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Les 4 Temps du Management

Futurologie

L’intelligence artificielle (IA) : le remède aux maux de l’hôpital public ?


Pourquoi ce sujet ? Quels problèmes soulève-t-il ?

L’intelligence artificielle (IA) : le remède aux maux de l’hôpital public ?

A l’heure où la recherche médicale permet de sauver de plus en plus de vies et de guérir des maladies autrefois incurables, le paradoxe réside dans le fait que l’hôpital, lieu de ces progrès scientifiques, est aujourd'hui en crise. On assiste actuellement à de nombreuses mutations dans le secteur hospitalier. Le service public hospitalier est en effet en crise en France depuis plusieurs années maintenant. Les problèmes sont le manque de moyens tant humains que matériel ou financiers. Les urgences sont surchargées, les locaux deviennent trop petits, le manque cruel d’argent se ressent au niveau des patients comme des médecins et employés hospitaliers. Une manifestation nationale est prévue le jeudi 14 novembre et les revendications des médecins urgentistes sont claires : " l'ouverture de lits, l'augmentation du budget de l'hôpital, des effectifs et des salaires, ainsi que l'arrêt de la facturation à l'acte " (Francetvinfo). Les problèmes touchent à la fois aux ressources humaines, au management, à la finance, à la gestion de la relation avec les patients.

Depuis quelques années maintenant, on assiste à des mutations dans d’autres types d’entreprises et de secteurs, qui passent parfois par l’intelligence artificielle (IA). Le secteur de l’automobile avec Tesla est en pleine mutation avec la voiture autonome, entièrement régie par l’IA. L’IA semble n’avoir aucune limite. Nous avons donc souhaité traiter l’IA en lien avec les hôpitaux. Elle est même déjà installée dans le secteur de la santé avec des robots qui opèrent à la place des médecins ou des imprimantes 3D qui peuvent reproduire des organes humains.
 


Nous avons voulu nous focaliser sur l’arrivée de l’IA dans les hôpitaux en analysant les enjeux sur le management, le personnel hospitalier, les infrastructures, la confiance des patients. Malgré des avancées médicales impressionnantes et révolutionnaires, tout être humain devra un jour où l’autre se rendre à l’hôpital.

Dans un contexte de crise du secteur hospitalier en France, quelle pourrait-être la place de l’IA à l’hôpital ?

Pour répondre à cette question, nous nous baserons d’abord sur une observation de la situation actuelle dans les hôpitaux en France ainsi que sur l’état des lieux de la connaissance de l’intelligence artificielle en France. Nous avons la chance d’avoir obtenu des témoignages de personnes faisant autorité à la fois dans le monde hospitalier et dans le domaine de l’intelligence artificielle pour appuyer nos recherches. Notre but est de mettre en exergue les problèmes hospitaliers actuels avec les solutions que pourrait apporter l’intelligence artificielle. Nous avons donc pris en compte l’avis “public”, raison pour laquelle nous avons enquêté auprès d’un échantillon représentatif pour “tâter le terrain” concernant le sujet de l’arrivée de l’IA à l’hôpital. Nous traitons donc les résultats de cette enquête dans une dernière partie.
 

Etat des lieux actuels :

Le secteur public hospitalier français est en crise. La grève nationale du 14 novembre 2019, ainsi que celles qui s’annoncent, montrent bien la fracture sociale que connaît l’hôpital public actuellement. Le monde hospitalier a connu de multiples réformes, qui, pour certaines, laissent des traces et engendrent des problèmes bien plus profonds. Une des réformes les plus révélatrices des problèmes hospitaliers en France aujourd'hui est la réforme T2A* (tarification à l’activité). Michel Tsimaratos, professeur de médecine en pédiatrie et néphrologie, à l’université Aix-Marseille, parle d’une “profession exaspérée”; et pour lui c’est en grande partie dû à cette réforme de tarification. Il évoque le fait que l’hôpital “est finalement devenu une entreprise sans en avoir la culture, entrant dans une spirale infernale qui a conduit à la dégradation de sa situation financière. Cette contradiction est responsable d’une démotivation des acteurs , à l’instar de ce qui se passe dans d’autres services publics privatisés ou en voie de l’être, comme France Telecom devenu Orange, ou La Poste.” (theconversation.com).
 

