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Les 4 Temps du Management - Réinventer le Management
Il est temps de réinventer le management

Le Temps des Valeurs

4.18 L'entreprise peut-elle se passer de l'insouciance ?

Management Magazine

L'insouciance a mauvaise réputation dans les organisations. On l'assimile le plus souvent à une indifférence par rapport aux enjeux réels de l'entreprise, voire à un "Je m'en foutisme". A priori, on pourrait penser que l'insouciance est incompatible avec le management d'entreprise, généralement entièrement consacré à la recherche anxieuse de la performance.
Ce n'est pas de cette insouciance douteuse dont parlent les auteurs de cet article. Pour eux, la véritable insouciance a des vertus. Elle permet une prise de distance par rapport aux contraintes et libère un "espace potentiel" de créativité (Winnicott, ?). A vivre toujours crispé dans la peur du lendemain, la volonté du sujet peut s'épuiser. Chacun a besoin d'un espace de liberté intime pour se récréer.
La bonne insouciance, celle qui permet la réparation, est indissociable de la confiance. Pour être insouciant, il faut avoir un minimum de confiance en l'avenir en soi-même, dans l'organisation et ceux qui la représentent.
Cependant la véritable insouciance est un privilège. Elle ne résulte pas seulement de facteurs endogènes. Elle dépend aussi de certaines circonstances plus ou moins favorables que nous sommes ou pas capables de créer. Les auteurs semblent penser qu'il existerait une sorte
d' insouciance intrinsèque indépendante des contingences du réel.
On peut penser que si l'insouciance est si rare dans nos existences c'est parce qu'elle ne se produit que dans des moments exceptionnels où il nous est possible de " jouer avec les circonstances " sans être affecté.
C'est peut-être dans ces moments privilégiés qu'il faut cultiver l'insouciance dans l'espoir que nous soyons capables de la mettre en oeuvre face à des évènements plus difficiles.

Cet article est extrait du livre " Souci, de Soi, souci de l'Autre et quête d'insouciance dans les organisations ", sous la direction d'Isabelle Barth, collection Impact des Nouvelles Technologies, éditions l'Harmattan, 2008


Résumé de l'article

Dans nos sociétés hypermodernes, où la liberté est souvent célébrée comme une valeur positive, revendiquée comme un droit individuel, l'insouciance ne recueille pas les mêmes suffrages, et suscite des appréciations souvent dépréciatives. Ce désamour peut même surprendre dans la mesure où on peut se demander si ces visions critiques de l'insouciance ne dénoncent pas une posture individualiste, libertaire d'un individu indifférent à son environnement. L'insouciance serait-elle, dès lors, un exercice – éventuellement abusif – de la liberté ? A l'inverse, en tant que " faculté de ne se laisser troubler, remuer, tourmenter ", l'insouciance peut aussi apparaître comme un affranchisse-ment des contraintes excessives, de situations difficiles à supporter.

Qu'en est-il de l'insouciance du gestionnaire ? Est-elle possible et légitime dans un environnement qui a fustigé la flânerie, exige l'excellence, la responsabilité sans faille et parfois le travail dans l'urgence ? Ne relève-t-elle que d'un manque d'attention ou est-elle un indicateur potentiel de conditions psychosociales de travail problématiques ? Dans des situations de fortes contraintes et incertitudes, elle apparaît comme un moyen de s'en libérer. Si l'insouciance n'a donc pas une place évidente dans les sciences et pratiques de gestion, elle a peut-être droit à une forme de reconnaissance en tant qu'espace de construction d'une liberté subjective par rapport aux contraintes. Un examen de la notion d'un point de vue philosophique puis des mécanismes psychiques en jeu nous conduira à souligner cette place, puis à la positionner par rapport aux pratiques de gestion. Nous proposerons par ailleurs une catégorisation des formes d'insouciance, qui nous servira de grille de lecture des comportements de retrait de gestionnaires en situation professionnelle oppressante.

