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Les 4 Temps du Management

Futurologie

Infobésité, Fake News ! Notre intelligence en péril ?

Tous en proie au déluge informationnel, notre qualité de penseur est vivement menacée par les fléaux que sont ultracrépidarianisme, désinformation et surinformation. Ce constat est d’autant plus alarmant dans la mesure où en démocratie, la liberté d’expression domine mais s’entache de mal-pensants. Néanmoins, cet état de fait n’est pas fataliste car c’est à nous de décider comment nous instruire.


Infobésité, Fake News !  Notre intelligence en péril ?
« Le Roi des Cons ne pense jamais, il s’instruit juste de la bêtise des autres »
Rémy Donnadieu, auteur
 
A l’instar de ce que sont les aliments pour notre corps, l’information est la nourriture de notre esprit critique, qualité inhérente d’une forme d’intelligence. En approfondissant cette analogie, force est de constater que chacun est libre de choisir la nourriture qu’il ingère, même s’il est plus simple de commander de la Junk Food avec de la viande bourrée aux hormones que de se faire livrer une pièce de bœuf de Kobe. Votre objection ? Celle que nous vous concédons sans appel, sera celle du prix n’est-ce pas ? Alors oui l’exemple est extrême, cependant le principe, maladroitement mis en lumière, est celui de la rareté.

Une bonne information sera toujours plus difficile à trouver que les ramassis nauséabonds d’informations superficielles qui pullulent dans les médias que certains osent appeler « presse ». Dans notre enquête à laquelle 122 personnes ont répondu, 74% ont affirmé qu’il est difficile d’accéder à des informations fiables contre 12% qui pensaient que les informations de qualité sont facilement accessibles et 14% qui aimeraient être aiguillés pour trouver des sources d’informations solides. La nourriture ne déroge pas à cette règle de rareté, d’où la pertinence du parallèle carnassier. Dans le cas de l’information, le prix ne serait donc que le temps accordé à s’informer. Nous sommes en droit de nous demander de quelle manière optimise t’on notre temps. Vaut-il mieux 1 heure de martèlement informationnel avec des explications de surface dépourvues d’analyse (coucou BFMTV) ? Ou moitié moins de temps pour lire un ou deux blogs du Monde Diplomatique ? Nous vous laissons débattre, si débat est nécessaire bien-sûr.

Le paradoxe défiance/consommation

 
 Cette surinformation n’est pas anodine dans la mesure où allier qualité et quantité a toujours été un défi rarement atteint (exemple de l’artisanat et l’industrie). Notre questionnaire a révélé que 88% des interrogés pensent que ces deux notions sont difficilement conciliables dans le domaine de l’information. Selon le baromètre de confiance en les médias réalisé par Kantar, les Français pensent que la télé et Internet sont les médias les moins dignes de confiance, gagnant respectivement 40 et 26 % de la confiance des consommateurs interrogés. Il y a une défiance notable, là où nous pourrions nous réjouir, le paradoxe surgit. Car, même si conscients des faiblesses d’internet, comme sa capacité inégalée à diffuser des informations erronées ou sorties de leur contexte, les Français le portent aux nues dans leur consommation. En effet, c’est le deuxième média en termes de consommation et en source d’information, toutes catégories d’âge confondues.

Des médias immédiats 

 
 Nous ne pouvons que constater le décalage entre défiance et consommation. La surinformation et les fakes news sont donc une réalité concrète dans l’esprit des Français mais pas dans leurs actes. Plusieurs explications sont plausibles, l’immédiateté régit notre quotidien, nous surconsommons tout et nous voulons que tout se fasse vite, c’est cette force qui fait d’internet la première source d’information chez les jeunes selon le baromètre, population la plus ancrée dans le « omnia illico » (tout, tout de suite). Dans le cadre de notre recherche, nous avons effectué un test parallèle pour un champ plus restreint, dans lequel nous avons ciblé les 18-25 ans. Ce questionnaire était composé de 6 mises en situation dans lesquelles les interrogés pouvaient nous apprendre leur comportement ou état d’esprit à l’aide d’une jauge, (neutralité et nuance possibles). Nous avons ensuite confondu ces résultats afin de dégager une tendance montrant une propension des 18-25 ans à être plutôt d’une nature exigeant la rapidité.