Michel Tsimaratos évoque l’hôpital comme une entreprise. Une très bonne entreprise doit savoir que chaque client est différent et être capable de proposer des biens et services personnalisés. Si on retranscrit cela sur le monde de l’hôpital, on remarque parfois aujourd'hui une insatisfaction des “clients” (patients) ainsi qu’une saturation et une démotivation du personnel médical. Il y a de moins en moins de personnel médical pour un nombre de plus en plus grand de patients. Le cas des urgences est le plus préoccupant. Le problème récurrent est celui de la saturation des urgences. Et malheureusement, tous les patients ne viennent pas pour des urgences absolues. Mais comment être sûr à 100% que certains patients ne sont pas en véritable état d’urgence avant de les recevoir en consultation ?

Etienne Minvielle, Médecin de santé publique, professeur de management, École des hautes études en santé publique (EHESP) – USPC, parle d’actes inutiles trop souvent réalisés. Il rappelle que “plusieurs études internationales estiment en effet que les gaspillages dans les systèmes de santé de pays industrialisés sont importants : ils seraient de l’ordre de 30 % des dépenses de santé.” Pour lui, une des solutions se trouve dans l’arrivée de l’intelligence artificielle. il affirme qu’il faudrait " favoriser le développement des systèmes d’informations partagées, et de s’appuyer sur le numérique et l’intelligence artificielle, pour permettre des suivis à distance et fiabiliser certaines étapes par des dispositifs de machine learning ". Edward J. Harvey,  médecin chef chez Greybox Solutions et cofondateur et directeur de l’innovation médicale de NXTSens Inc, va même plus loin pour tenter d’éradiquer la surpopulation des hôpitaux et affirme qu' "avec un coup de pouce de l’intelligence artificielle, les patients pourront s'auto-diagnostiquer et ils ne verront plus l’intérieur d’une clinique ou d’un hôpital à moins d’être considérés vraiment malades. Ces mouvements ne rendront pas les chirurgiens obsolètes, mais allégeront sans contredit le fardeau des autres spécialités."
 

Des hôpitaux français ont déjà intégré l’intelligence artificielle dans leurs établissements. C’est le cas par exemple du CHU de Toulouse qui figure parmi les " six lauréats d'un appel à manifestation d'intérêt mené dans le cadre du programme d'investissements d'avenir (PIA) afin d'accompagner des acteurs publics dans le déploiement d'outils d'intelligence artificielle (IA) " (source : ticsante.com). Le but de l’intelligence artificielle serait de réaliser une aide au diagnostic et à la préparation de réunions post-opératoires dans le cadre du cancer du poumon.

C’est Mounir Mahjoubi, secrétaire d’Etat en charge du numérique, qui affirme que cette arrivée offrira un gain de temps pour les médecins et une meilleure gestion de dossiers de patients.

Le CHU de Nantes, conjointement avec l’AP-HP de Paris, veulent également se lancer dans l’intelligence artificielle dans un but différent de celui du CHU de Toulouse. Leur but est d’instaurer une " véritable maquette numérique et dynamique permettant de simuler les flux de patients dans l’hôpital réel, dans l’ensemble d’un bâtiment, ou au niveau d’un étage, d’un service ou d’une salle particulière " ou encore de mettre au point un " compagnon numérique " pour aider les patients lors de longs séjours à l’hôpital.

On peut légitimement penser que l’intelligence artificielle peut venir en aide au personnel médical en crise. Interroger des figures faisant autorité dans les domaines de l’intelligence artificielle et de la médecine nous semblait être un moyen efficace de poser un diagnostic de la situation actuelle et de tenter de percevoir l’avenir.
 

Et si l’IA arrivait en masse dans nos hôpitaux ? Enquête terrain

Nous sommes donc allés plus loin et avons réalisé plusieurs enquêtes auprès de personnes faisant autorité dans les domaines médical et de l’intelligence artificielle. Nous avons eu la chance d’obtenir des témoignages clés de professionnels dans leur domaine pour une meilleure approche de notre thématique.

