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Les 4 Temps du Management

Futurologie

La mort médicalement assistée, la fin d’un tabou en France ?


De nos jours la mort médicalement assistée est un sujet qui fait polémique à travers l’hexagone.  

Cependant, la mort médicalement assistée n’est pas l’euthanasie.

Tout d’abord, l’euthanasie est un processus qui consiste à injecter un produit mettant fin à la vie d’une personne, de manière rapide qu’importe sa maladie. Ici la personne décide de mettre fin à ses jours selon ses propres raisons, qu’elles soient médicales ou non. 

Tandis que la mort médicalement assistée consiste à prendre un traitement qui annihile la douleur, laissant la maladie prendre le dessus afin que le patient décède sans souffrance dans les jours qui suivent.   

La mort médicalement assistée, peut-être caractérisée de soulagement pour la personne et son entourage mais n’est-elle pas un casse-tête pour le milieu hospitalier ? 

 

Notre analyse va consister à mettre en exergue ce qui se fait dans d’autres pays en comparaison à la France. Ensuite nous analyserons l’avis des Français pour déterminer quelles sont les tendances qui se dessinent. Des témoignages de personnes travaillant en milieu hospitalier viendront étayer nos propos.  

Pour finir nous nous intéresseront aux problématiques de gestions qui découlent de l’instauration de la mort médicalement assistée.


Le positionnement des pays européens :

L’intérêt de regarder du côté de nos voisins européens est de faire un état des lieux des pays ayant eu l’ouverture d’esprit nécessaire pour légaliser la mort médicalement assistée.
Les Pays-Bas :
Le Pays-Bas est un des pays précurseurs auquel nous portons intérêt. En effet, c’est le premier pays au monde à avoir dépénalisé l'euthanasie. Après dix années de pratiques autorisées sous certaines restrictions prévues par la jurisprudence, le décret sur la fin de vie sur demande et le suicide assisté a été approuvé le 10 avril 2001.  
L'euthanasie reste punie d'une peine maximale de 12 ans d'emprisonnement et d'une très forte amende si les critères de minutie exigés par la loi ne sont pas remplis par un médecin compétent.  
La Belgique :
Là encore, ce pays fait partie des premiers à avoir œuvrer en faveur d’une mort assistée. Le 28 mai 2002, la Belgique à promulguer une loi autorisant l’euthanasie sous certaines formes. Cet acte est qualifié juridiquement de la manière suivante : « l’acte, accompli par un tiers, de mettre intentionnellement fin à la vie d’une personne à la volonté de cette dernière »
Le Luxembourg :
Par ordre chronologique, le Luxembourg est le 3ème pays européen à avoir autoriser la pratique de l’euthanasie. C’est en 2009 que la première loi sur l’euthanasie et le suicide assisté a vu le jour. Elle stipule : « N’est pas punissable et ne peut donner lieu à une action civile en dommages et intérêts, si un médecin répond à une demande d’euthanasie ou de suicide assisté »
La Suisse :
La juridiction en Suisse est quelques peu « floue » en matière de mort assistée. En 2001, le Conseil national suisse à valider que l’assistance au suicide est autorisée dans le cas où la personne qui la pratique n’a pas de but égoïstes. Pour ce pays, la mort médicalement assistée consiste à fournir à la personne qui en émet le souhait, les moyens de trouver la mort de manière rapide et sûre. Ainsi la mort n’est pas provoquée par une personne tierce, mais plutôt par le patient lui-même.
Autres pays européens :
Pour la grande majorité des autres pays européens, l’euthanasie active est prohibée et son recours peut entrainer de lourdes sanctions pénales. Toutefois dans certains états, il existe l’abstention thérapeutique aussi appelée euthanasie passive. Dans ce cas présent, le médecin avec l’accord du patient, met fin à l’acharnement thérapeutique et laisse le patient s’en aller plus rapidement.
Maintenant portons un intérêt au débat sur le sujet de la mort médicalement assistée, qui est un sujet de société depuis de nombreuses années en France.