Selon Soroush Vosoughi, membre du laboratoire d'apprentissage automatique de Dartmouth, dont les intérêts se situent à la croisée de l'apprentissage automatique, du traitement du langage naturel, de la science des réseaux et de l'analyse des médias sociaux. En combinant ces disciplines et avec une analyse poussée de données récoltées sur Twitter, ce groupe a mis en évidence la vitesse de propagation d’informations fausses, qui serait 6 fois plus rapide que la diffusion d’informations vraies. Impressionnant ou effrayant ? Vous avez raison ! Pourquoi choisir ? Cette vélocité serait due à l’activation d’un cocktail émotionnel d’une remarquable efficacité pour que notre rationalité soit paralysée : la peur, le dégoût, la surprise.

L'ultracrépidarianisme en cause

 
 Mais quel est le comportement barbare qui se cache derrière ce mot qui l’est tout autant ? C’est l’art de parler de ce qu’on ne connait pas, qui dépasse notre domaine de compétences.

En ralliant ceci avec la vitesse qu’exige notre société, regarder une émission, interview ou podcast avec un spécialiste, apparaît comme antinomique avec les attentes des consommateurs, car il faudra attendre avant d’avoir la réponse à notre question, car il y a du développement qui peut trop durer pour beaucoup de personnes. Phénomène amplifié quand nous pouvons juste remplir notre barre de recherche et cliquer sur le premier site venu. Dont le contenu a peut-être été rédigé par un spécialiste, ou par Gérard 52 ans, qui crie sur sa télé devant le JT, quand la rubrique économie est diffusée alors qu’il en ignore tous les mécanismes, mais reste persuadé de savoir mieux que quiconque quelles décisions prendre. Et même si nous avons la chance de trouver du contenu fait par quelqu’un reconnu pour ses compétences dans un domaine précis et distinct, il n’est pas impossible que cette même personne, cette figure d’autorité divulgue de purulentes fakes news sans en avoir conscience, qui seront malheureusement, portées par beaucoup d’auditeurs sans prendre le temps d’en vérifier la véracité, immédiateté oblige.

L’exemple le plus récent de cette outrecuidance, serait celui de Luc Montagnier, prix Nobel de médecine en 2008, disait le 17 avril 2020 sur Cnews, que le COVID 19 a été créé en laboratoire à Wuhan en injectant au coronavirus des séquences de VIH. Il y a aujourd’hui un consensus de chercheurs qui pensent que c’est un virus naturel même si sa transmission à l’humain est encore dans le flou quant à une forme d’artificialisation du virus, il n’a cependant, jamais été question de VIH. Ce qui est effrayant, c’est de se dire comment un Prix Nobel peut-il se tromper à ce point. Ceux qui n’ont pas cherché plus loin sont donc restés sur cette monumentale erreur qui ferait pâlir les spécialistes de la profession. C’est donc une fois encore la vitesse que notre monde exige qui nous fait faire des faux pas intellectuellement mortifères.

Notre intelligence dans tout ça ?

 
 Avant toute chose, il convient de garder à l’esprit la multiplicité des formes d’intelligence et que celles-ci peuvent se manifester de diverses manières. Car cet article n’a pas vocation à faire un classement manichéen entre les sots et les érudits ou les formes d’intelligences elles-mêmes. Mais bel et bien d’identifier le spectre de l’ignorance qui plane sur l’intelligence intrapersonnelle. C’est-à-dire la capacité de s’apprécier soi-même de manière objective. Elle retient notre attention et semble être mise à mal par les problèmes des médias, car le flux inextinguible d’informations pourrait nous faire penser à tort que nos connaissances sont nombreuses et solides.

Pourtant c’est peut-être la situation inverse qui se produit, notre confiance en nous sur un sujet donné est déterminée par notre niveau de connaissance. C’est ce qui est parfaitement démontré par les psychologues Dunning et Krueger qui corrèlent excès de confiance et manque notable de connaissances, pathologie qui atteint son paroxysme avec le sommet de ce qu’ils appellent le « Mont de la stupidité ». Aussi éphémère que sempiternel, ce n’est pas un constat fataliste car ceux qui ont peu de connaissances et dont la cuistrerie n’a d’égale que l’erreur, peuvent aborder des sujets sur lesquels ils étaient sûr d’eux avec beaucoup plus d’humilité et de réserve après avoir approfondi leur réflexion et arriver à la conclusion que le sujet est plus complexe qu’il n’y paraît.

Le début de la remise en question, de l’esprit critique pave la voie vers la maîtrise de soi et ses opinions. Après définition de l’effet Dunning-Krueger, nous avons questionné les interrogés sur leur expérience. Louée soit leur honnêteté ! Ils ont été 60% à admettre avoir séjourné au Pic de l’ignorance avant de redescendre dans la « Vallée de l’humilité ».

