Connectez-vous S'inscrire
Les 4 Temps du Management - Réinventer le Management
Un webzine au service de l'innovation en Management
Les 4 Temps du Management

Futurologie

Et si la grande distribution devenait un géant vert ?

Par Baptiste Mioche, Thibaut Lassalle, Corentin Guiral, Elodie Gelly, Manon Thibier, Meryem Guerida et Morgane Laurent (Etudiants alternants du programme MGE3 Groupe ESC Clermont Business School).




Et si la grande distribution devenait un géant vert ?
“Mes courses en vrac”, “Day by day”, “Ecco Verde”, “Boutique Zéro Déchets”… Autant d’enseignes pour qui la disparition des emballages est un argument choc. Plus les Français ont une conscience écologique, plus le poids de ces marques augmente.

Mais alors, pourquoi cela ne concerne-t-il que les petites enseignes ? Pourquoi les géants de la grande distribution comme Leclerc, Carrefour ou Auchan ne passent-ils pas eux aussi au “zéro emballage” ?

De prime abord, on pourrait supposer que c’est impossible, trop compliqué, trop coûteux, trop idéaliste. Et pourtant, nous allons vous démontrer qu’ils auraient tout à gagner à faire leur mue. Il ne sera pas simplement question ici de marketing ; certes, l’éco-responsabilité des emballages serait un argument de poids pour les consommateurs, mais c’est également un gain fondamental pour l’entreprise et pour le bien-être collectif.
 

 

Les habitudes d'achat des consommateurs (hors GMS)
Les habitudes d'achat des consommateurs (hors GMS)
Cette nouvelle “tendance” n’est pas une lubie (comme pourrait le penser notre ami Donald Trump), c’est un mouvement collectif, qui concerne une grande partie de la population. Pour nous en assurer, nous avons interrogé 232 personnes de 18 à 63 ans, et le premier élément à retenir est que 68 % des personnes interrogées ont déjà renoncé à acheter un produit à cause de son emballage peu responsable.

À cela s’ajoute le fait que seulement 20 % des personnes interrogées font uniquement leurs courses en grandes et moyennes surfaces (voir graphique ci-après).

Les possibilités d’amélioration des grandes enseignes sont donc très importantes. Plutôt que de spéculer, nous avons également demandé aux personnes interrogées si elles fréquenteraient plus les GMS si celles-ci étaient plus “green”. Bien entendu, les réponses tendent vers le “oui”. Sur une échelle de 1 à 10 (1 étant “pas du tout” et 10 “oui absolument”) la moyenne est de 6.34, avec des pics à plus de 8 pour les personnes ayant autour de 30 ans.

 

Impact de l'emballage sur les achats des consommateurs
Impact de l'emballage sur les achats des consommateurs
Quant à l’utilisation d’emballages en particulier, les plus de 30 ans semblent plus concernés que les plus jeunes, pour qui la notion de gaspillage ne correspond souvent qu’au gaspillage alimentaire.

Au-delà de l’âge, il nous a semblé pertinent de nous interroger sur l’impact du niveau d’études dans les habitudes de consommation ; il en ressort que 36 % de ceux qui ont fait des études équivalentes ou supérieures à bac+5 accordent plus de 30 % de leur budget aux produits responsables. De façon générale, la tendance est positive, car tous niveaux d’études confondus, un tiers des personnes interrogées consomment plus de 30 % de produits responsables.

De ce fait, les habitudes de consommation semblent changer, au profit de produits plus “green”. Il semblerait donc logique que les grandes enseignes adaptent leur offre à la demande. De fait, l’enjeu est de taille : assimiler un nouveau mode de fonctionnement, sans que ces changements ne soient qu’un argument marketing !
 

 

Une Green Distribution, sans emballages plastiques : est-ce possible ? Est-ce rentable ? Est-ce viable ? Puisse être l’avenir de la grande distribution ?

On aurait tendance à croire que la grande distribution n’a pas d’avenir et que son déclin est inévitable... mais les chiffres disent le contraire ! Selon l’INSEE, le chiffre d’affaires des grandes surfaces se stabilise en janvier 2020, +0.4% durant l’été 2019 et seulement -0.1 % en décembre 2019. La relance de la grande distribution n’est donc pas inatteignable ; c’est même notre objectif premier.