1. L'insouciance : élaboration ou abus de liberté intime ?

1.1 Insouciance et liberté : la tradition philosophique

Avant de réfléchir à l'insouciance en tant que mode de liberté à partir des Sciences de gestion, nous proposons d'explorer les cadres de pensée dans lesquels la notion de liberté s'est construite. Cette exploration mettra en lumière les dimensions qui amènent ces notions à converger ou, au contraire, à s'opposer.
Un premier examen de la notion de liberté à partir d'un dictionnaire de philosophie conduit à distinguer deux dimensions déterminantes dans le sens donné au concept :
 - le champ d'épreuve de la liberté : politique et social ou psychologique et moral. L'individu est confronté à des contraintes relatives à son for intérieur et à son environnement et la liberté en est l'affranchissement plus ou moins relatif. Il construit et éprouve donc sa liberté par rapport à ses déterminants psychologiques à l'aide de la pensée, de la morale et des repères sociaux, en même temps qu'il se soumet de ce fait à d'autres contraintes. Ces dernières sont perçues à la fois comme des garanties et des restrictions de la liberté individuelle,
 - le mode d'acception de la notion : contingent ou absolu, en soi. La liberté peut être pensée à partir des contraintes dont elle affranchit (par exemple, les lois définissant les libertés du citoyen) ou en tant que concept en soi, absolu (absence de déterminations). La possibilité de ce second abord est toutefois questionnée par les limites de l'approche d'un concept qui se définit comme un affranchissement et suppose donc des contraintes. Cette distinction des modes d'acception souligne que le mode d'affranchissement à l'égard des contingences, depuis la distanciation intellectuelle et pratique jusqu'au déni, est en jeu.

Au-delà de ces approches différenciées, la notion de liberté apparaît toujours comme une posture ou un mouvement de détachement, d'affranchissement des contraintes. Ce détachement ne peut toutefois être total si ce n'est sur un mode du déni, d'un imaginaire indifférent aux limites qui sont la condition de son existence, de son exercice. Absolue, elle est " réduite à l'impuissance par la crainte de perdre sa toute-puissance " (Jankélévitch, 1983, p. 53). L'essence de la liberté se situe donc davantage du côté d'un processus d'affranchissement, d'un statut incertain et ambigu, que du " principe imaginaire d'une indifférence parfaite ou d'équilibre inadmissible " que fustigeait Leibniz (1705). Le détachement total ne libère qu'illusoirement le sujet qui se prive de tout moyen d'action sur ses contraintes.

La liberté tire l'individu de la " Bruta necessitas " (Kant, 1775-1780, p. 232), de la pression des contingences immédiates, de sa violence. La philosophie a ainsi mis en exergue le rôle de la raison dans cet affranchissement, en lui reconnaissant une mission morale. En effet, note Weil (p. 63), le sujet " se libère de la pression des circonstances, des sens, des désirs. Il s'en libère, il n'en est jamais affranchi : il se sait libre parce qu'il sait pouvoir dire non à tout ce que, à travers son animalité, le monde lui présente comme promesse et comme menace ". L'affranchissement est d'autant plus limité que lorsque le sujet se libère des contingences immédiates en se soumettant aux règles de la raison, il peut à son tour être aveuglé par elle : " c'est le piège du savoir trop conscient, le piège aussi de la vertu trop glorieuse, trop parfaite, trop impeccable " (Jankélévitch, 1983, p. 34) auquel le sujet peut s'abandonner par excès de confiance ou de complaisance.

L'affranchissement est encore plus limité lorsque le sujet ne dispose d'aucun espace de distanciation personnelle, intime, à l'égard des normes. Nabert (1994, p. 229) souligne le caractère asservissant de normes imposées à la conscience, quel que soit leur contenu : " quoi qu'il puisse y avoir dans ces valeurs qui dépasse infiniment l'individu, elles appellent, pour être vivantes, une adhésion de la conscience. D'une société, en sa plus haute exaltation de la vie collective, on peut attendre qu'elle mette l'individu en contact avec des réalités morales et humaines qui l'élèvent à un niveau supérieur ; mais si on ne laisse pas le moyen à la conscience de faire sentir librement son influence dans la formalisation des impératifs qui paraissent surgir de ces réalités, on verra des groupes entiers dans une sorte d'hypnose, marcher à l'appel d'un idéal qui ne fait que traduire les instincts les plus primitifs du corps social ". Cette distinction entre le « sujet moral » qui délibère et la personne comme " objet social ", postulée depuis les stoïciens (Foucault, 1984, p. 106) est inégalement reconnue selon les évolutions sociales et idéologiques, le rapport plus ou moins instrumental au sujet. Pour Legendre) (1983) les sciences du management se sont emparées de cet espace intime de délibération et ont ainsi conduit à gommer, dans les champs théorique et pratique, la distinction entre le registre privé de la délibération intime et le registre de la contrainte sociale dans lequel les actes sont sanctionnés.