Laure Theron, 23 ans,  étudiante en management des établissements de la santé et alternante en tant que Chargée de missions à la clinique Kennedy groupe ELSAN à Nîmes (établissement MCO, Médecin chirurgie obstétrique) a accepté de répondre à nos questions concernant l’arrivée de l’intelligence artificielle à l’hôpital. Elle constate jour après jour les difficultés de l’hôpital public notamment en termes de management. Malgré ces problèmes, elle nous avoue qu’elle constate une " résistance aux changements ", et nous déclare que " comme dans toute organisation de grande taille, pour tout changement, cela prend du temps ". Elle assure également que la transformation digitale est déjà compliquée à mettre en place et à faire accepter, du coup elle craint que l’intelligence artificielle soit tout aussi complexe à intégrer.

Quant à la question de savoir ce qu’est, pour elle, l’intelligence artificielle, elle nous répond : " Pour moi l’intelligence artificielle, c’est une grande puissance de calcul, d’aide pour des scientifiques ". Elle évoque donc la notion " d’aide ". C’est donc tout naturellement que nous lui avons demandé ce qu’elle pensait de l’arrivée de l’intelligence artificielle dans le secteur hospitalier. Selon elle, l’intelligence artificielle pourrait être une aide administrative à l’hôpital : facturation ou comptabilité par exemple. Pour elle, l’intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer le contact humain dont un patient a besoin lors d’une maladie longue et grave, mais elle affirme que " dans des techniques de soins je pense qu’on peut tout à faire appel à l’IA (intelligence artificielle) ".

En résumé, elle pense donc que l’intelligence artificielle pourrait bel et bien apporter une réelle valeur ajoutée au monde hospitalier, mais que d’un point de vue managérial, il serait difficile et long de faire accepter une telle irruption. Mais elle estime qu’à terme, médecins et personnel hospitalier pourront combiner leurs expertises et celles d’une intelligence artificielle.
 

Pour renforcer notre étude, un entretien a eu lieu avec M. Nicolas Spatola un PHD en Psychologie sociale et cognitive à l’Université Clermont Auvergne et actuellement un post-doctorant à l’Université de Potsdam à Berlin -Allemagne . Il travaille sur les interactions Homme-Machine dans le cadre de l’intelligence artificielle et il qualifie ce terme comme étant mal choisi car, selon lui, ce n’est pas une véritable intelligence. La signification du terme se limite dans le traitement automatique des informations, à travers l’octroi d’inputs à un algorithme qui donnera par la suite des outputs. Cet algorithme peut fonctionner de manière non supervisée (on a des données d’entrée, or, la machine apprend toute seule) ou supervisée (on fait apprendre à la machine à travers des cas de simulation à l’avance).  Par conséquent, ce n’est pas une intelligence, mais, un algorithme qui doit réussir sa mission à travers les données qu’on lui a attribué.Selon notre interviewé, l’IA est très recommandée, voire plus performante que la prestation humaine quand il s’agit d’une tâche très spécifique à réaliser, pour un traitement de données d’un champ spécifique. Pourtant, quand il s’agit de croiser plusieurs compétences, l’IA ne résiste pas à l’analyse, elle est d’avance condamnable (nécessité d’une phase d’apprentissage).

Dans le domaine de la médecine, la France est en avance sur certains points en IA puis qu’elle se dote d’un système social numérisé contenant les données des milliers de patients permettant d’avoir une énorme base de données ou on peut entraîner des algorithmes efficients en médecine.
 

L’IA la plus utilisée est celle d’IBM intitulée WATSON qui est capable de traiter un grand nombre de données. Mais, malheureusement, la France n’aurait pas l’occasion de structurer ces algorithmes dans ses laboratoires R&D, non pas pour des raisons de moyens, même si ces derniers demeurent restreints par rapport à ceux investis par les Etats-Unis et la Chine, mais plutôt à cause des départs massifs des ingénieurs compétents en IA à l’étranger. Citons l’exemple du directeur « IYA LUCA »   des services IA chez Facebook qui porte la nationalité française.

Quant à la médecine, l’IA va servir pour détecter les maladies physiologiques (cancer, ...), et ce, grâce à un meilleur traitement des données qu’elle a déjà reçues. Si on lui donne un maximum de données sur un patient, elle va pouvoir croiser ces données avec l’ensemble de données des milliers de patients qu’elle a pu intégrer, c’est donc plus facile de comparer le cas à une infinité de cas.

