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Futurologie

L'ISR : L’urgence environnementale peut-elle modifier le comportement des investisseurs ?


Introduction

L'ISR : L’urgence environnementale peut-elle modifier le comportement des investisseurs ?
Investir. Ce mot fait rêver (ou pas) un bon nombre de personnes. Enfin, ce sont plutôt les résultats qu’il procure qui font rêver. Mais pour être un bon rêveur il faut d’abord comprendre comment fonctionne la réalité. Et pour rêver longtemps et ne pas faire vivre un cauchemar aux futures générations, il faut le faire correctement. Car oui, il y a investir et investir.
 
L’article que vous vous apprêtez à lire guidera celui qui souhaite comprendre l’investissement et son pouvoir. En effet, l’investissement a un pouvoir : celui de donner une direction à nos actions. Là où il y a du capital, il y a une action humaine (travail). Et là où il y a du travail humain il y a des résultats. Venons-en aux faits. Notre planète meurt à petit feu car les actions que nous menons la détruisent. Pourquoi ? Parce que nous investisons sur des activités polluantes, énergivores et que la recherche de toujours plus de profit nous pousse à utiliser des méthodes destructrices (forage pétrolier, exportation de marchandises à travers le monde…).
 
Une question se pose : L’urgence environnementale peut-elle modifier le comportement des investisseurs ?
 
Si oui, comment ?
 
Voici la réponse : L’ISR (Investissements Socialement Responsables).
 
Mais avant de parler d’ISR, nous allons poser les bases en définissant ce que l’on entend par investissement. Qu’est-ce donc que l’investissement ?

L’investissement en règle générale

D’un point de vue purement économique, un investissement est une dépense immédiate destinée à augmenter, à long terme, le capital de l’investisseur. Dans une entreprise, un investissement sert à améliorer l’existant (productivité) et/ou à grandir (croissance organique et croissance externe). On peut distinguer deux types d'investissement économique : le capital investissement, qui s'exerce dans des entreprises non cotées, et l'investissement en Bourse, qui s'exerce dans des entreprises ayant effectué une introduction sur le marché. Investir, c’est donc financer l’activité d’une entreprise en contrepartie d’une part de son capital, proportionnelle au soutien financier accordé. L’investisseur peut investir dans le seul but de s’enrichir ou pour soutenir une cause qui lui est chère voire les deux dans certains cas. Aujourd’hui c’est de plus en plus le cas avec l’essor des entreprises à mission (Danone par exemple) impulsé par la loi PACTE. Le procédé reste bien entendu le même quel que soit la raison à l’origine de l’investissement : L'investisseur apporte des fonds et l'entreprise offre en retour une part de son capital sous forme d’action. Cela procure également un droit de vote en Assemblée Générale. Toutefois, la massification de l’actionnariat nous éloigne de cette théorie. Dans la pratique, les petits actionnaires ne se sentent pas lié à l’entreprise. Ils n’exercent d’ailleurs pas directement leur droit de vote et ne s’impliquent pas dans la gouvernance de la société. Ils attendent surtout un retour sur investissement.  
 
Nous voyons clairement que certains termes se dégagent : allocation de ressources, risques, taux, retour sur investissement. Il s’agit avant tout de notions quantitatives / chiffrables qui font de prime abord apparaitre l’investissement comme un simple moyen de s’enrichir. Et en effet, l’investissement est un placement qui promet des gains potentiels plus forts (car corrélés aux risques prit par l’investisseur). Mais l’investissement peut aussi revêtir un autre aspect. Un aspect qualitatif, plus difficile à mesurer : le soutien apporté à une cause. En effet, ne l’oublions pas, investir c’est aussi soutenir financièrement une entreprise. Et soutenir une entreprise qui œuvre pour une cause, c’est soutenir la cause. Pour aider les investisseurs et selon le principe de transparence, ce type d’investissement porte un nom particulier : ISR

L’ISR c’est quoi ?

