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Management : Les 4 Temps du Management
Les 4 TEMPS du MANAGEMENT
Il est temps de réinventer le management

Le Temps des Equipes et des Projets

2.28 Méthodes d'Invention et de Découverte - 4 - (1/7)


Introduction

Emmanuel Carré, aujourd'hui, directeur pédagogique du Groupe IGS et Thierry Roques (DEA Sc Gestion, IEP Bordeaux) professeur au Département Affaires et Développement International de Ecole de Management de Bordeaux, ont notamment fondé en 1998 le Laboratoire CREA au sein du Groupe ESC Bordeaux. Ils ont depuis longtemps exploré de nombreuses méthodes de créativité et ont pu les mettre en pratique auprès de nombreuses entreprises partenaires. Vous pourrez lire ici le résultat de leur recherche - qu'ils nous autorisent à diffuser dans la lettre des 4 Temps du Management.

Si vous avez manqué le début : Emmanuel Carré et Thierry Roques nous proposent depuis deux numéros de gravir les marches de la PIRAMIDE créative. Après avoir abordé précédemment le tandem P-I (perception - investigation) et une Réflexion sur les Aptitudes à la créativité (R-A), ils nous convient ici à découvrir les nombreuses méthodes permettant d'inventer ou de réinventer les produits et les services de demain. Ces connaissances méthodologiques peuvent nous être très utiles pour mobiliser de nouvelles ressources cognitives qui sont restées trop longtemps à l'état de potentiel et que nous avons besoin aujourd'hui s'actualiser.

1. Les leçons du cri d'Archimède

Le Cri d'Archimède est (aussi) le titre d'un remarquable ouvrage de A. Koestler paru chez Calmann-Lévy en 1965 ayant pour sous-titre : l'art de la découverte et la découverte de l'art.

1.1 Petite histoire de l'eurêka...

Au IIIème siècle avant Jésus-Christ., le roi de Syracuse, Hieron II, demande à un orfèvre de réaliser une couronne votive en or pur. Quatre-vingt dix jours après sa commande, l'artisan lui remet une superbe pièce finement ciselée. La couronne pèse exactement le poids en or qui lui avait été fourni pour l'exécution de ce travail.

En observant la couleur à la lumière, Hiéron se demande si l'orfèvre n'a pas mélangé de l'or et de l'argent. Il fait appel à Archimède, talentueux mathématicien et ingénieur qui travaille justement sur la mesure des volumes des sphéroïdes et conoïdes.

Note historique : Archimède (287-212 av J.C) est mécanicien (on lui doit la théorie des leviers), mathématicien (notation des grands nombres, estimation de la valeur de pi, étude des spirales), ingénieur (il bâtit les plans des machines de guerre qui protégèrent sa ville natale pendant la seconde guerre punique). Illustration : gravure in W. H. Ryff, 1547, Bibliothèque Nationale de Paris.

Malheureusement, la pièce est trop finement travaillée pour que Archimède puisse en mesurer précisément le volume effectif et détecter avec rigueur une éventuelle anomalie entre la masse et le volume de la couronne. Il ne lui reste qu'une solution pour en avoir le coeur net : altérer définitivement l'objet en le faisant fondre... Le problème paraît insoluble, au sens propre comme au sens figuré !

C'est en prenant un bain (Toujours au sens... propre !), et en observant l'eau monter au fur et à mesure que son " corps plonge dans le liquide ", selon la formule célèbre, que Archimède jaillit de sa baignoire en criant " Eurêka ". Il sort complètement nu dans les rues de Syracuse pour faire part de sa découverte, qu'il rédige ensuite sous le nom de Traité des corps flottants. Selon ce principe fondamental de l'hydrostatique qui porte désormais son nom, il peut calculer la masse volumique de la couronne en la plongeant dans l'eau et en mesurant le volume déplacé (A ne pas confondre avec le " principe de Desproges " : " Quand un corps est plongé dans un bain, le téléphone sonne "...). L'artisan indélicat est démasqué : la couronne était fabriquée à partir d'un alliage d'or et d'argent...

