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Les 4 Temps du Management

Futurologie

La contraception masculine : enjeu scientifique ou politique ?

Alors que la recherche et développement sur la contraception féminine poursuit son évolution, la charge masculine reste très peu connue et reconnue. Pourtant discutée depuis plus de 40 ans en France, la contraception masculine ne se développe pas aussi rapidement, de même que les mentalités qui restent presque à l’arrêt encore aujourd’hui.


La contraception masculine : enjeu scientifique ou politique ?
La contraception, nom féminin correspondant à l’ensemble des moyens médicaux visant à éviter une grossesse, est un mot tabou que l’on ose très peu prononcer en société. Pourtant, quelle que soit la raison et la méthode, 92% des Françaises de 15 à 49 ans utilisent un moyen de contraception en 2018 face à seulement 8% qui n’utilisent aucune des méthodes existantes. De fait, comme l’illustrent encore les statistiques aujourd’hui, la contraception reste une charge féminine. En effet, pour les hommes, le choix de la contraception est beaucoup plus restreint que celui des femmes puisque les méthodes de contraception masculine connues se limitent au préservatif masculin, au retrait et à la vasectomie, même s’il existe de nouvelles méthodes quasi méconnues. Finalement, est-ce un problème de mœurs et de représentations sociales ? Ou bien un manque de ressources pour la recherche et le développement ? Ou y’a-t-il un blocage politique et marketing
Pourtant développée pour protéger des relations duales, une charge unique est toujours mise en avant puisque la norme française sur la contraception est dite genrée. De cette manière, nous passons d’une responsabilité pourtant partagée entre les partenaires à une responsabilité uniquement féminine qui stagne malgré d’importantes évolutions sociétales et d’importants développements en termes de recherches médicales.
Alors, quels sont les freins à la contraception masculine et comment les lever ?
Un petit état des lieux sur la contraception est nécessaire pour répondre à cette question qui reste encore en suspens pour comprendre ensuite si la contraception masculine existe vraiment en tant que telle.

Etat des lieux sur la contraception

On peut constater aujourd'hui que de façon générale, la contraception représente un frein pour l’individu qui l’utilise. La population pense que la gent féminine s’est résignée quant au fait d’utiliser la contraception. Cependant c’est une pensée qui commence à s’estomper avec le temps et les doutes se lèvent concernant les répercussions que chaque posologie peut avoir sur le corps humain. La société a aussi ouvert les yeux sur la possibilité d’une contraception masculine, qui soulève plusieurs questionnements : la pilule doit-elle concerner les femmes principalement ? Pourquoi la vente de contraception masculine est encore aussi faible ?

Nous pouvons aussi observer selon les recherches scientifiques qui ont été faites, que la crédibilité de la contraception masculine est encore faible. La cible destinée à celle-ci n’est dans un premier temps probablement pas prêt à l’utiliser et n’est pas convaincu de son efficacité.
Les hommes ne sont pas soumis à un suivi gynécologique comme les femmes et il n’y pas de traitement prescrit en rapport avec la vie sexuelle masculine alors que le marché en propose diverses sortes pour les femmes. 
Pour continuer sur ces inégalités, nous pouvons parler du fait que la contraception féminine est encore trop peu remboursée alors qu’il serait envisagé qu’elle le devienne pour les hommes. 

Pour trouver des solutions à ces freins une association appélé GARCON a décidé d’intervenir auprès d’universités pour sensibiliser les hommes à la contraception. L’objectif est de créer des groupes de travail pour apporter des réponses à ces freins et de les invités à s’intéresser à ce sujet parfois tabou pour certains.
Nous avons eu la chance de pouvoir rencontrer le fondateur qui nous a permis de comprendre que le problème ne venait pas « que des hommes » mais aussi des politiques telles que le Ministère de la Santé qui affirme ne pas pouvoir influencer les sociétés ou les laboratoires et que le ralentissement de la création de la contraception serait dû à des soucis de budgets.

 
Les inégalités de charge contraceptive semblent d’autant plus appuyées par les observations que l’on peut faire sur la recherche et le développement en matière de santé. Il semble tout d‘abord qu’il y ait un manque de communication et d’information au sujet de la contraception et des recherches qui sont faites.

On peut constater qu’aujourd’hui, la contraception masculine, est un sujet plus parlant que les années précédentes. Cependant selon toutes les recherches que nous avons pu faire et les enquêtes que nous avons menées à ce sujet, nous amènent encore vers la conclusion d’une phase expérimentale. Les contraceptifs masculins les plus développés pour le moment sont :
- Les méthodes hormonales sous formes de pilules ou injections intramusculaires.
- Les méthode thermique, sous-vêtements permettant de bloquer le système reproductif par une augmentation de la température.

Aux Etats-Unis, une équipe scientifique a annoncé avoir développé une pilule contraceptive masculine serait efficace à 99% avec un faible taux d’effets secondaires. Nous revenons donc sur le comportement masculin qui bloque mentalement sur le fait d’utiliser ce type de contraception, certains parlent “d’atteinte à la virilité car cela bloque la puissance masculine et le fait de procréer”. Les résultats sont donc loin d’être concluants...