L’ISR ou investissement socialement responsable est une catégorie d’actif qui prennent en compte l’intégration des critères extra-financiers dans la décision d’investissement. En autre termes, c’est de prendre en compte les parties prenantes et les thématiques importantes nécessaires à la vie de l’entreprise. Parmi ces critères : l’environnement, les questions sociales, éthiques et la gouvernance dans les décisions de placements et la gestion de portefeuilles.
Il est apparu la première fois dans l’économie moderne en 1971, lorsque deux pasteurs américains ont créé un fonds d’investissement refusant de financer toutes les entreprises d’armement. Ce qui à l’époque était inimaginable car elles affichaient parmi les rendements les plus attractifs. En Europe la France est le premier pays à avoir mis en place un ISR via un comité catholique en 1983, qui était un fonds commun de placement contre la faim et pour le développement des zones les plus démunies.
Pourtant ce concept est bien plus ancien que cela, au 18eme siècle un mouvement philanthropique religieux d’une communauté anglo-saxonne, les quakers, s’érigent contre la possession de richesse en faveur de l’égalité et de la justice sociale. Ils mettent alors leurs richesses en communs pour investir dans des améliorations sociales durables et créé le premier fonds d’ISR au monde.
Malgré cela l’ISR va mettre très longtemps avant de se démocratiser, jusqu’au année 2000 la rentabilité était le maitre mot et rien ne pouvait la détrôner. Or à la suite des crises financières et des nombreux rapports sur le climat qui devenaient de plus en plus alarmant les mentalités ont évolué, aujourd’hui 6 français sur 10 se disent concernés par les enjeux environnementaux et prêt à investir en conséquence.
Les établissements financiers d’investissement se sont rendus comptes rapidement de cet intérêt des investisseurs pour cette classe d’actifs, ils ont alors créé énormément de nouveaux fonds ISR participant grandement à sa démocratisation.
Les choses se sont rapidement accélérées ces dernières années en matières d’ISR à tel point que Larry Fink le PDG de BlackRock, le plus grand gestionnaire d’actifs au monde, a annoncé dans sa lettre annuelle en début d’année qu’il souhaitait renforcer les investissements de BlackRock dans les entreprises respectant des critères ESG ( pour Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance, sont des critères d'analyse qui permettent évaluer la prise en comtpe du développement durable dans la stratégie de l'entreprise).

Il a également mis en garde en expliquant que s’il constater que des entreprises ne faisaient pas d’effort dans ce sens il pourrait tout simplement décider de ne plus les financer. Les sommes se chiffrant en centaines de milliards d’euro, une énorme pression est exercée de la part des gestionnaires d’actifs sur les entreprises, les poussant à adopter une stratégie respectueuse des critères ESG.
Bien que les organismes financiers soient probablement l’acteur le plus important dans la progression de l’ISR, les états jouent eux aussi un rôle important car ils créés des labels et adoptent des politiques accommodantes envers ceux-ci.
La France est un pays précurseur en matière d’ISR, à tel point qu’en 2016 le ministre des finances à créer le Label ISR. La France devient alors le premier pays Européens à mettre en place un label qu’elle attribue aux entreprises respectant des critères ESG strictes. Grâce à cela les investisseurs possèdent une bien meilleure visibilité sur l’engagement social de nombreuses entreprises.
Les pouvoirs publics décident régulièrement des critères qui rentrent en compte pour l’obtention de ce label et veille au bon processus de labélisation.
L’ISR provient d’une prise de conscience globale des investisseurs qu’ils soient particuliers ou institutionnels sur la nécessité de changer notre rapport à l’investissement et d’intégré de nouveaux critères de sélection. Les formes principales de L'ISR sont les suivantes :
  • Les fonds socialement responsables ou de développement durable : l’intégration des critères sociaux et environnementaux dans le processus de décision d’investissement.
  • Les fonds d’exclusion : l’exclusion d’entreprise pour des motifs de moralité ou religieuses (à titre d’exemple : l’armement, le jeu, le tabac…),            
  • L’engagement actionnarial ou activisme actionnarial : l’exigence d’une politique de responsabilité sociale plus forte aux entreprises, le but étant d’investir afin d'influencer le comportement des entreprises en exerçant les droits de vote.
  • Les fonds de partage : céder une partie du résultat de l’entreprise à des associations caritatives ou des ONG.
  • Les produits financiers solidaires : l’allocation de fond sous forme d’épargne afin de financer des projets d’économie solidaire.

Pourquoi l’ISR se développe aujourd’hui ?

Tout d’abord il faut savoir que les Hommes sont sensibles à deux choses les effets de mode et l’argent. Avec l’ISR ils peuvent avoir les deux puisque ce type d’investissement surf sur la philosophie « green » qui déferle sur le monde depuis des années et il vous permettra aussi de faire de plus gros profits grâce à investissement long terme. Pour finir certaines personnes choisiront l’ISR pour les profits, d’autre pour la philosophie réelle de l’ISR et certains seulement car on parle actuellement. 
 