M. Spatola nous a avancé l’exemple d’un patient japonais qui avait un type spécifique de cancer que les médecins n’arrivaient pas à détecter. Par conséquent, IBM leur a prêté son IA WATSON pour détecter le cancer en 3 heures uniquement, en se basant sur des milliers des données médicales des anciens patients.
 

Il est indéniable que l’IA joue un rôle incontournable au sein des hôpitaux, à savoir :
  • Diagnostiquer les maladies de manière extrêmement précise
  • Rôle de prévention via un check up de l’historique des analyses du sang du patient
  • Une pratique chirurgicale : des robots qui vont aider l’Homme à monitorer et cibler directement la tâche confiée (un aspect assistanat) qui va permettre d’accéder à plus d’informations plus rapidement et en faire une synthèse qui peut être utilisée après par le médecin.
  • Un bracelet connecté qui monitore la puissance cardiaque et les différents taux sanguins. Donc, s’il y a lieu d’un signal initiateur, le médecin est alerté automatiquement pour intervenir avant que la situation ne s’aggrave, et plus particulièrement, quand il s’agit d’un cas d’urgence.

M. Spatola accepterait d’être soigné par une IA que par un humain en avançant qu’elle sera plus efficace pour un diagnostic de santé tout en ayant un côté de confiance qui est toujours important selon lui et qui nécessite la vérification de la prestation de l’IA par le médecin en permanence.

D'un point de vue éthique, M. Spatola s’interroge sur l’usage des données médicales cumulées et traitées par l’IA , qui ne doit pas avoir des fins économiques comme la commercialisation de ces données pour les organisations lucratives opérant dans le domaine de la santé, comme les assurances, les mutuelles, puisque la donnée médicale a une importance extrêmement forte permettant de prédire les risques sanitaires associés à  un individu.

Personne ne peut nier l’importance de l’IA dans les hôpitaux de demain, puisque c’est une réalité à laquelle on ne peut échapper. Toutefois, l’aspect éthique doit être pris en considération de telle manière que l’intérêt économique ne guidera jamais les décisions prises dans les hôpitaux. Est-ce possible ?
 

Mme Dos Santos, professeure de Stratégie et Responsable des MS/MBA Management des établissements sanitaires & sociaux au sein du Groupe ESC Clermont, définit l’IA dans la santé comme un ensemble d’éléments qui aident au diagnostic de manière à accompagner au mieux les patients dans leurs soins. L’IA dans les établissements médicaux peut être considérer comme un outil d’aide à la décision qui va permettre d’améliorer la qualité des soins en établissant les diagnostics les plus pointus. Elle permet d’améliorer la prise en charge du patient, donnant aux médecins la possibilité de cibler plus rapidement les traitements à prodiguer aux patients et donc elle fera gagner un temps précieux aux patients et aux médecins.

L’IA aura de plus en plus de place dans les hôpitaux. C’est un secteur qui a fait des progrès économiques fulgurants. Le domaine de santé peut s’en servir.
" Aider les médecins et non les remplacer "
 

Mme Dos Santos estime que l’IA est un complément et un outil d’aide qui n’est pas destiné à pallier la pénurie des médecins. Cette dernière ne doit pas chercher à remplacer le médecin mais plutôt à l’épauler dans un raisonnement fondé sur les connaissances médicales de sa spécialité. “Personnellement j’espère que le médecin reste toujours au cœur du système de santé quel que soit sa spécialité”. Le rôle des médecins et des professionnels de santé est capital, car “l’IA est quelque chose qui fait peur !”

Le secteur de la santé est un secteur particulier qui nécessite un face à face. Le patient a besoin d’être informé sur son état. Le lien avec le médecin est capital. La sensibilité de ce domaine oblige les médecins et les professionnels de santé à ne pas perdre la confiance des patients. De ce fait, les médecins doivent faire preuve d’une certaine pédagogie pour sensibiliser les patients sur le fait que ses outils sont des outils qui peuvent les accompagner et qu’en rien ils ne peuvent substituer au médecin.