 

“Empty words just add carbon dioxide”

Mais alors, pourquoi les marques s’acharnent-elles à faire du greenwashing ? Le greenwashing serait une “publicité mensongère qui grossit la réalité écologique d’une entreprise” selon Jacques-Olivier Barthes, de WWF. Plus objectivement, le greenwashing s’apparente, en français, à l’écoblanchiment, ou pour le grand dictionnaire terminologique canadien à la “mascarade écologique”. Le terme anglo saxon greenwash s’introduit dans le langage courant en 1989, avant de prendre son envol à partir de 2006, avec l’explosion du phénomène lui-même.

    De plus, M. Barthes nuance son propos en débutant son intervention à l’encontre des spots publicitaires actuels lorsqu’il s’interroge sur “qu’est-ce que c’est pour une marque faire du greenwashing ? C’est-à-dire qu’on va valoriser des propriétés écologiques d’un produit ou d’un service qui ne sont pas réellement en rapport avec la vrai qualité du produit ou du service.” En outre, si une entreprise souhaite redorer son image de marque et se relancer dans la compétition, elle peut certes diffuser des publicités vertes mais elle doit surtout adapter ses process, ses locaux, ses produits, ses sous-traitants et ses rejets de CO2 pour préserver l’environnement. Sans ça, WWF conclut “Empty words just add carbon dioxide”.

    Cela nécessite donc une transformation en profondeur, coûteuse en investissement à court terme, mais rentable à long terme ! Cela va non seulement attirer les consommateurs adultes récemment éveillés à l’écologie, mais aussi la génération Greta Thunberg, celle que nous voyons défiler dans les rues le vendredi et qui représente la manne financière de demain. Néanmoins, capturer la nouvelle génération dans ses filets n’est pas chose aisée, cela nécessite, entre autres, que les GMS adaptent leurs moyens de distribution, en transformant par exemple les étagères pour entreposer les boîtes de pâtes en silo.

 

“#WorldWithoutWaste d’ici 2030” - Coca-Cola

WorldWithoutWaste d’ici 2030 pour COCA COLA
WorldWithoutWaste d’ici 2030 pour COCA COLA

En sus, le greenwashing est omniprésent dans notre société de consommation. Coca-Cola, l’un des produits phare de la grande distribution en est le parfait exemple. En effet, en janvier 2018, la marque de soda mondialement connue a annoncé, via son président, sa nouvelle stratégie ayant comme slogan #WorldWithoutWaste d’ici 2030. L’émission de France télévision Cash Investigation, en date du 11 septembre 2018, soulève toutefois la problématique d’atteindre un tel objectif alors que le groupe vend 4 000 bouteilles en plastique chaque seconde dans le monde. L’émission va plus loin en dénonçant une note interne du groupe visant à fight back contre “l’augmentation du taux de collecte et de recyclage”. Michael Goltzmann, vice-président de la politique globale et durable de Coca Cola, réagit sans démentir l’existence d’une telle note mais réplique qu’elle date de 2016, avant le lancement de la nouvelle stratégie. L’art de manier la langue de bois afin d’afficher une politique externe verte sans l’appliquer à l’intérieur du groupe.

 

Pourtant, ces groupes qui dépendent de la production de plastique n’auraient-ils pas tout à y gagner en réduisant l’usage des emballages ? Les actionnaires pourraient alors se réjouir des économies pécuniaires et les membres les plus éminents les utiliser comme argument marketing pour séduire les nouveaux consommateurs. N’est-ce donc qu’une question stratégique ou technico-pratique ?

 

La réduction des emballages a longtemps été contredit, et cela par la mise en avant de plusieurs arguments visant aussi bien à valoriser cette action qu’à la critiquer de fond en comble. Cela va sans dire, la conception d’un monde même sans emballages, ou en d’autres termes sans le plastique, soit le dérivée pétrolier par excellence et le polluant le plus dangereux pour l’environnement, semble tout à fait inimaginable et inconcevable pour une grande partie de la population mondiale.

Ce qui semblait être le plus anodin dans cette action réside principalement dans le fait que le plastique soit indéniablement plus toxique, mais incontestablement plus léger. Sa durée de vie est bien plus longue, mais son coût est tout aussi avantageux. 
 