L'histoire des inventeurs, découvreurs ou créateurs est riche d'anecdotes souvent spectaculaires qui font intervenir - selon les interprétations - la grâce, le génie, le hasard, la patience, l'obstination ou le paradoxe. Ainsi, Christophe Colomb découvre l'Amérique en pensant accoster en Inde, Isaac Newton regarde tomber les pommes et découvre la loi de la gravitation universelle, Ludwig Van Beethoven est sourd et aussi un des compositeurs les plus créatifs de son siècle, Alexander Fleming laisse distraitement des bactéries et du penicillium dans un même bouillon de culture, Henri Poincaré " invente " les fonctions fuchsiennes sur le marchepied d'un omnibus à Coutances. Un siècle plus tôt, Michael Faraday avoue même qu'on " le prendrait pour un fou " s'il révélait comment ses idées sur les phénomènes d'induction électromagnétique lui sont venues.

La structure de ces légendes et anecdotes laisse penser qu'il serait vain de chercher une " méthode " universelle pour inventer. A l'image de Athéna, déesse de la guerre et fille de Zeus qui vient au monde en sortant du crâne de son géniteur déjà casquée et armée, notre mythologie moderne représente en effet les découvreurs comme des héros prêts à accoucher de leur crâne en fusion des idées géniales et définitives et nous renseigne peu sur la nature d'un cheminement formel et reproductible permettant à coup sûr d'inventer à notre tour...

Pourtant, au-delà des petites histoires qui font l'Histoire de l'humanité et de ses progrès dans le domaine scientifique, technique ou artistique, les philosophes, psychologues et autres praticiens de la pédagogie ont toujours cherché à mettre en évidence les caractéristiques invariantes du processus de créativité qui favorisent - sinon assurent - l'émergence d'idées opérationnelles, neuves et utiles.

Ces réflexions ont pu être menées dans des perspectives très différentes :
- la psychologie de l'invention se propose d'examiner les facteurs individuels et contextuels qui influencent la production d'idées,
- l'heuristique s'attache à qualifier les méthodologies formelles qui sous-tendent la découverte ou l'invention dans les sciences.
- la " créatique ", élaborée par deux auteurs français dans les années 70, se penche sur les conditions de d'assimilation et d'essaimage des méthodes de créativité d'un point de vue pédagogique (La Créatique : psycho-pédagogie de l'invention, Michel Desmarest et Marc Druel, 1970, Ed. Clé).

Ces disciplines, à défaut de proposer une théorie unifiée et encore moins une série de méthodes imparables, ont toutefois permis de clarifier d'un point de vue psychologique, historique et pratique la nature des " ingrédients " nécessaires à l'élaboration de nouvelles idées ou inventions. Elles alimentent ainsi la " boîte à outils " de la créativité sous forme de démarches générales et de processus opératoires destinés à stimuler la production du chercheur.

1.2 Invention ou découverte ?

On réserve le plus souvent le terme de découverte au résultat d'une investigation qui conduit à dévoiler un phénomène ou un processus dans le domaine scientifique (ou géographique), tandis que l'invention apparaît comme un objet, un procédé ou une machine, c'est-à-dire une forme instrumentalisée des expériences et réflexions menées par son auteur. Christophe Colomb découvre l'Amérique, Newton découvre la gravitation universelle, tandis que Gütenberg invente l'imprimerie.

L'opposition " scolaire " entre les deux termes mérite pourtant d'être dépassée (L'étymologie nous y invite d'ailleurs : inventer = in - venio, c'est à dire rencontrer, découvrir. Ce rapprochement trouve un écho dans le domaine juridique où l'on parle de " l'invention d'un trésor " et non de sa découverte.). Archimède a bien découvert un phénomène hydrostatique naturel en même temps qu'il a inventé un protocole pour résoudre le problème que lui posait le roi de Syracuse. Fleming découvre les propriétés naturelles de la pénicilline et invente un nouvel élément thérapeutique. Gallilée) n'aurait certainement pas découvert les satellites de Jupiter sans avoir " inventé " sa lunette astronomique. Dans les deux cas, on pourra donc retenir qu'il s'agit d'une forme de dialogue continu entre des phénomènes et l'esprit formant les idées.

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