La liberté se gagne donc non seulement au prix d'un passage de la nature à la culture, de la violence des passions immédiates à la pensée, mais aussi à distance d'un enfermement dans la raison et ses produits (i.e. les valeurs, les procédures, les règles et schémas de pensée). La nature des contingences, liées à l'absence ou à l'excès de raison, conduit à reconnaître la nécessaire variété des voies d'affranchissement tantôt du côté du sérieux de la raison, tantôt du côté d'un jeu plus ou moins délié d'elle (i.e. le rôle libérateur de l'ironie à l'égard des contingences matérielles et des excès de raison ).

Ce modeste examen de la notion de liberté d'un point de vue philosophique indique des voies de proximité et de divergence avec celle d'insouciance que nous avons explorée plus haut. La divergence entre les deux notions réside dans le fait que l'insouciance peut être totale, pure indifférence, alors que la liberté se vide de son sens lorsqu'elle est considérée comme un absolu (cf. les critiques formulées par Leibniz ou Jankélévitch). En revanche, lorsque l'insouciance est considérée comme un comportement momentané de prise de détachement par rapport aux contraintes, si nobles soient-elles, elle peut être envisagée comme une modalité de construction et d'exercice de la liberté. A l'instar de l'ironie étudiée par Jankélévitch (L'ironie 1964, p. 10), elle participe de cet " esprit de détente ", des " libres railleries où la pensée reprend son souffle et se repose des systèmes compacts qui l'oppressaient ".

Après avoir souligné les conditions philosophiques dans lesquelles l'insouciance peut être considérée comme une modalité de liberté avec ses pièges, nous proposons de renforcer cette analyse à partir d'une réflexion sur les dynamiques psychiques en jeu dans l'insouciance.

1.2 Insouciance et liberté : entre principe de plaisir et principe de réalité

L'examen de la notion d'insouciance, et du concept de liberté, puis des liens qu'elles entretiennent, conduit à envisager l'insouciance comme une modalité de construction de liberté avec ses pièges, ses propres risques d'asservissement total du sujet à des contingences. Le sujet peut s'illusionner, rêver d'une liberté totale, s'abandonner sans réserve à l'insouciance, à l'oubli des contraintes. Pour tenter de comprendre ce qui se joue pour lui dans cette ambivalence de l'insouciance en tant que mode de liberté, il faut s'intéresser aux dynamiques psychiques qui la sous tendent.

Le rêve d'une liberté totale, d'une absence de soucis, semble naître dans les racines de la posture narcissique du sujet, dans l'état de dépendance extrême, de " désaide " du nourrisson (Freud, 1948). Pour Freud, c'est une posture d'affranchissement face aux contraintes, une protection du système psychique face à des contraintes que le sujet ne sait prendre en charge, assumer. A titre d'exemple, Freud (1948, p. 21) cite le rôle de " briseur de soucis " des stupéfiants, leur support au " gain d'indépendance ardemment désiré par rapport aux monde extérieur ". Il renvoie son lecteur à son propre désir de se libérer des conditions difficiles : " Ne sait-on pas qu'avec l'aide du " briseur de soucis ", on peut se soustraire à chaque instant à la pression de la réalité et trouver refuge dans un monde à soi offrant des conditions de sensations meilleures ? " Ce mode de défense psychique, de fuite dans l'imaginaire, présente des limites et dangers lorsqu'il devient massif et régulier, ce que Freud n'a pas manqué de repérer.

La tentation de la fuite dans l'imaginaire est amplifiée dans les moments de forte dépendance à l'égard d'un environnement dès lors perçu comme envahissant. Déjà limitées dans ce contexte, les capacités du sujet à se différencier de son environnement pâtissent de la posture de fuite dans le fantasme. Ne sachant distinguer le réel de l'imaginaire, soi de l'autre, la violence du sujet s'exprime de façon plus ou moins indifférenciée, aveugle (Bergeret), 1994). Ces attitudes et comportements dans cette posture sont souvent jugés sévèrement, comme si le sujet n'était insouciant que par nonchalance. L'insouciance peut ainsi témoigner d'un manque de repères du sujet, d'une méconnaissance des exigences de son environnement et, de même, d'une inquiétude dans cette situation. Légère en apparence seulement, cette insouciance ne libère des contraintes que sur le mode de la fuite inconsciente ou transgressive, dans l'ignorance ou le rejet des limites.