Désormais même les grands Hedge Funds tel que Blackrock ne jure que par L’ISR. En Novembre 2019 le plus grand fond d’investissement du monde a obtenu deux labels ISR et Greenfin. Ce sont ici, 8,4 Milliards d’actifs sous gestion qui ont obtenus ce label. En l’occurrence, pour obtenir ces labels Blackrock a dû développer des outils d’analyse pour évaluer les entreprises à intégrer tout en améliorant la performance financière sur le long terme.
 
Il est normal de voir des fonds d’investissement comme Blackrock se tourner vers des investissements qui ont la côte puisque cela peut leur permettre d’engranger plus de bénéfice. De plus, depuis quelques années les États se mettent aussi à promouvoir l’ISR. Pour ce qui est de La France, un fond de retraite 100% ISR gérer par l’Établissement de Retraite Additionnelle de la Fonction Publique a été créé, et il gérait 16 Milliards d’euros d’actifs au 31/03/2014.
 
Ensuite, le développement de l’ISR est aussi dû au développement du RSE au sein des entreprises, en effet même si l’État a quelque peu forcé ce développement ( Loi NRE, Loi Grenelle 2 et la Loi Pacte plus récemment ), les entreprises ont compris qu'il était dans leur intèret de suivre la "vague" RSE tant en termes d'image, qu'en terme financier.
En termes d’image puisque les gens sont de plus en plus sensibles aux questions relatives au développement durable ou encore à la pollution. Cependant cela peut aussi passer par le fait de ne plus délocaliser ses locaux dans des pays où la main d’œuvre coute moins chère.
 
Financièrement, les entreprises qui sont sensibles au RSE se démarquent. Aujourd’hui le monde traverse une crise sanitaire jamais vu depuis 100 ans. Les entreprises qui ont été le moins impactées par la crise du Covid-19 sont les entreprises et les fonds ISR qui ont des bonnes pratiques en matière environnementale, sociale et de gouvernance.
 
En dix ans, les encours ISR ont triplé pour atteindre 1 000 milliards de dollars, et rien qu’en 2019, ils ont bondi de 50 %. De plus, le Covid-19 nous oblige à changer nos habitudes, le fait que certaines entreprises traversent mieux la crise grâce aux engagements pris depuis des années permettra peut-être aux mauvais élèves en la matière de procéder à des changements et de s’engager plus activement dans la RSE.
 
Pour finir l’ISR se développe donc aujourd’hui puisque certaines personnes ont pris conscience que le monde devait changer et cela pour le meilleur. Certes, il y aura toujours des personnes attirées par le profit que peuvent engendrer les ISR, cependant d’autres le feront car ils sont vraiment sensible au message véhiculé par les ISR.

Quels avantages ?

Les investissements socialement responsables (ISR) favorisent les produits financiers émis par des organismes qui respecte l’environnement, leurs salariés, leurs partenaires et la société dans son ensemble. Alors qu’il existe plusieurs avantages qui encouragent actuellement les investisseurs à investir dans les ISR par rapport à d’autres investissements classiques, On dénombre les suivants :
 
1/ La transparence : Les investissements socialement responsable dans leur majorité prône une transparence via des labels dans notamment le Eurosif Transparency Code (lancée en 2008), chose qui augmente la responsabilité des émetteurs ainsi qu’aux organismes bancaires qui commercialisent des produits financiers disposant de ce label. D’autres part la transparence des ISR peut être vu dans l’information publique est disponible des fonds destinés aux investisseurs, et à leurs formats qui permet une comparabilité avec d’autres produits financiers classiques.
 
2/ etc.Une couverture contre la crise (Crisis Hedge) : les ISR permettent une exposition moindre au risque de marché en vue de leur approche durable. Les investissements y affèrent.
 
Impact écologique : Tout naturellement, les produits ISR incitent les entreprises émettrices à polluer moins et à préserver l’environnement. Ainsi investir dans ses produits revient à émettre moins de gaz à effet de serre (ex : Energies renouvelables)
 
Impact Social : Le bien-être de la communauté et aussi des conditions favorables aux salariés.
 
Produit moins volatile : Selon une étude émise par De, I., & Clayman, M. (2015) qui étudie l’impact des facteurs ISR sur les rendements du portefeuille sur le marché Américain 2007-2012, les chercheurs en déduit une forte corrélation négative entre la notation ISR et la volatilité des actions. En effet, les actions ISR représentent en général un niveau faible de volatilité et compte parmi les actions les plus performantes du marché.

Pourquoi c’est l’avenir ?