Contraception masculine : mythe ou réalité ?

Aujourd’hui, bien que la société évolue de manière importante, on observe toujours des disparités et des inégalités entre les hommes et les femmes. C’est le cas pour la contraception, et cela pour diverses raisons. 
Malgré un budget conséquent alloué à la recherche en matière de santé et précisément de contraception, celui-ci reste moindre en comparaison d’autres recherches médicales telles que le sida ou la restriction budgétaire hospitalière, comme l’évoquait le Dr Jean Claude Soufir, endocrinologue. Pourtant, des tas d’études ont été réalisés jusqu’à ce qu’il y ait des essais cliniques concrets qui ont dévoilé des résultats importants à prendre en compte dans cette problématique d’équité. En effet, plusieurs rapports scientifiques ont montré que la pilule masculine fonctionnait autant que la pilule féminine, mais surtout qu’elles provoquaient des effets secondaires similaires et elle reste pourtant sans AMM (autorisation de vente sur le marché). D’autant plus que l’Ardecom (Association de la recherche et de développement de la contraception masculine) évoquait que l’injection hebdomadaire est alors moins contraignante qu’une prise de pilule féminine quotidienne.

Des raisons sociétales font aussi leur apparition. On peut parler également d’un manque d’information médiatique, mais aussi et surtout un manque d’information de la part du personnel médical qui continu encore aujourd’hui d’informer les jeunes femmes et les femmes uniquement sur les moyens de contraception féminins. Preuve en est, lors de notre enquête, nous avons pu relever des données importantes sur la connaissance de notre échantillon en matière de contraception, sachant qu’il s’agissait d’autant de femmes que d’hommes et d’autant de jeunes adultes que d’adultes confirmés. Cette enquête montre, en effet, que 9 moyens de contraception féminins sur 12 présentés sont connus par notre échantillon contre seulement 4 méthodes masculines sur 11.

De plus, c’est d’un point de vue marketing et économique que le sujet de la contraception masculine reste bloqué, puisque l’on estime qu’il n’y aurait pas assez de « bénéfices » à parler de techniques contraceptives masculines et que cela viendrait pénaliser la contraception féminine que l’on essaie de promouvoir. Une analyse qu’Alexandra Roux, docteure en sociologie a confirmé dans sa thèse sur la pilule contraceptive soutenue en juin 2020 :
« Dans les années 1950-1960, les firmes pharmaceutiques avaient grand intérêt à investir sur la pilule parce qu’il n’y avait pas de marché. C’était un marché nouveau, sans concurrent. Alors que mettre au point une pilule masculine dans les années 1970-1980 se fait sur un marché où déjà beaucoup de contraceptifs efficaces (pilules, dispositifs intra-utérins, implants hormonaux) sont présents, donc c’est un marché déjà un peu saturé ». 

Néanmoins, la faute sociale ne revient pas uniquement aux hommes, qui tentent tout de même de s’impliquer en affirmant être prêts à prendre la charge contraceptive. Notre étude a montré que 47,3% de notre échantillon, hommes et femmes confondus, disent se sentir prêts à prendre la charge de la pilule ou être prêts à laisser cette charge aux hommes. À l’inverse, plus de la moitié de notre échantillon, que ce soient des hommes ou des femmes, n’est pas prêt à cela. D’ailleurs, cette part illustre très bien cette crainte féminine quant à la prise de la contraception par les hommes et particulièrement la pilule, pendant que d’autres affirment qu’elles ne supportent plus les effets de la pilule féminine et essaient à tout prix de trouver des alternatives.

Que ce soit par soucis économique, sociétal ou médiatique, l’équité contraceptive reste alors encore un défi scientifique mais surtout politique. Le fondateur de l’association GARCON a d’ailleurs repris les propos de l’ancien Ministre de la Santé, Olivier Véran, qui évoquait ne pas pouvoir influencer les sociétés ou les laboratoires, alors qu’un levier d’action énorme avait été développé pour les vaccins du COVID-19. D’un point de vue communication, Marlène Schiappa, à son arrivée, avait déclaré que le développement de la contraception masculine serait une priorité pour finalement annoncer que les moyens financiers n’étaient pas suffisant pour se charger de cette mission. Politiquement, c’est aussi le rôle des laboratoires qui est remis en cause lorsque l’on parle du défi de la contraception masculine puisqu’elle ne semble pas être un investissement assez stratégique face à la pilule féminine. 