Pour sortir de cette indifférenciation, d'insouciance défensive, le sujet ne dispose d'autre stratégie que d'assumer son contact avec le réel au moyen de repères lui permettant de se situer. Klein (1957) a mis en évidence la dépendance qui résulte dès lors de ces repères à leur tour objets de fantasmes et ambivalents. Jaques (1955), a de même observé, en milieu organisationnel, ce jeu ambivalent d'investiture de tiers surpuissants, sous la forme d'une idéalisation du chef et d'une haine de son second accusé de persécuter. Le phénomène religieux lui-même trouverait un fondement majeur dans ce jeu de projection qui ne supprime pas le fantasme mais le met au service du contact avec le réel. L'affranchissement du sujet doit jouer avec les contingences externes et internes au sujet, qui, toutes deux, le menacent. C'est ce que souligne la conception freudienne (Freud, 1920) de l'appareil psychique comme un équilibre à reconstruire en permanence, entre le principe de plaisir (recherche de liberté fantasmatique, mobilisation du réel au profit d'un repli imaginaire et insouciant) et celui de réalité (affranchissement des contingences par la raison, la mobilisation de l'imaginaire en vue de maîtriser ou d'assumer le réel).

Dans le double jeu de distanciation du sujet par rapport aux contingences internes et externes, les repères tiers contribuent d'autant plus à l'affranchissement du sujet, à son autonomie psychique, qu'ils lui laissent des espaces de liberté. En utilisant l'excès d'investissement dont ils sont l'objet ou en le sollicitant, ils encouragent les postures régressives, le repli sur soi. L'exercice de l'autorité requiert donc une réserve, un exercice raisonné du pouvoir reconnaissant au sujet des espaces de liberté intérieure, de distanciation fantasmatique et concrète à l'égard des contraintes normatives, d'insouciance. Legendre (1983)́ rapporte ainsi la distinction posée par Justinien entre l'espace de délibération intime et celui où les actes prennent une valeur sociale susceptible de sanction. A l'inverse, les tiers trop intrusifs, contrôlant et débordants de bonnes intentions ont été décrits dans la sphère privée (Klein, 1957) et organisationnelle (Pagès et al., 1979 ; Aubert et Gaulejac, 1991). Les effets décrits indiquent le développement de comportements narcissiques défensifs, d'une insouciance inconsciente ou transgressive. De ces constats, il semble se dégager la nécessité de reconnaître quatre formes majeures d'insouciance, que nous présentons ensuite dans un tableau synoptique (figure 1) :
 inconsciente lorsque le sujet ignore involontairement les contraintes
 défensive : elle relève d'une fuite dans l'imaginaire du fait d'un poids excessif des contraintes externes ; le sujet cherche à se libérer du réel à défaut de pouvoir le prendre en compte. La fuite en elle-même peut être consciente et transgressive,
 refoulée : l'insouciance est peu valorisée, à l'inverse d'une posture de sérieux fondé sur des logiques qui s’appuient sur la raison et la maîtrise ; rejetée de la conscience, elle se fait sournoise, expose le sujet au retour du refoulé. Le besoin d'écart de l'appareil psychique avec le réel reprend ses droits sous la forme d'une légèreté involontaire, d'erreurs par omission,
 raisonnée, quand le sujet s'autorise à lâcher prise momentanément sur le réel pour laisser respirer sa conscience, la ressourcer.

2. L'insouciance et la gestion : un impossible dialogue ?

Nous proposons, dans cette deuxième partie, d'explorer les liens entre gestion et insouciance. Nous constatons dans un premier temps qu'ils semblent inexistants tant tout semble opposer ces deux concepts. Nous interrogeons ensuite ce que nous repérons comme une organisation de l'insouciance dans les entreprises, pour réfléchir aux articulations possibles entre ces deux termes, ce qui pourrait constituer une première ébauche de la question de l'insouciance en sciences de gestion.

2.1 Une opposition absolue

La gestion, dont l’entreprise est le domaine par excellence, semble ne pouvoir accueillir sereinement l'insouciance, tant elles expriment des postures opposées. Avant de voir comment ces incompatibilités peuvent être dépassées, nous proposons de les rappeler.

2.1.1 La maîtrise versus le laisser faire
Ce qui caractérise la gestion, c'est la notion de maîtrise, ou de contrôle (ou de pilotage), qui apparaît comme antinomique à l'insouciance, guidée par le laisser faire, le lâcher prise, voire la fuite du réel. Ainsi, Taylor a-t-il justifié le développement de son mode d'organisation par l'éradication de la " flânerie systématique " des ouvriers. Alors que l'insouciant fait sien l'adage " Dieu pourvoira ", le stratège va tout mettre en œuvre pour contrôler les variables constitutives de son projet (la variable temps, comme la variable ressources), et se centrer sur l'objectif.