 

La France face à la mort médicalement assistée :

La France fait face à une problématique majeure depuis de nombreuses années. Les hôpitaux et cliniques françaises ne peuvent répondre qu’à un quart des demandes de soins palliatifs faute de lits dédiés. Jusqu’à la fin des années 90, on apprenait aux internes à pratiquer l’injection d’un cocktail lytique, qui lorsqu’on augmentait les doses les patients pouvaient partir en s’endormant. Ce processus ne prenait que quelques jours et permettaient d’abréger des souffrances souvent bien trop longues. Majoritairement C’était une décision entre la famille et les médecins, sauf dans le cas où les patients étaient encore assez lucides pour s’exprimer et transmettre leur volonté. Aide active à mourir, suicide assisté, ces actes sont décrits « en complète contradiction avec la valeur de la vie humaine », pour les représentants juifs, chrétiens, et musulmans.
Ce lobby pèse visiblement sur les élus, comme on a pu le voir avec les dix députés qui ont déposé 4 000 amendements pour empêcher l’examen de la proposition de loi Falorni d’arriver à son terme, en avril 2021. L’article 1 du texte ouvrant le droit à une « assistance médicalisée active à mourir » avait pourtant été voté par 240 députés alors que 48 seulement s’y étaient opposés.  
Le sondage commandé par l’ADMD à l’Ifop en février 2022 fait état que : 94 % des Français approuvent le recours à l’euthanasie. Ceci montre bien qu’une minorité de la population de l’hexagone est hostile à de nouvelles mesures en faveur de la mort médicalement assistée.
De plus, le droit à l’aide médicale à mourir ne semble pas avoir entraîné une explosion des demandes dans les pays qui l’ont autorisée. En 2020 seulement 4,1% aux Pays Bas, et 2% des décès en Belgique sont à attribuer à l’euthanasie. Pour les associations favorables à l'aide active à mourir en France, ces données montrent que le droit à demander l’euthanasie ne devient pas la norme et préserve la pluralité des choix de vivre sa mort.
Les questionnements sont encore nombreux et au-delà de l’aspect juridique de nombreuses question d’ordre managériales subsistent. Des questions de fond émergent comme par exemple au niveau de la formation du personnel soignant ou bien encore l’apparition de services hospitaliers dédiés à la mort médicalement assistée.
L’instauration de ce processus en France permettrait d’apporter un début de réponse à la crise de l’hôpital publique qui s’est renforcée ces dernières années. Les bénéfices à noter sont : une diminution de patient en fin de vie dans les hôpitaux, une économie financière (moins de soins couteux, personnel dédiée à d’autres tâches, …) ou bien encore l’adoucissement de la surcharge de travail sur le personnel hospitalier.
La gestion de l’instauration de la mort médicalement assistée soulèvera de nombreuses questions qui seront à la charge des directeurs d’hôpitaux. La nécessité de joindre avantage économique et accès aux dernières volontés du patient apparait comme capitale.

Les chiffres clés de l’opinion des français :