Toutefois, cela n’a pas empêché plusieurs marques de se lancer dans une substitution de leurs emballages les plus nocifs, en les remplaçant par des alternatives plus ou moins saines ; Notamment Mcdonalds, dont l’objectif principal était le remplacement des couvercles en plastiques par des matières éco-responsables et recyclables, ainsi que le bannissement des pailles à son actif ; Il n’est désormais plus question d’en utiliser pour consommer les boissons de la marque, les nouveaux couvercles font aussi bien l’affaire. La marque Fleury Michon, quant à elle, n’échappe pas moins à la vague de “responsabilité sociale” qui influence de près ou de loin l’ensemble des entreprises. Les emballages en contenant plastique ne sont désormais plus à la page, et se sont fait détrônés par le bois.
 

Avantage concurrentiel ? La cuisson rapide, puisque cette substitution conserve tout aussi bien les aliments et leurs octroient la possibilité de les passer au micro onde sans avoir comme contrainte de jeter l’emballage. Le film en plastique restant toutefois présent pour recouvrir les aliments, il y’a tout de même une passation de 20 grammes à 3 grammes de plastique dans l’idée novatrice de la marque, ce n’est qui pas une réduction minime.

Cependant, Fleury Michon a confirmé à Business Insider France “qu'en l'absence de filière de recyclage en bois, ils étaient contraints de payer une contribution à CITEO importante sur un produit pourtant plus vertueux”, et cela par rapport aux coûts conséquents que les nouveaux emballages engendrent pour la marque.
 

L’aide du gouvernement, à son tour, pourrait tenter diverses sociétés à se lancer dans une approche de conditionnement plus saine. Toutefois, cela n’est pas encore pratiquement au rendez-vous compte tenu du fait que la majeure partie  des subventions octroyées par l’état va directement aux entreprises oeuvrant dans le secteur énergétique ou pétrolier. 
 

Cependant, plusieurs initiatives sont mises en avant par ces derniers, nous citons par exemple le pacte national signé par le gouvernement ainsi que d’autres organismes en 2019, saluant la ruée vers la fin des emballages en plastiques. L’accord vise principalement à la concrétisation d’un monde où  60% d’emballages seraient réutilisables, recyclables ou compostables en 2022, jusqu’à atteindre un objectif de 100% en 2025, et cela en écrivant noir sur blanc les emballages les plus problématiques et les plus superflus, qui, à terme, n’auront plus lieu d’être. Un idéal quelque peu incroyable mais pourtant réalisable si le gouvernement continue de permettre le recyclage de plus en plus de matériaux, de gonfler les subventions octroyées mais surtout, d’inciter l’ensemble des sociétés à mettre en avant des initiatives écologiques de conditionnement en décrétant formellement des lois allant à l’encontre du non-respect de certaines mesures environnementales par les sociétés concernées.
 

Plusieurs sociétés commencent, dès maintenant, à intégrer l’objectif même du pacte national dans leurs stratégies de conditionnement des produits manufacturés et commercialisés. Tel est le cas de l’entreprise Vittel qui utilise en terme d’emballage un packaging tout en plastique certes, mais 100% recyclable, et va donc de paire avec le pacte signé. En outre, plusieurs idées tout aussi novatrices et révolutionnaires sont nées de cette loi ; Mis à part les emballages 100% recyclable, il existe aussi des formes de packaging 100% comestibles, réalisés par le biais d’amidon de maïs et de sucre glace, telle est la méthode utilisée par la start up Switch Eat, qui propose même des arômes dépareillées pour attirer le plus de client possible. 

 

Impact à court, moyen et long terme de la démarche

Devenir éco-responsable est aujourd’hui indispensable. En effet, toutes les entreprises ou presque se sont engagées dans ce processus et ont ainsi développé leur RSE de façon positive. Notre focus aujourd’hui concerne les emballages.

En effet, selon le quotidien l’Express, "les emballages sont l'essentiel de la pollution plastique". Maria Luizia Pedrotti, chercheuse au CNRS Laboratoire d'Océanographie de Villefranche, va plus loin lorsqu’elle dénonce les 8,3 milliards de tonnes de plastique dans le monde aujourd’hui. 

Pourtant, certaines entreprises restent encore laxistes face à ce phénomène de souillure mondiale et n’envisagent que très peu de solutions concrètes afin de contrer ce problème.  C’est regrettable ! Le sujet ne doit plus faire l’objet de greenwashing mais doit désormais être un levier économique de performance. Cependant, il est souvent difficile, mais pas impossible, de concilier éco-responsabilité et rentabilité. Le succès n’en sera que plus gratifiant. Alors, pour vous démontrer l’utilité capitale de devenir éco-responsable, voyons l’impact  à court, moyen et long terme de cette démarche.