2.1.2 La mobilisation de la rationalité cognitive versus la croyance
Dans la même logique de détachement du réel, l'insouciant ne mobilise aucune rationalité cognitive, qui reste la modalité de fonctionnement préférée du gestionnaire. L'insouciant ne cherche pas à savoir, il croit. Dans une posture narcissique étudiée plus haut, il croit en sa bonne étoile, sa toute puissance, ou en des tiers rassurants de façon parfois aberrante (Kets de Vries, 2002). Les exemples de ce décrochage insouciant du réel, de l'abandon d'un raisonnement critique au profit de la croyance, sont nombreux.

2.1.3 La responsabilité versus le lâcher prise, l'abandon.
L'insouciant, (et c'est souvent ce qui est pointé dans le sens commun), par dédain ou par ignorance, va ignorer les conséquences de ses actes ou de ses décisions, alors que le gestionnaire est supposé en rendre compte.

2.1.4 L'espace commun versus l'intime
L'organisation est par définition une communauté sociale. L'insouciance en isole plus ou moins momentanément le sujet, en construisant un espace de détachement, de liberté intime. Elle le préserve de l'espace commun, où règnent le pouvoir et le regard de l'autre, démultiplié par les ressources technologiques de surveillance du salarié. Elle peut alors prendre la forme d'un retrait, d'un refuge, comme nous l'avons évoqué en désignant la forme " régressive " de l'insouciance, pour peut être livrer mieux l'individu à une autre tyrannie, celle de l'intime (Lipovetsky, 1983).

2.1.5 Le pouvoir versus la désaffiliation (Castel), Haroche, 2001)
L'organisation sécrète le pouvoir, le pouvoir délégatif, qui implique la construction de la relation. Il faut, pour que le pouvoir existe, que " chacun ait sa place ", comme le formule la sociolinguistique (Kerbrat-Orecchioni, 1994) : place haute pour celui qui détient le pouvoir, et place basse pour celui qui est dominé. L'insouciance rompt le jeu interactif de la relation de pouvoir en jouant la " désaffiliation ", le détachement par rapport à la hiérarchisation des rapports.

2.1.6 L'effort versus le plaisir
Le dernier point d'exclusion mutuelle de la gestion et de l'insouciance est la tension entre le travail, l'effort, et un mécanisme permettant à l'individu d'y échapper. L'insouciance permet d'exclure le souci du lendemain, de se laisser glisser dans la proscratination, d’attendre que les choses évoluent d'elles-mêmes, pour le meilleur ou pour le pire.

Ces analyses d'antinomies amènent à conclure (au moins provisoirement) que, pour pratiquer l'insouciance, ou pour être insouciant, une certaine " défection " peut s'imposer sous forme d'un retrait dans l'imaginaire. Ce retrait, en rupture avec les logiques de maîtrise du réel est-il pour autant absolument opposé à elles ? C'est ce que nous allons examiner maintenant.

2.2 Quelle congruence entre l'organisation contemporaine et l'insouciance ?

2.2.1 Insouciance, liberté, autonomie
Certaines organisations, plus généralement certaines entreprises, semblent vouloir " mettre du jeu " dans les espaces, tant physiques que relationnels ou temporels qu'elles maîtrisent. Il s'agirait de laisser à l'individu de la liberté dans son activité et son projet professionnels. De facto, on observe trois phénomènes :
- un élargissement de l'espace, avec la création de marges de manœuvre, de zones d'autonomie, portant sur le choix de dates de vacances, des horaires de travail, une autonomie dans l'organisation de ses priorités, des plages pour aller faire du sport (dans la salle de l'entreprise !) … Bref, une liberté qui se réduit à une " permission " de flexibilité dans l'appropriation des ressources individuelles,
- des tentatives de libérer l'individu de certaines contraintes, de certains soucis, qui sont souvent très matériels et quotidiens, qui " encombrent " l'esprit : ce sera la prise en charge du pressing ou de l'entretien du véhicule personnel par l'entreprise, la gestion de la garde d'enfant malade au domicile, l'aide à l'organisation des vacances, les crèches d'entreprise…,
- des propositions d'accompagnement au développement personnel, avec mise en place de méthodes comme le coaching - la plus courante et certainement aussi la plus diversifiée - (Fatien, 2005), ou d'accompagnement à l'évasion, la détente (ce sont alors des méthodes comme le yoga ou autres techniques de relaxation).

