Réjeanne, c’est une entreprise 100% transparente sur la composition de ses culottes qui vise à faire des économies au femmes : “Les protections hygiéniques, c’est un budget dans la vie d’une femme. On dépense en moyenne entre 4€ et 5€ par mois pour des protections périodiques, soit entre 260€ et 325€ sur 5 ans (sans compter toutes les culottes abîmées que l’on a dû racheter)” - en achetant deux culottes de règles il faut compter entre 65/70€ le premier mois mais vu qu’elles sont réutilisables, au bout de 5 ans c’est 200€ d’économie ! 
 
La technologie de Réjeanne : une technologie invisible et antifuite.
Le tissu utilisé est certifié Oekotex 100 - système international de contrôle et de certification des substances nocives dans les textiles. Il permet de certifier la non-toxicité des textiles et colorants. Il est utilisé plutôt pour les tissus issus de l’agriculture biologique. 

Et l’avenir dans tout ça ?

Protections hygiéniques : du produit de première nécessité au sujet de société
La parole des femmes commence à se faire entendre, les marques font plus ou moins des efforts sur la transparence de la composition de leurs produits et proposent sur leur site des forums d’échanges et d’information sur l’utilisation. Il est donc important de souligner ces efforts mais également de se demander pourquoi l’ensemble de ces informations n’apparaissent pas directement et de manière claire sur leurs emballages ? Pourtant la Loi impose aux entreprises de notifier leurs changements mais sans obligation de résultat. Cependant, les entreprises se doivent d’avoir une raison d’être et de la maintenir dans le temps pour en évaluer les résultats et permettre une amélioration en continu de celle-ci.

Le projet de Marlène Schiappa sur l’accès à des protections gratuites passera-t-il la barre de l’expérience ? Les jeunes filles qui ont leurs règles pour la première fois auront-elles droit à une formation sur l’utilisation des protections hygiéniques ? Pourront-elles choisir en toute connaissance de cause ? Et si les femmes devenaient actrices dans l’amélioration de leur futur en se détournant des produits néfastes pour leur santé ?

Dans un avenir proche, l’idéal serait que les fabricants ait une obligation d’indiquer la composition sur les emballages comme c’est le cas pour les paquets de pâtes ou plein d’autres produits. Il serait également intéressant de penser aux recyclages de ces produits comme les applicateurs - qui sont pour la plupart fabriqués en plastique recyclable. Beaucoup de choses sont à faire dans ce secteur que ce soit en marketing, en R&D ou en innovation. 
Pensez-vous qu’il suffirait d’une simple prise de conscience ? C’est certain, mais aussi d’une prise d’engagements et d’un respect des décisions initiales.

Bibliographie

Claire Verdier. Syndrome du choc toxique dans Passeport santé. Consulté le 3 Avril 2020  
De Lci, L. R. (2020, février 26). L’Ecosse, premier pays au monde à voter la gratuité des protections périodiques. Consulté le 12 avril 2020,  
Delbecque, C. (2020, mai 12). La distribution gratuite de protections périodiques, comment ça marche ? Consulté le 12 avril 2020
Durand, A. (2019, juillet 2). Précarité menstruelle : combien coûtent les règles dans la vie d’une femme ? Consulté le 5 avril 2020
Gérard Lina (2016). Interview menée par Laura Thouny, 20 Octobre 2016.
Houdayer, G. (2019, mai 28). Le gouvernement veut expérimenter la gratuité des tampons et serviettes hygiéniques pour les femmes en difficulté. Consulté le 12 mai 2020,
Le Syndrome Du Choc Toxique. (s. d.). Consulté le 12 mai 2020,
Marianne Bailly (2018, mars 19). “L’hygiène féminine joue la carte de la transparence” Consulté le 14 mai 2020 
Non-accès aux protections hygiéniques : un tabou qui nuit aux plus précaires. BFMTV (2019, 29 Mai)
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Lisa Goodwin, Eugénie Leyrat, Charline Farigoule, Firdaouss Chraibi, Maïlys Tarrit, Floriane Gondard, Marie Gandia
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