 

Des investissements lourds à court terme, mais rentables à long terme

90 milliards d’emballages vendus sur le marché français chaque année !
90 milliards d’emballages vendus sur le marché français chaque année !

Malgré la conscience éco-responsable qui s’éveille chez les consommateurs, 90 milliards d’emballages restent vendus sur le marché français chaque année. Et ces emballages ne sont pas tous recyclés, ils finissent fréquemment dans les poubelles à déchets ménagers voire dans les océans : 300 millions de tonnes de plastique (J. Gourmand, 2018). Ces chiffres donnent le tournis ? C’est pourquoi les entreprises doivent agir, et en première ligne, la grande distribution, première pourvoyeuse d’emballages.

 

Parmi les mesures adoptées dans la loi Grenelle 2 du 12 juillet 2010, nous devons souligner la disposition prévoyant l’obligation pour la grande distribution de mettre en place, dès le 1er juillet 2011, des plateformes de déballage où les consommateurs pourraient laisser les suremballages et les emballages des produits qu’ils viennent d’acheter. Effectivement, cette mesure devait permettre de responsabiliser producteurs et distributeurs sur la masse inutile d’emballages vendus. Cette loi concerne les établissements de plus de 2 500 m² de surface, afin de rassembler suffisamment d’emballages pour une collecte optimisée, d’un point de vue économique et écologique. Malheureusement, en 2020, ce système n’est toujours pas respecté par la très grande majorité des hypermarchés. Les consommateurs éco-responsables peuvent donc toujours chercher ces plateformes…

 

De plus, si la vente en vrac se développe au niveau microéconomique des magasins et supérettes bio, elle reste marginale à l'échelle macroéconomique de la grande distribution. Même si les industriels travaillent depuis plusieurs années à réduire le volume de leurs emballages, les supermarchés continuent à déborder de produits suremballés.

 

Toutefois, la plupart des enseignes de distribution font aussi des efforts et créent des solutions permettant un usage limité des emballages plastiques. À Amsterdam, l’enseigne bio Ekoplaza propose un rayon de 680 produits avec des emballages zéro plastique, une première mondiale. Cette prise novatrice sur le marché lui procure un avantage concurrentiel indéniable ! En témoigne ce beau succès de l’enseigne EkoPlaza, qui compte 70 supermarchés et supérettes bio dont la moitié est directement géré par le grossiste Udea (90 millions d’euros de CA en 2014)” (LSA, 2015). On y trouve ainsi des alternatives à base de carton, de métal ou encore de verre.

En 2018, un concept pour lutter contre le suremballage est né au Royaume-Uni : les “Plastic Attacks”. L'idée est simple : faire ses courses traditionnelles et laisser les emballages inutiles sur place. Néanmoins, en dépit de leurs efforts pour devenir écoresponsables, la grande distribution est loin des résultats escomptés. Elle continue de favoriser sa rentabilité économique au dépens de sa responsabilité environnementale.

Afin d’étayer nos propos avec un avis expert, nous avons interviewé Mme Zumbo-Lebrument,  docteur en sciences de gestion et enseignante-chercheuse responsable de la filière Retail de l’ESC Clermont. 

 

L’objectif de concilier les deux concepts est ambitieux car, selon Mme Zumbo-Lebrument, la grande distribution se doit d’être durable sous tous les aspects : « la logistique doit être durable, les infrastructures, les bâtiments ». Cela nécessite donc des investissements lourds à court terme, mais rentables à long terme. Mais alors, écoresponsabilité et rentabilité sont-ils des concepts condamnés à diverger ?

 

“La transformation de la grande distribution [...] est VITALE.”

Mme Zumbo-Lebrument souligne que beaucoup d’enseignes veulent suivre ce mouvement mais qu’elles ne le font pas par crainte d’investir d’injecter leur argent dans un puits sans fond. C’est au contraire un puissant fonds d’investissement d’avenir ! Pour devenir éco-responsables, certaines entreprises dénoncent un investissement conséquent sans garantie prouvée. De plus, elles argumentent à juste titre que cela implique beaucoup de changements dans les processus : faire évoluer les fournisseurs, la fabrication, la logistique, le marketing...