Ces trois stratégies, qui peuvent d'ailleurs s'ajouter les unes aux autres, illustrent les limites de l'organisation à générer de la liberté, et pointe sa capacité à créer plutôt des marges de manœuvre, à proposer des ersatz d'insouciance.

2.2.2 Vers un business case de l'insouciance ?
L'émergence de ces dispositifs récents interroge néanmoins. Une première hypothèse explicative est que l'entreprise, sous la pression de nouvelles attentes de la société, s'inscrirait dans la logique d'un " retour sur investissement " de la liberté dans le travail. Des salariés plus libres ne seraient-ils pas plus motivés ? Et donc plus performants ? Il existerait donc un business case de l'insouciance.

La seconde hypothèse renvoie à l'idée de la mise en place d'un " management pastoral " (Brunel, 2004), amenant les équipes là où on veut qu'elles aillent, sans injonction péremptoire. Nous entrons de plain pied dans l'ère des " managers de l'âme ".

Cette installation produirait alors deux effets : une anesthésie de la capacité critique et de prise de recul des salariés vis-à-vis de la stratégie et des pratiques de l'organisation, ainsi qu'une captation de l'intimité et de l'imaginaire. L'insouciance ne serait plus qu'un levier du vaste mouvement de psychologisation des problèmes de l'entreprise, occultant et réduisant la dimension organisationnelle des dysfonctionnements, pour les imputer à l'individu. On peut alors évoquer une instrumentalisation de l'insouciance, définie comme liberté intime et fantasmatique de l'individu.

Dans le même temps, les grandes évolutions que connaît actuellement la société renforcent clairement le besoin d'insouciance de chaque salarié, faisant de cette attente, si elle est identifiée, un avantage différentiel et d'attractivité pour les entreprises, les amenant donc à promouvoir auprès de leurs futurs salariés (dans le cadre du recrutement) ou de leurs salariés à fort potentiel (stratégie de rétention) ces moments de " retrait que nous avons décrits comme des versions dégradées d'une mise en scène de l'insouciance.

Un autre marqueur de l'évolution de la vie professionnelle est l'encastrement de la sphère professionnelle avec la sphère personnelle, tous les instruments de nomadisme renforcent paradoxalement l'attache au travail et à l'entreprise. L'insouciance devient d'autant plus indispensable que cette " mainmise " n'est pas toujours repérée et tenue à distance, son caractère insidieux pèse pourtant sur le moral des salariés, sans qu'ils sachent en expliquer la cause : comment se plaindre de travailler à domicile, sans transport inconfortable et chronophage, avec des horaires choisis ?

La montée en puissance et la généralisation de l'utilisation des outils de communication via Internet joue aussi un rôle important dans cette effraction de l'intimité : l'angoisse que crée la profusion de mails reçus par chacun au quotidien suffit à montrer combien ces modes intrusifs de management et de communication sont angoissants pour l'individu. Plus les libertés se multiplient, plus les normes s'effacent, plus les hiérarchies s'affaiblissent, plus l'importance de l'autonomie et du jugement personnel s'accroît.

La " peur de la culpabilité " a été remplacée par la " peur de la médiocrité ", (la tyrannie du moi idéal remplace la tyrannie du surmoi). Les individus ont par-dessus tout peur de ne pas être à la hauteur, et cette angoisse, qui peut devenir existentielle, nourrit le désir d'insouciance.
Cette pression explique l'émergence très nette du mythe de la " coolitude ". La posture d'insouciance est à l'ordre du jour mais, sous le masque, on peut justement percer les angoisses que génère notre société du " toujours plus, toujours mieux ", cette condamnation à la réussite qui mine chacun d'entre nous.
C'est à partir de ces constats que peut se mettre en place une réflexion sur l'articulation de l'insouciance et de la gestion.

2.3 Esquisse d'une cohabitation pacifique et fertile

2.3.1 L'indispensable insouciance en gestion
En évoquant les conséquences néfastes de l'insouciance, il convient de ne pas oublier les conditions de stress, de tensions qui peuvent en être l'origine. Si les comportements d'insouciance défensive peuvent porter préjudice à la performance et la pérennité de l'entreprise, ils constituent une source d'indicateurs de stress qui permettraient d'anticiper son accroissement.

A l'inverse, une part d'insouciance peut s'avérer indispensable dans certains contextes de gestion tels que l'entrepreneuriat. L'insouciance est alors un décrochage salutaire, à dimension transgressive, prométhéenne, qui permet d'avancer dans la vie. Lorsqu'elle n'exclue pas des moyens de retour au réel, à la réflexion critique, cette part de confiance et de sérénité dans le destin est nécessaire au dépassement des inhibitions du créateur.