L’IA joue un rôle crucial en matière de centralisation et d’analyse de données ce qui sert à mieux gérer les maladies chroniques comme le diabète par exemple : le patient diabétique ne devra plus calculer ses doses d’insuline…
 

IA et radiologie : obtenir des résultats le plus rapidement possible

Mme Dos Santos insiste sur l’idée de complémentarité. Elle ne doit pas avoir vocation à remplacer le radiologue mais plutôt à l’aider pour une prise en charge rapide et efficace du patient. Ces nouvelles technologies ne peuvent en aucun cas prendre des décisions à la place du radiologue. « Le diagnostic établi par un radiologue pour moi est essentiellement humain. Je sais que l’IA va être amenée à exploser dans les années à venir dans le domaine de la santé et dans d’autres secteurs aussi mais je trouverais cela dommageable qu’elle vienne substituer le médecin quel que soit sa spécialité. »

Formation
Les professionnels de santé doivent mieux se former sur ces nouvelles technologies. Il est nécessaire de programmer un module de formation complet sur la médecine et l’IA destiné aux étudiants.
El Mahdi Taki, 24 ans, ingénieur fraîchement diplômé en robotique et préparant actuellement sa thèse doctorale en Intelligence Artificielle dans le domaine de la santé : il définit l’IA comme un ensemble de techniques susceptibles de développer des programmes informatiques qui vont imiter l’intelligence humaine. 
 

Dans ce cadre, il a évoqué l’exemple de la vision artificielle qui est une fonction qui se base sur la reconnaissance d’une image à classer par la suite en fonction de l’objet, de l’image ou de la couleur détectée. Il estime que la robotique - qui est un domaine de recherche en pleine expansion- représente un sous-domaine important de l’IA. La robotique vise principalement à faire croître l’autonomie des machines. Par exemple la chirurgie assistée par ordinateur qui permet d’améliorer la précision des gestes ou alors d’opérer à distance. Les robots d’assistance aux personnes fragiles âgées, est sans doute une des innovations les plus connues dans ce domaine. Cette robotique de service vise principalement à imiter les capacités humaines, mais cette fois-ci avec une protection de la vie privée.
Le progrès de l’IA a bouleversé le domaine de la santé comme d’autres domaines. Cette dernière sous-tend une amélioration des soins et une réduction des coûts. Ce progrès, pour lui, arrive à toucher principalement les spécialités où l’information est déjà numérisée, telle que l’ophtalmologie, la cardiologie, l’imagerie médicale… Par exemple, une fois un système d’algorithme s’entraîne sur des dizaines de milliers d’images, il arrive à avoir des performances spectaculaires qui lui permettent d’identifier une tumeur cancéreuse ou de la rétinopathie diabétique. Cela ne concerne actuellement que quelques pathologies, les avancées sont loin d’être rapides dans tous les domaines.
 

Enquête terrain auprès du “grand public”:

Nous sommes allés plus loin en proposant un questionnaire permettant d’obtenir l’avis de la population sur le sujet de l’arrivée de l’IA dans les hôpitaux.
Notre panel d’échantillon est large (105 réponses), ci-après le lien de notre questionnaire : https://docs.google.com/forms/d/1Ss5PyU38Bw4bLxYqmn0YGVYzsWaWXflstAszOU6wA2A  
Il regroupe des personnes de tout âge allant de 15 ans à 86 ans. 80% de gens ayant accepté de répondre à notre questionnaire sont âgés de 15 à 25 ans, 19% de 26 à 40 ans, et 1% entre 41 et 55 ans.
Notre panel regroupe des personnes de toutes catégories socio-professionnelles (étudiant, travailleur cadre, profession libérale, non-cadre et retraité). Le taux de participation le plus élevé était auprès des étudiants (78,1%) avec une participation mitigée des autres catégories professionnelle et une participation inexistante des retraités. Cela montre que l’utilisation des moyens dématérialisés suscitent de l’intérêt auprès de la population jeune ou en âge de travailler, Tranche d’âge moins sujet à avoir recours à l’hôpital et à tout autre offre de soins que la population plus âgée. Il ressort également que même si peu de gens vont souvent à l’hôpital, leur ressenti après un passage est perplexe. Le taux le plus élevé de satisfaction est de 43% alors que le taux le plus bas est de 5%. Aussi quand on demande leur avis sur les points à améliorer ou perfectibles, on constate une unanimité sur l’accueil, la prise en charge, la disponibilité, l’accompagnement et la compréhension du personnel.