Qui plus est, elles ont le sentiment que ce genre d’investissement ne sera pas rentable pour elles car elles réfléchissent avec une vision court termiste qui a prévalue durant les 30 glorieuses, années de croissance et de consommation à outrance. Ce paradigme a changé ! Désormais, les consommateurs cherchent la qualité plutôt que la quantité. La croissance a ralentie et certains rêvent même de décroissance. Dans cette société en perpétuelle évolution, qui se cherche, nous pouvons nous interroger la valeur perçue par les clients ; quelles sont leurs attentes ?

 

Effectivement, nous nous trouvons aujourd’hui dans un système qui prône davantage l’éco-responsabilité et, même si c’est un concept ancien, son essor est récent. C’est pourquoi les entreprises sont encore réticentes à se lancer pleinement dans un système 100% responsable. Comme tout changement, les débuts sont hésitants et la rentabilité n’est pas encore au rendez-vous. Mais toute révolution connaît trois phases : d’abord ridicule, puis dangereuse et enfin évidente. Nous sommes encore dans la première phase : pour profiter des bénéfices à long terme, la patience est la clé. Ainsi, il faut du temps pour développer le projet et mettre en place tous les changements adéquats. Bien sûr, toutes les entreprises désirent être rentable dans le temps, mais leur souhait premier est d’être rentable immédiatement. C’est pour cela qu’elles tournent le dos à ce paradigme nouveau.  Pourtant, il semble que la condition sine qua none d’un avenir viable est d’accepter de rogner les bénéfices à court terme. Mme Zumbo-Lebrument insiste :
« La transformation de la grande distribution n’est pas nécessaire, elle est VITALE ! »

 

« La transformation de la grande distribution n’est pas nécessaire, elle est VITALE ! »

 

Plus les entreprises attendront avant de se lancer, plus elles auront devront intégrer ces changements de manière brusque, sans avoir le temps de digérer chaque étape du changement. À force de refuser l’obstacle, elles risquent l’indigestion et les acteurs novateurs vont devenir leaders. Pour un avenir stable et viable, elles se doivent d’évoluer avec les attentes des clients.

 

“Des acteurs qui sont vrais à 100 %, [...] et ceux qui sont conscients mais qui ne le font pas”

Les bénéfices pour les entreprises
Les bénéfices pour les entreprises

Les bénéfices à long terme dont nous parlons ne sont donc pas uniquement financiers, c’est l’image de marque et l’attractivité des enseignes qui est en jeu. En effet, une entreprise qui n’adhère pas ou prou à l’éco-responsabilité est sujette à une vendetta de l’opinion publique. Son image va indéniablement en pâtir et cela va finir par impacter ses ventes.

 

Certaines enseignes comme IKEA ont saisi l’ampleur du phénomène. Dans leur nouveau bâtiment de Clermont-Ferrand, ils recyclent 95% de leurs déchets ! L’entreprise Nature & Découverte a également pris la problématique à bras le corps : leur stratégie s’appuie sur des partenariats, les matières utilisées, la manière de récolter et la solidarité. 

 

Auchan, un des acteurs majeurs des 30 années de surconsommation évoquées précédemment s’engage également sur la voie du changement. Néanmoins, certaines critiques émettent des doutes quant à la sincérité de la démarche : n’utilise-t-elle pas l’éco-responsabilité dans le seul but de redorer son blason ? En effet, l’enseigne de grande distribution missione des camions dans le seul but de rapatrier ses palettes consignées en entrepôt, des palettes vidées de toute marchandise. Ces trajets ne pourraient-ils pas être optimisés en nouant des partenariats avec des fournisseurs locaux effectuant le trajet inverse ? Aussi, les entrepôts de Cournon-d’Auvergne (Puy-de-Dôme) alimentent des supermarchés du sud tels que Auchan Aubagne (Bouche-du-Rhône, 497 km) ou Auchan Malbosc (Hérault, 326 km)  mais pas l’hypermarché Auchan Aubière (Puy-de-Dôme, 7 km). Cet hypermarché est approvisionné par l’entrepôt de Nîmes (Gard, 383 km). Le monde ne roule-t-il pas à l’envers ?

Mme Zumbo-Lebrument résume la situation :

“il y a de tout, des acteurs qui sont vrais à 100%, il y a des acteurs qui en sont conscients [du changement] mais qui ont du mal à faire bouger le paquebot, et ceux qui en sont conscients mais qui ne le font pas”.