La gestion peut ainsi offrir deux figures de l'insouciance : d'un côté l'entrepreneur (celui qui s'affranchit des contraintes), de l'autre le velléitaire (qui remet à plus tard par peur d'affronter les problèmes). La figure du héros et celle de l'individu par défaut, dans le paradigme de succès au sein duquel évolue l'entreprise.

2.3.2 Le rôle de la confiance
Le mécanisme de la confiance semble s'imposer. On ne peut être insouciant qu'en ayant confiance dans un tiers, quel que soit ce tiers : une personne, une règle, un code…

Comme le petit enfant peut être insouciant parce qu'il a une confiance absolue dans la toute puissance de son père, comme des peuples entiers ont pu pendant quelques décennies démontrer de l'insouciance vis-à-vis de leur avenir, par leur confiance dans le progrès, comme certaines cultures développent de l'insouciance (presque du fatalisme) par leur confiance en un Dieu …, l'organisation peut inciter ses salariés à avoir confiance en ses procédés, en ses buts. On retrouve toute l'importance de règles, de normes, considérées comme légitimes et acceptées par les personnes. La deuxième exigence est l'assurance du respect par tous de cette loi, de ces règles, le " tu ne tueras point ", qui permet à tout citoyen de dormir tranquille. Tout manquement à la règle réduit d'autant la marge d'insouciance de tous. Cet abandon à un " autre bienveillant " semble être le fondement de l'insouciance (on mesure l'immensité de la tâche en management !), qui relèverait plus de la quête du Graal que d'une aventure prométhéenne.

2.3.3 Vers un habillage insouciant de la gestion ?
Un cas particulier mais courant de la construction de moments d'insouciance est l'humour. L'insouciance entretient avec l'humour des liens étroits : quand des individus construisent un " espace humoristique »
", ils créent un monde avec ses propres règles, un " jeu " qui leur permet de maintenir à distance les soucis, les problèmes, les drames même, dans le cas de l'humour noir. L'humour peut, en générant des " bulles d'insouciance ", permettre de survivre à des conditions de travail dégradées, à des rapports humains conflictuels. Il fait ré exister la " horde sauvage ". Lipovetsky démontre, dans L'Ere du vide, le développement généralisé du code humoristique dans nos sociétés postmodernes.

Cette " entrée " un peu particulière dans l'insouciance, compatible avec le monde du travail, voire même source de performance suggère un " entre deux ", celui d'un " habillage " de certaines situations d'entreprise par l'insouciance. Face à ce besoin d'insouciance et à la difficulté à la provoquer, l'entreprise génère une mythologie de l'insouciance, qu'elle va transmettre par des postures et des discours, à la fois publicitaires et institutionnels, fondés sur la rhétorique de cet " autre bienveillant ". Le message clé est : " vous pouvez compter sur moi et vous laisser aller à l'insouciance ". C'est bien sûr le discours de toutes les compagnies d'assurance (le plus récent étant celui de Fidelity Vie, avec l'accroche : " A l'époque c'était cool de vivre au jour le jour "), de toutes les propositions de produits technologiques (la sécurité de l'Espace Renault, la " contribution invisible " de BASF, les promesses de préservation de l'environnement de Veolia …), des services (" faire du ciel le plus bel endroit de la terre " d'Air France, les banques …), du loisir (" de l'autre côté de la montagne, il y a des bouquetins qui regardent des randonneurs qui regardent des bouquetins " Vallée d'Aoste) …

Ceci suggèrerait que tout ce qui est difficilement envisageable pour le salarié serait une promesse incontournable à faire au client. Cette vision ouvre de nouvelles voies de recherche certainement fertiles dans la compréhension du client et l'écoute du marché.

Conclusion :

Trop souvent l'insouciance est considérée uniquement comme une posture régressive, nuisible, en désaccord avec une posture gestionnaire de maîtrise de l'environnement. Pourtant, elle peut aussi être considérée comme un exercice de liberté du sujet face aux contraintes extérieures, pour autant que l'on définisse la liberté par rapport à toutes les contingences dont le sujet doit s'affranchir. En tant que détachement par rapport aux contraintes réelles, l'insouciance offre un espace de liberté fantasmatique. Comme tout exercice de liberté, elle présente le risque d'asservir celui qu'elle libère, de l'enfermer dans une fuite du réel (Freud, 1920), d’une illusion de liberté totale (Leibniz, 1705 ; Jankélévitch, 1983).