Dans le but de savoir si l’IA pourra dans l’avenir jouer un rôle dans l’amélioration de la qualité de l’offre de soins et de prise en charge, on a voulu d’abord savoir ce que nos sondés entendent par IA, ensuite s’ils sont au courant de sa présence dans d’autres services ou lieu public, avant de leur demander s’ils sont près à la voir intervenir dans la vie de l’hôpital.
 

L’intelligence artificielle (IA) : le remède aux maux de l’hôpital public ?
Sur la quatrième question, la majorité arrive à situer l’existence de l’intelligence artificielle dans les services du quotidien, elle se matérialise pour certains comme un robot qui peut imiter les comportements humains. Pour 80% des personnes c’est un robot doté de capacités d’analyse, pour d’autres le chatbot est l’intelligence artificielle, une minorité reste sans avis. En revanche seul 30% pensent qu’ils ont déjà eu affaire à l’IA, les 70% restant estiment qu’ils n’ont jamais eu à faire directement à l’IA.

Les gens sont conscients de l’existence et du développement de l’IA, qu’elle est utilisée dans les administrations publiques, le commerce, la finance, le marketing… En revanche, ils ne réalisent pas tous encore qu’ils ont affaire à elle dans le quotidien. Les gens sont de plus en plus ouverts à l’IA et à sa place dans l’offre du service, néanmoins ils restent sceptiques et non encore prêts à la voir intervenir dans le domaine médical. Ils sont juste 29% à se déclarer d’accord pour avoir affaire à l’IA dans ce domaine, alors qu’ils sont 40% favorables quant à son déploiement dans les administrations publiques.

L’intelligence artificielle (IA) : le remède aux maux de l’hôpital public ?
17,1% des gens voient l'IA rendre le monde meilleur et préféreraient sont utilisation afin d'optimiser et réduire les flux des urgences. Ainsi, 38.1% des répondants pensent que l’IA devrait certainement apporter une réponse à leurs problèmes, et seulement 9,5% prévoient que la nécessité de l'lA au sein des hôpitaux ne changera rien et l'utilisation de cette technologie n'impactera jamais les flux des urgences.

Si l'on examine les résultats par pays, on constate une volonté étonnamment élevée chez tous les répondants de s'engager dans l'IA et les robots, indépendamment du pays, du sexe ou de l'âge.

Sur 40% de personnes interrogées de plusieurs pays différents comme la France, le Maroc, le Sénégal ou le Gabon, le grand public est prêt à parler et à interagir avec un appareil, une plate-forme ou un robot qui peut répondre à des questions sur la santé ou même effectuer des tests.

31,4% sont totalement d'accord avec le fait que l'IA facilitera simplement la vie des médecins pour qu'ils puissent atteindre un plus grand nombre de patients et aussi pour les patients qui auront un meilleur accès aux soins de santé, et seulement une petite minorité de 3,8% ont montrées leurs désaccords.
 

L’intelligence artificielle (IA) : le remède aux maux de l’hôpital public ?
La crainte que les fournisseurs d'IA soient moins en mesure que les fournisseurs humains de tenir compte des caractéristiques et de la situation uniques des consommateurs, suscite la résistance des consommateurs à l'IA médicale. Les gens sont plus susceptibles de suivre la recommandation d'un médecin que celle d'un robot.

L'enquête a révélé que même juste pour un bilan de santé, les répondants ne seraient pas disposés à ce qu'un robot effectue une intervention chirurgicale mineure plutôt qu'un médecin, avec seulement près de 10 % de tous les répondants disposés. Les répondants étaient moins disposés à subir une chirurgie ou accorder confiance à une machine/robot plutôt qu'un médecin (23 %), avec seulement près de 11.4 % de tous les répondants disposés et 31,7% des répondants ont montré des hésitations d'accorder leur confiance.

Il n'est peut-être pas surprenant que la situation ait changée radicalement lorsqu'il s'agit de chirurgie majeure, l'enquête a révélé une réticence beaucoup plus grande de la part d'un robot à effectuer une intervention majeure au lieu d'un médecin. Les décisions en matière de santé ont été prises presque exclusivement par des humains dans le passé, et l'utilisation de machines intelligentes pour les prendre ou les aider soulève plusieurs questions comme de responsabilité, de transparence, de permission et de protection de la vie privée.
 