La Courbe de l'effet de surconfiance, Dunning-Krueger
La Courbe de l'effet de surconfiance, Dunning-Krueger
Entre les informations incessantes, fausses, contradictoires, les médias dépendants, notre opinion, notre égo, nos erreurs ; c’est un dédale semé de pièges que notre esprit doit apprendre à connaître afin d’y progresser avec raison et mesure pour atteindre une certaine sagesse intellectuelle. Raison pour laquelle nous pensons qu’il faut que les médias ainsi que leur approche quant à l’information, devraient être plus présents dans les débats pour sensibiliser les personnes, notre étude montre que 72 personnes sur 100 soutiennent cette initiative, pensant que si les médias peuvent autant nuire avec des informations de surface, ils peuvent au moins autant instruire si on en fait bon usage.

La véritable information, un enjeu des prochaines années ?

 
L’infobésité est considérée :
 
« Comme l’un des plus grands problèmes à résoudre par les organisations pour les 10 prochaines années »
 
Selon le rapport de la Direction générale du travail et du Centre d’analyse stratégique sur l’impact des TIC sur les conditions de travail.

Les statistiques susmentionnées du rapport Kantar, peuvent apparaître comme nord-coréennes dans le sens où sans nuance, nous pouvons vite en arriver à dire que les Français consomment majoritairement de la Junk information.

Même si c’est une réalité pour certains, d’autres utilisent ces canaux considérés comme peu fiables pour trouver la bonne information et s’instruire car dans chaque média nous trouvons des choses à prendre, à s’approprier et à remettre en question ; et d’autres à laisser pourrir dans les tréfonds abyssaux de la bêtise. A l’aide d’une question imbriquée dans notre étude, nous avons réussi à savoir que 26% des interrogés, dont internet est la première source d’information, prennent vraiment le temps de vérifier les informations qu’ils trouvent en comparant et vérifiant les sources.

Même si la part de ceux qui cherchent une information fiable reste relativement faible, cela ne signifie pas que 74% du « sous champ » se compose d’ignares. Bien loin de cette calomnie, cela signifie juste que les informations dont ces personnes vont s’imprégner auront plus de chances d’être faillibles que celles de ceux qui auront alloué davantage de temps dans leur recherche.

De plus, le baromètre réalisé par Kantar nous indique que 4 personnes sur 10 ne trouvent pas ou plus d’intérêt à suivre l’actualité. Pire encore, 71 % des Français n’ont pas le sentiment que les médias rendent « mieux et davantage compte » de leurs préoccupations. Nous avons décidé de refaire cette expérience en interrogeant des étudiants, le constat est un peu plus inquiétant car nous avons retrouvé 6 personnes sur 10 désintéressées de l’actualité, considérant les médias comme « peu fiables », « anxiogènes » surtout depuis le début de la pandémie.

Ce constat est préoccupant dans le sens où tous ces jeunes, détachés de l’actualité à cause des médias qui la relayent, sont les électeurs de demain, il faut donc recréer un attachement à la France et ses médias. Objectif peut-être trop ambitieux, mais pas moins atteignable !

Effectivement, les médias sont désignés comme peu fiables car le flux d’information est trop étouffant et miné de fakes news, en partie car en 2021, 63% des Français ne croient pas en l’indépendance des journalistes qui seraient soumis au joug des pressions politiques et de l’argent. Leur dessein d’informer serait, par conséquent, biaisé, intéressé, donc indigne de confiance. Cependant, c’est la deuxième année consécutive où le pourcentage sur l’indépendance des journalistes baisse. On passe de 68% en 2019, à 5 points de moins pour 2021 ce qui reste porteur d’espoir pour la suite.

Car si ce que l’on diffuse sur internet ne peut être réguler, ou l’est trop tard, il faut se concentrer sur les médias hexagonaux qui peuvent ramener un intérêt en déclin pour une actualité qui sert notre intellect.

Redorer l'image des médias : un combat sur tous les fronts ! 

 
 Nous avons proposé différentes pistes de solutions dans le questionnaire :
 
  • 78% pensent qu’il faut une information qui relaye des faits plus positifs pour recréer de l’intérêt dans l’actualité afin qu’elle ne rime pas avec morosité. Par exemple, plutôt qu’épiloguer sur les atermoiements des commandes vaccinales de l’Europe, peut-être aurait-il été possible de compenser en disant que l’Europe a rarement été aussi unie que pendant la pandémie, ce qui a débouché sur un plan de relance sans précédent, et ce, en dépit des dissidences créées par les pays les plus frugaux.
 