Notre examen des modalités d'exercice de cette liberté - ou de sa quête - nous a conduit à identifier quatre formes d'insouciance : inconsciente (ignorance involontaire des contraintes), défensive (fuite dans l'imaginaire), refoulée (conséquence d'un excès de sérieux, elle se manifeste à l'insu du sujet), ou raisonnée (forme de ressourcement).

Au-delà du travail conceptuel que nous avons mené, une séparation nette des formes d'insouciance dans tous les cas apparaît délicate. S'il est souvent possible de situer clairement certains comportements du côté d'une forme d'insouciance, d'autres semblent à cheval entre deux formes d'insouciance : ainsi, de nombreux comportements relèvent d'une posture purement défensive (déni, posture transgressive), d'autres indiquent une posture qui combine lâcher-prise face aux aspects non maîtrisables de la situation, et maintien d'un sérieux professionnel.

Le second apport est la mise en valeur du rôle de l'insouciance dans le détachement libératoire des contraintes réelles sous des formes plus ou moins assumées ou, au contraire, inconscientes voire transgressives. Cette fonction libératoire reste à mettre en rapport de façon plus approfondie avec les concepts qui étudient les stratégies défensives du sujet face au stress.

Ces constats soulignent le rôle de l'insouciance, du lâcher-prise, en tant que forme de liberté intime et fantasmatique du sujet face aux contraintes du réel. Ils indiquent enfin que, dans des situations professionnelles comparables, avec sans doute des différences externes et internes à chaque sujet, certains choisissent de se ménager un espace d'insouciance assumée, raisonnée, tandis que d'autres préfèrent une posture plus défensive. Cette manière de se libérer des contraintes est-elle déterminée davantage par les tensions internes aux sujets ou par les marges de liberté que leur offre leur environnement ? Les organisations ont-elles une responsabilité dans les orientations des choix de voies de libération des contraintes organisationnelles ?

Le chercheur ne peut en tout cas qu'interpeller les organisations sur le besoin de retrait de l'individu par rapport aux contraintes externes et sociales, ainsi que sur le risque d'accroître ce besoin en l'instrumentalisant. De même, si les comportements d'insouciance défensive peuvent être des indicateurs de besoins de retrait, il serait dangereux d'isoler ces symptômes du contexte psychosocial à l'origine. L'insouciance ne doit pas être une nouvelle voie de " psychologisation " de situations, de réduction de problèmes organisationnels à un malaise individuel, notamment par le coaching (Fatien, 2005). Elle suppose une redécouverte personnelle par le sujet des espaces de liberté psychique dont il dispose, à partir de ceux que l'organisation veut bien lui reconnaître. Elle suppose aussi la confiance dans les règles, le management, les procédures …, qui rendrait possible l’existence de cet " autre bienveillant ", identifié comme indispensable à l'insouciance. C’est seulement à cette condition que le salarié pourra se laisser aller à une insouciance raisonnée, libre, source de repos de l’esprit, de pause, de ressourcement, pour mieux se confronter à une réalité pas toujours agréable. On éloigne, avec le dispositif de la confiance, le spectre d’une insouciance sans retour, véritable voie de perdition.

Il semble important de rappeler le rôle de ces cadres, pour éviter que ne s’installe une insouciance " fausse barbe ", une " posture d’insouciance ", qui semble de plus en plus répandue dans nos sociétés et nos organisations, et qui, sous son masque d’indifférence, cache une angoisse toujours plus profonde.

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Présentation des auteurs

Isabelle Barth

Isabelle BARTH est professeur des Universités de Sciences de Gestion, directrice de la recherche à l'Ecole de Management de Strasbourg, directrice du Centre d'Etudes Scientifiques Appliquées à la Gestion. Elle dirige deux programmes de Master 2 à l'IAE de Lyon, centrés sur le Management Commercial (Master Vente et Management Commercial et Master Direction Commerciale en formation Continue).

Renaud Muller

Renaud MULLER est Maître de conférences en Sciences de gestion à l'Université Blaise Pascal (Clermont-2), et chercheur au CRCGM. Ses axes de recherche portent sur les formes de violence au sein des organisations (harcèlement, " placardisation ") et des approches et outils qui peuvent contribuer à la réguler (éthique du gestionnaire, valeurs et culture de l'organisation, régulation de la violence).

Compte rendu du Colloque du 31 Mars 2009 sur l'insouciance, organisé par l'IAE de Lyon

 



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