 

Accompagner et inciter leurs clients à changer

Par ailleurs, si les entreprises craignent le changement et la réaction des consommateurs, il est tout de même positif de constater que l’être humain s’adapte en permanence aux nouveaux enjeux. Prenons l’exemple du paiement sans contact : il y a 5 ans, 20 % des français l'utilisaient par crainte des failles de sécurité, aujourd’hui les mentalités ont changé et cette proportion à plus que triplé, pour atteindre 70%. 

L’objectif tout tracé de la grande distribution est donc d’atteindre performances économiques et environnementales élevées. Cela passe inévitablement par le biais de solutions innovantes d’abord compliquées à accepter, puis dangereuse économiquement, et enfin évidemment rentables. De plus, les consommateurs actuels ont une réelle appétence pour les produits sains, locaux et sans emballage afin de préserver leur santé et leur environnement.

 

Selon l’observatoire de CITEO - éco-organisme à but non lucratif qui “finance des projets destinés à accélérer l’innovation dans les domaines de l’écoconception, le recyclage et de la valorisation” (L’Usine Nouvelle, 2019) - 7 français sur 10 se disent dorénavant préoccupés par le sujet des emballages.

7 français sur 10 se disent dorénavant préoccupés par le sujet des emballages. 

 

La mentalité des français change et change parfois de façon paradoxale : alors que la démographie et le moral des Français sont en hausse, la consommation baisse. Ne vous y méprenez pas, cela n’induit pas nécessairement une baisse du pouvoir d’achat, cela signifie que les Français consomment moins, mais mieux, la qualité avant la quantité.

CITEO insiste : « ce qui définit le mieux un emballage respectueux de l’environnement c’est son caractère recyclable : 63 % d’entre eux [les consommateurs] classent spontanément la recyclabilité comme le premier critère de respect de l’environnement ».

 

Les consommateurs sont conscients du dérèglement climatique et c’est en ce sens que la dernière publicité Leclerc est judicieuse. En effet, elle s'appuie sur des insights forts : nous avons tous envie de changer mais, au quotidien, ce n’est pas facile. C’est précisément là que les grandes surfaces peuvent tirer leur épingle du jeu et jouer un rôle crucial dans le changement sociétal : elles peuvent accompagner et inciter leurs clients à changer leurs manières de consommer. Cette prise de conscience des consommateurs n’est donc pas négligeable pour les enseignes de la grande distribution qui se se doivent de répondre à leurs attentes.

 

Notre planète et notre société le réclament

Par ailleurs, l’image de marque qu’elles renvoient aux clients est primordiale car il en va de leur notoriété et de leur avenir. Cependant, si l’image de marque qu’elle souhaite renvoyer n’est pas suivie de process eux-aussi éco-responsables, les réseaux sociaux se chargeront de démonter point par point  leurs arguments pseudo-responsables. Ainsi, les entreprises doivent bâtir des fondations saines environnementalement avant de présenter une façade éco-responsable. Il en va de sa rentabilité à court terme et de son avenir à long terme !

Sachez-le : quoi qu’il arrive, toutes les entreprises seront dans l’obligation de devenir éco-responsables : notre planète et notre société le réclament ! Si c’est une question de survie, vont-elles franchir le cap ?
 
Si les emballages sont une des problématiques fondamentales de l’éco-responsabilité, les produits (origine, label de commerce équitable, etc.), l’éco-conception des points de vente (luminosité naturelle, emplacement proche des consommateurs, etc.) et la logistique (stockage, transport des marchandises, etc.) sont d’autres points névralgiques sur lesquels la grande distribution se doit de plancher, et vite ! Elle opèrerait alors sa mue vitale vers “LA GREEN DISTRIBUTION”.
 
 

Bibliographie


Notre équipe

Article réalisé par 7 étudiants alternants du programme MGE3 Groupe ESC Clermont Business School : Baptiste Mioche (Gestion de projet business Marketing) , Thibaut Lassalle (Contrôle de gestion), Corentin Guiral (Ingénieur amélioration continue), Elodie Gelly (Achats), Manon Thibier (Contrôle de gestion), Meryem Guerida (Contrôle de gestion) et Morgane Laurent (Gestion de projet Marketing) .

Mots clés

  • Grande distribution
  • Retail 
  • Changement
  • Ecologie
  • Packaging 
  • Eco-responsabilité 
  • Développement durable

Morgane LAURENT
Notez
Lu 253 fois

Editorial | Le Temps de l'Action | Le Temps des Equipes et des Projets | Le Temps de la Strategie | Le Temps des Valeurs | Futurologie | Web TV du Management