A l’aide d’un questionnaire, nous avons souhaités connaitre l’avis des français sur la mort médicalement assistée, mais également leurs attentes. L’objectif principal est de dresser un bilan et de tirer des conclusions de l’ensemble des réponses obtenues.
La majorité des répondants à notre questionnaire sont des salariés (49%) ou des étudiants (38,8%), âgées entre 18 et 35 ans (77,5%).  
Selon les réponses récoltées, la mort médicalement assistée est un « tabou » en France (93,9%) et cela conduit au fait que 75,5% savent peu de choses concernant la législation française à propos de ce sujet. Le reste du panel n’est pas averti sur ce sujet.
Une majorité non négligeable (87,8%) pense que les pays limitrophes qui légalisent ou ont légaliser la mort médicalement assistée sont des exemples à suivre. C’est ainsi que plus de la moitié de l’échantillon est en faveur de la mort médicalement assistée (59,2%). Lorsque l’on pose la question de son usage, un grand nombre de répondant déclare vouloir y recourir en cas de nécessité (65,3%) contre seulement 14,3% qui ne souhaitent pas y recourir. En ce qui concerne le fait d’éviter de nombreux suicides, la majorité s’accorde à dire que soit la mort médicalement assistée permet de dire au revoir correctement, soit que cela se passe dans des meilleurs conditions qu’un suicide « classique » c’est donc moins traumatisant pour la famille.  
Au niveau de la décision, selon les résultats, elle doit revenir au patient (55%) en premier lieu, ou bien sinon il faut un accord entre la famille et le patient (36,7%). En revanche lorsque l’on doit décider de donner la décision finale à l’hôpital ou à la famille, la majorité pense que l’un ne peut pas aller sans l’autre. Cependant 32,7% pensent que la décision finale ne doit revenir qu’à la famille. Les avantages de la mort médicalement assistée qui sont mis en avant, sont la fin à des souffrances du patient (75,5%), et libérer les familles et le patient (61,2%). On peut également souligner le fait qu’un patient en soins palliatifs est onéreux, ce qui justifie que le fait de faire des économies apparait en 3ème position. A l’inverse, les inconvénients vont être en premier lieu, la santé mentale des personnels hospitalier, qui va être en danger et ensuite que cela risque de déshumaniser les hôpitaux.
Nous avons également abordé le sujet de la surcharge des hôpitaux notamment par des patients en état végétatif, et une grande majorité des répondants pense que ce serait une bonne chose d’avoir recours à la mort médicalement assistée pour laisser de la place à des patients qui peuvent être sauvés. De plus, beaucoup de personnes pensent que les soins palliatifs onéreux pourraient être évités grâce à la mort médicalement assistée. Dans le cas d’une maladie grave, notre enquête montre que 73% des personnes préfèrent pouvoir avoir recours à la mort médicalement assistée plutôt que de devoir suivre un lourd traitement.   
Les directeurs d’hôpitaux souhaitant instaurer la mort médicalement assistée dans leurs établissements, devraient mettre en place une cellule psychologique pour les familles ainsi que pour les aides-soignants en exprimant le besoin. Mais il faudrait également qu’il y ait des formations pour les médecins voués à accomplir les dernières volontés du patient.  

L’avis unanime des professionnels de santé :

Les personnes interrogées ont des métiers différents et ont toutes une expérience de travail significative au sein d’un hôpital. En moyenne, elles sont au contact des patients au sein d’hôpitaux depuis 6 années. Ce sont 4 femmes que nous avons interrogées ayant toutes travaillées ou travaillant au sein d’un hôpital. Leurs métiers les poussent à faire différentes tâches et permet donc d’avoir des visions diverses.  
Les personnes interrogées confirment que l’intérêt des français pour les pays limitrophes pratiquant la MMA est justifié et que c’est une discussion de société à laquelle il faut porter un intérêt particulier. Ce procédé est même qualifié de progrès médical par certaines de nos répondantes.  
Les réponses sont en faveur de l’instauration de la MMA dans notre pays. Comme évoqué par l’une des personnes interviewées, l’instauration de la MMA était au cœur de la dernière campagne électorale, avec diverses propositions « Le candidat élu n’a cependant pas l’intention de mettre le sujet au centre des débats ce qui est bien dommage ».  
L’avis est unanime, le corps médical doit avoir son avis sur le recours à la MMA. Il faut nuancer cette réponse, car l’avis du corps médical doit intervenir pour définir si l’état du patient est assez grave pour avoir recours à la MMA. Dans le cas d’une personne gravement malade, l’avis du corps médical n’interviendra pas et la MMA sera une évidence.  
Ensuite au niveau moral, il y a un nouveau consensus concernant la difficulté d’accompagner des patients qui sont en soins palliatifs. Toutes les personnes ayant répondu à cette question ont semblé concernées et attristées par la situation de certaines personnes du point de vue de leurs souffrances, mais également de leur détresse morale dans cette situation.  
A nouveau, les personnes interrogées sont unanimes, la MMA sera moins dure à vivre mentalement pour le personnel hospitalier que les soins palliatifs. En effet la MMA est souvent perçue comme la solution permettant d’éviter la souffrance mentale pour les soignants, accompagnants les soins palliatifs.  
Pour ce qui est du délai pour mettre en place la MMA, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Mais une chose est certaine, ça ne se fera pas du jour au lendemain étant donné toutes les questions qui doivent être abordée auparavant (législation, formation, ouverture de services dédiés)  
Quant au frais relatif à la MMA, il n’est pas envisageable pour nos répondantes, que les patients aient une quelconque participation financière. « Au-delà du produit, il faut en effet payer le personnel, les formations, mais cela devrait être à la charge de l’état »  
Les personnes ayant répondues à notre interview n’ont pas toutes connu l’expérience d’être confronté à une personne souhaitant mettre fin à ses jours. Cela dépend du métier bien évidemment, mais aussi des lieux de travail ou bien encore des services.  
Pour finir, notre dernière question a été celle qui a créé le plus de discussion avec nos interlocuteurs. Toutes ont évoqué plus d’avantages que d’inconvénients. Du côté des avantages nous pouvons noter que la MMA permettra d’éviter les suicides et limiter les dérives. La question de dignité est elle aussi principalement évoquée et c’est normal quand l’on sait que la MMA permettrait une mort plus digne et un aurevoir moins douloureux.  
Au niveau des inconvénients, on identifie principalement de possibles problèmes financiers liés à la MMA ou bien encore des poursuites judiciaires en cas de conflits.  