  • 72% pensent que les certains médias sont déconnectés de leur but premier à savoir celui d’informer. Et que leur indépendance s’achète ou se soumet aux diverses pressions.
Un retour déontologique est vital mais déjà en marche avec la création d’un conseil de déontologie qui serait semblable à un « tribunal de la presse », car il faudrait un retour vers la vérification des faits. Dans cette dynamique, avouer et informer ses consommateurs d’éventuelles erreurs afin de les extraire de celles-ci, leur rendre des comptes d’une certaine manière.

Se reconcentrer sur l’être humain, que tous les journalistes, dans cet élan déontologique, rédigent pour informer l’humain, et non pour flatter servilement les algorithmes Google et d’autres réseaux sociaux. Ces algorithmes qui entretiennent une personne dans ses idées préconçues qui n’ont peut-être jamais été déballées pour en voir le véritable contenu, c’est un enfermement qui empêche l’humain d’avancer intellectuellement, de se confronter à des idées qui pourraient lui permettre d’approcher un sujet du point de vue de Sirius, d’une manière plus savante et mesurée. Effectivement, notre enquête a révélé que 69% des interrogés sont conscients de cette manipulation et pensent qu’il faut atténuer au maximum ce phénomène.

Cette tendance avilissante de l’information l’oppose totalement à ce que peut être par essence le journalisme. C’est ce que développe Claude De Loupy lors d’une conférence TED.
 
En vue de tout cela nous ne pouvons qu’affirmer qu’une réforme des médias et la création d’une « écologie de l’information » sont utiles et nécessaires à la préservation de l’environnement médiatique et de notre intelligence. Il en va de notre volonté de conserver ce trait qui fait de nous des penseurs, en attendant un débat plus public, tout le monde peut se prévenir soi et ses proches contre les dangers de l’information. Il en va de notre volonté de rétablir une vraie démocratie, car dans un système où on considère que ceux qui détiennent la connaissance sont restreints à ceux qui nous dirigent, c’est une belle marche arrière vers notre monarchie tant regrettée où seuls les riches et l’Eglise gardaient le pouvoir et la connaissance pour nous guider, petites gens que nous sommes. Alors dans une époque où l’information est aussi accessible, il serait dramatique de la laisser nous contrôler voire nous perdre vous ne croyez pas ?

Présentation des auteurs
 
Cet article a été écrit par 5 étudiants du Groupe ESC Clermont Business School dans le cadre de leur séminaire interdisciplinaire. Fella Edgar, Fella Charles, Habimana Jules, Goncalves Sylvain, El Fathi Zakaria et Fonty Victor. Nous sommes tous étudiants en alternance au sein d'entreprises différentes, nous possédons tous une culture différente qui nous a permis de travailler ce sujet avec divers points de vue.

Sources

De Loupy C, Fake news, infobésité... l'urgence d'une écologie de l'information, novembre 2018, Disponible sur Youtube
https://tedxsaclay.com/editions/data-bang/intervenants/claude-de-loupy
 
Morin E & Duras M, La surinformation et le monde du travail [En ligne]. Disponible sur : https://surinformation.wordpress.com/2017/04/03/contenu-mis-en-avant/
 
Ouardi S, La critique des médias à l'ère de leur industrialisation : contours d'une problématique et traces d'une tradition, Mouvements, 2010, N°61, p.11-22.
https://www.cairn.info/revue-mouvements-2010-1-page-11.htm
 
Klein E, L'ultracrépidarianisme, l'art de parler de ce qu'on ne connaît pas, BRUT, Janvier 2021
https://fb.watch/5IXjn5qEhY/
 
Rivière E & Caline G, Baromètre 2021 de la confiance des Français dans les media, Etude Kantar, 2021. Disponible sur : https://www.kantar.com/fr/inspirations/publicite-medias-et-rp/2021-barometre-de-la-confiance-des-francais-dans-les-media
 
Kucinskas A, En France, on ne fait vraiment plus confiance aux médias, L'Express, juin 2019
https://www.lexpress.fr/actualite/medias/en-france-on-ne-fait-vraiment-plus-confiance-aux-medias_2084056.html
 
L'équipe Dynamique Entrepreneuriale, Dynamique mag [En ligne]. Avril 2019. Disponible sur :  https://www.dynamique-mag.com/article/surinformation-mal-siecle.11283

Fella Charles, Fella Edgar, Habimana Jules, Goncalves Sylvain, El Fathi Zakaria et Fonty Victor
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