L’intelligence artificielle (IA) : le remède aux maux de l’hôpital public ?
Dans le cas de la médecine, l'IA peut s'avérer beaucoup plus efficace que n'importe quel individu ne pourrait jamais l'être en matière de soutien prédictif. Cependant, 43,8% sont complètement en désaccord avec l'idée que le personnel médical est voué disparaître des hôpitaux, 14,3% des réponses ont été ni d'accord ni en désaccord, les 14,3% restants pensent qu’il est possible que le personnel disparaissent des hôpitaux et enfin seulement une minorité de 3% est tout à fait d'accord avec la disparition du personnel médical.

En demandant au grand public s’ils sont prêts à aller dans un hôpital sans un seul médecin, la plupart des répondants ne sont pas prêts à accepter l'idée d'un hôpital sans médecins (60%) et seulement 3% seront disposés à le faire. Pour eux, l'Intelligence Artificielle ne vise pas à remplacer les médecins, mais bien à les rendre meilleurs dans leur travail en leur donnant accès aux outils et aux ensembles de données nécessaires.

La majorité des répondants croient que l'IA ne pourra jamais vraiment remplacer les médecins en le voyant d'une manière simple que l'intuition humaine et la compassion ont une grande place dans les soins de santé. Il s'agit d'une spécialité axée sur les personnes qui est principalement centrée sur les soins et peu importe les progrès de la technologie médicale, les fournisseurs de soins de santé, les médecins, les infirmières et tous ceux qui fournissent des soins auxiliaires ne pourront jamais être remplacés par l'IA. Seulement 5% pensent différemment.

Dans le secteur hospitalier, les applications de l’IA se multiplient. Qu’en sera-t-il dans 30 ans ? Nos enfants connaîtront-ils les hôpitaux tels que nous les connaissons aujourd'hui ?

Actuellement, des études prouvent que l’IA surpasse l’humain par sa capacité à traiter des millions de données en un temps record, mais, en aucun cas les médecins ne peuvent entièrement se substituer à elle. C’est l’humain avant tout qui intègre l’IA dans un secteur d’activité et en ce sens, il la domine. Dans le secteur médical, une complémentarité entre médecin et machine semble être la solution qui se profile. L’hôpital 2.0 sera probablement le lieu où l’homme rencontrera la machine pour améliorer les compétences de chacun. L’humain aura toujours un besoin d’empathie et d’écoute d’un autre humain pour continuer à exister socialement. Pour entrer au mieux dans ces mutations, il sera nécessaire de former les futurs médecins à l’IA et d’anticiper les évolutions de l’organisation du travail à l’hôpital.
 

Glossaire

T2A (Tarification de l’activité) : “mode de financement des établissements de santé français issu de la réforme hospitalière du plan Hôpital 2007, qui vise à médicaliser le financement tout en équilibrant l'allocation des ressources financières et en responsabilisant les acteurs de santé.” (source : Wikipédia)
 

Bibliographie

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Claveranne, J. P. (2003). L'hôpital en chantier: du ménagement au management. Revue française de gestion, (5), 125-129.
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Grosjean, M., & Lacoste, M. (2015). Communication et intelligence collective: le travail à l'hôpital. Presses universitaires de France.
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Le CHU de Toulouse accompagné par l’Etat pour diffuser l’intelligence artificielle à l’hôpital. (2018, novembre 23). Consulté le 8 décembre 2019, à l’adresse https://www.ticsante.com/story/4349/le-chu-de-toulouse-accompagne-par-l-etat-pour-diffuser-l-intelligence-artificielle-a-l-hopital.html
Minvielle, E. (2018, septembre 20). Améliorer l’organisation de la prise en charge du patient pour lutter contre les actes médicaux inutiles. Consulté le 8 décembre 2019, à l’adresse https://theconversation.com/ameliorer-lorganisation-de-la-prise-en-charge-du-patient-pour-lutter-contre-les-actes-medicaux-inutiles-103463
Tsimaratos, M. (2017, janvier 12). Hôpital, une mécanique sévèrement grippée. Consulté le 8 décembre 2019, à l’adresse https://theconversation.com/hopital-une-mecanique-severement-grippee-71227


 

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