Lorsque vous, particulier, investissez sur des valeurs mobilières, votre souhait est de valoriser votre capital. L’objectif est soit d’obtenir votre dividende annuel, soit de réaliser une plus valus lors de la vente de votre action soit les deux !
 
Votre choix s’oriente généralement vers une grosse capitalisation, solide financièrement et ancrée dans le paysage économique. Vous diversifiez également votre portefeuille comme l’a enseigné Markowitz pour qu’il soit efficient. Le monde de la finance a pris conscience de l’importance des questions ESG pour le grand public. Pour preuve, aujourd’hui, 61% des investisseurs et 48% des entreprises ont intégrés une stratégie intégrant les critères ESG. Au niveau Européen, des recommandations sont mises en place afin que la régulation financière ne constitue pas un frein au développement de la finance “verte” et pour encourager son développement.
 
Mais pour vous, investisseur individuel, vous souhaitez valoriser votre capital et évaluer le risque de chaque actif. Comme le montre l’étude Demystifying Responsible Investment Performance intégrer un critère financier et extra financier apporte deux choses :
 
La prise en compte de ISR permet dans un premier temps de réaliser des performances similaires voir supérieures aux autres capitalisation.
 
Les sociétés ESG sont également mieux gérées. Cela vous permet de limiter votre risque de perte en capital en cas de crise financière. Pour le monde de la finance, voir émerger des entreprises proposant un potentiel de croissances important avec un risque de défaut limité.
 
Dernier point et pas des moindres, les agences de notations comme Moody's ou Standard & Poor’s commencent à intégrer des critères extra financiers dans leur notation. Les effets de ces nouvelles méthodologies utilisées par les agences de notation sont déjà bien réels. Des entités ont déjà vu leur note de crédit être pénalisée du fait de ces risques extra-financiers. Standard & Poor’s estime qu’entre 2015 et 2017, plus de 1000 notes de crédit ont été affectées de manière importante par des facteurs environnementaux ou sociaux.
 
Le monde change et la finance est en train de prendre le virage du développement durable. L’ISR est gage de performance et limite le risque de perte en capital. Vous avez devant vous une nouvelle façon de participer à l’économie.
Le train de l’ISR va partir, à vous de ne pas le manquer !

Alors on investit ?

Bien entendu investir dans les ISR peux s’avérer alléchant si vous souhaiter donner une dimension éthique dans vos futurs investissements, mais comment se lancer ? Quels Labels choisir ?
 
La première étape de votre quête est de choisir via qu’elles plateformes vous voulez investir.
 
Il est possible d’investir dans votre banque traditionnelle. Vous pouvez demander à votre conseiller des renseignements sur les fonds d’investissement que la banque propose.
 
Par exemple, le Crédit Agricole propose le placement « Amundi Valeurs Durables » qui concrètement vous permet d’investir dans des entreprises développant des technologies « vertes ». Ce fond ISR est investi dans les actions d’entreprise Européennes exerçant au moins 20% de leur activité dans le développement de technologies vertes.
 
Tous les établissements financiers vous proposent une offre permettant d’investir dans ces types de fonds solidaires. Prenez rendez-vous avec votre conseiller et dîtes lui que vous voulez ouvrir un PEA (Plan Epargne Action). Néanmoins, assurez-vous d’avoir assez de connaissance avant de vous lancer dans l’aventure. En effet votre banquier évaluera votre compréhension dans le domaine pour vous proposer des produits adaptés.
 
Dans tous les cas il vous faudra ou moins un des produis ci-dessous :
 
  • Un compte titre ordinaire
  • Une épargne salariale ou de retraite collective (PEE ou PERCO)
  • Un plan épargne action (PEA).
  • Une assurance vie en unité de compte
 
Ou bien de certains produits d’épargne retraite individuelle (Madelin, plan épargne retraite populaire.
 
Et les labels dans tout ça ?
 
Comme dans d’autres secteurs d’activité, les labels de la finances durables sont un gage de légitimité vis-à-vis des investissements durables. Il faut cependant se méfier des labels non reconnus dans ce secteur plein d’ambitions.  De nombreux Labels existent pour garantir la valeur éthique des placements. Chaque Label répond à une série de critères que le placement doit respecter (solidarité, transparence, etc..) Le site « Novitech » vous portera une visibilité concernant la diversité des labels reconnus dans le domaine de l’investissement responsable.

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Source : Novethic
 
Il est essentiel de vérifier si l’investissement est labélisé.
Alors on investit ? Oui mais de façon responsable.

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