Jusqu’aux années 1970, les couples utilisaient plutôt des méthodes dites de « limitation des naissances » telles que le retrait, le préservatif masculin ou l’abstinence périodique, qui en faisait des méthodes collaboratives, voire masculines. Mais la loi Neuwirth, autorisant l’usage des contraceptifs dès 1967, a bousculé les codes avec l’arrivée de la pilule, du stérilet, de l’implant, de l’anneau vaginal ou encore du diaphragme qui ont complétement féminisé la contraception. Dans les années 2000, on comptait que 75% des femmes assumaient la contraception, d’après l’Institut national d’études démographiques. Mais c’est avec la première plainte d’une femme concernant les risques de la pilule que la charge contraceptive féminine quasi exclusive a été remise en question. Pourtant, des recherches sur la contraception masculine existaient depuis les années 1960 avec la mise au point d’injections de testostérone ayant une efficacité égale à celle de la pilule féminine et des effets secondaires bien moindres. D’autres méthodes ont été développées il y a des années, comme la contraception masculine thermique, aussi appelée « slip chauffant », déclarée efficace, sans effets secondaires, mais moins effective que la pilule. La vasectomie, quant à elle, est également une méthode efficace et réversible, à l’inverse de ce que l’on pense. 

Malgré tout cela, la démocratisation de la contraception masculine en France reste très faible puisque même le site du gouvernement « Choisir sa contraception » ne fait pas mention de ces moyens en ne présentant que trois méthodes contraceptives masculines contre neuf féminines.

Aujourd’hui, le sujet n’a toujours pas avancé et les derniers essais d’injections hormonales qui devaient être réalisés en 2016, ont été repoussés mais aucune nouvelle date n’a été proposée. 
Pourtant, nombreuses sont les organisations et associations qui tentent de démocratiser ce sujet ; c’est le cas de l’association GARCON évoquée précédemment. Forte de ses ambitions et de ses objectifs, l’association GARCON s’est lancée dans l’organisation d’ateliers dont le but était de casser l’image de sauveur des hommes « gentils » sur les femmes que l’on peut observer avec ce que Erwan Taverne dénonce comme le syndrome du Nice Guy ;
« C’est le fait qu’aujourd’hui c’est très valorisé pour les hommes de se mettre à la contraception alors que les femmes le font depuis des siècles et n’ont jamais été valorisées pour ça ».

De plus, même si le sujet de la contraception se démocratise dans la société, le fondateur de l’association GARCON évoque tout de même le fait que ce soit encore difficile de responsabiliser les hommes et d’inciter les individus à s’investir dans ce sujet. De la même manière, il précise que gérer une telle association, avec un but tel que la démocratisation de la contraception masculine, reste encore une responsabilité conséquente ;
« C’est dur de créer une asso et de la lancer et de la tenir, il y a des choses en places mais je tiens l’asso à bout de bras […] il y a encore un sacré bout de chemin ».
La démocratisation de la contraception masculine passe également par l’apprentissage et l’éducation chez la jeune génération qui, au final, pourra faire bouger les mentalités plus tard. À cet effet, des interventions commencent à se mettre en place au sein de collèges, lycées ou même facultés comme le réalise Erwan Taverne.
Même si ce type d’actions reste encore précaire, des évènements plus importants (comme le Congrès International sur la Contraception Masculine) ont lieu chaque année pour discuter de ce sujet et de son avancée, que ce soit à des fins sociales ou de recherche et développement. Du côté des associations, telles que GARCON, le travail de démocratisation passe également par de la communication sur les réseaux sociaux, des interventions mais aussi des demandes auprès du Gouvernement, qui semblent toujours sans réponse, comme nous l’indiquait le fondateur de l’association. 

Conclusion

La contraception masculine tend à se démocratiser dans la société mais son avancée reste malgré tout bloquée. Les politiques rejettent la faute sur une demande pas assez forte, et les mentalités ne peuvent pas évoluer tant que des dispositifs ne seront pas mis en place. Pour faire bouger cette situation, les associations et organisations non gouvernementales (ONG) ont tout leur rôle à jouer ! La mesure principale pour démocratiser la contraception masculine est l’éducation. Comme dans tout domaine sociétal, il faut informer et expliquer pour sensibiliser. En ce sens, les campagnes de communication sont aussi importantes pour les individus que pour les politiques et les laboratoires. Les associations et ONG ont toujours défendu des causes difficiles à faire évoluer et entendre et savent comment interpeller le grand public. Mais malheureusement, cette sensibilisation nécessite des ressources humaines, temporelles et budgétaires qui sont souvent limitées dans ces domaines. 

La contraception masculine n’est qu’une infime partie des combats qu’il reste à mener dans les relations hommes-femmes et mettra du temps à s’installer véritablement dans les mœurs. Pour qu’elle se développe, seule l’éducation peut être efficace. Il n’est bien sur pas question de réprimander ou d’obliger les hommes à s’y engager. Il est question d’informer et de sensibiliser à l’impact que pourrait avoir la démocratisation de la contraception masculine dans la vie des femmes, dans les relations hommes-femmes, et dans les vies de tous les couples.

Les méthodes ne sont pas vouées à être uniquement substituables mais complémentaires. L’utilisation complémentaire de ces méthodes permettraient de limiter les grossesses non désirées et les avortements, de simplifier la vie des femmes présentant des pathologies non compatibles avec une majorité de contraceptifs, de limiter le nombre de problèmes de santé dont souffrent les femmes et de donner un nouvel élan à l’égalité entre hommes et femmes.


Loann Ravet
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