Une décision à anticiper dans les hôpitaux :

Si la mort médicalement assistée était autorisée dès demain, les hôpitaux ne seraient pas en capacité de répondre à la demande de manière optimale et immédiate.
En effet en plus du cadre légal, les directeurs d’hôpitaux devront définir quelles sont les personnes capables de dispenser la mort médicalement assistée. Les personnels soignants devront être formées pour accompagner aux mieux les familles et les patients.
Les directeurs d’hôpitaux doivent adapter le fonctionnement de leurs établissements afin de permettre aux familles d’accompagner les patients bénéficiant de la mort médicalement assistée. L’ouverture de services dédiés est envisageable, car cela permettrait de transférer tous les patients résignés au même endroit. Ainsi le médecin n’aura pas besoins de se déplacer à travers l’hôpital et pourra exercer dans les meilleures conditions.
Des plannings devront faire leur apparition afin de coordonner les différents services et afin d’assurer une parfaite gestion des morts. Ces plannings permettront d’éviter une surcharge des chambres mortuaires et de laisser le temps aux familles de s’occuper des défunts.
De nombreuses questions d’organisations seront à étudier. Il faut également s’interroger sur la nécessité de recruter du personnel qualifié, d’accorder des pauses « psychologiques » au personnel de ces services, ...
Au-delà d’une décision de l’exécutif, la gestion d’un tel acte pose de nombreuses problématiques. C’est en s’attardant sur ces problématiques que les hôpitaux éviteront les dérives et les possibles problèmes judiciaires.

Un sujet que l’état devrait prendre au sérieux :

Pour conclure, la mort médicalement assistée est certes un sujet à éviter pour certains, mais au cours de l’étude, le constat qui ressort est que l’actualité de ce sujet ne fait aucun doute. La souffrance d’une personne est plus dure à supporter qu’une mort calme et sereine, que ce soit pour la personne concernée ou bien pour la famille. Ce qui justifie l’instauration de la mort médicalement assistée.   
La majorité des pays limitrophe avec la France ont pris la décision de la dépénalisé, ce qui semble être un bon exemple à suivre.
Nos services hospitaliers sont en capacité d’accueillir d’offrir ce type de services, il est surtout nécessaire de proposer une bonne formation au corps soignant pour réaliser l’opération, une formation basée sur le plan psychologique mais aussi sur l’aspect méthodologique. Economiquement la viabilité de ce processus est intéressante. Cela pourrait être une source d’économie de le mettre en place, car beaucoup de soin pour des patients qui souffrent et n’ayant aucune issue à part la mort pourraient être évité.  
Aujourd’hui, les mentalités sont prêtes à accepter ce recours, maintenant une décision politique forte doit intervenir. Il pourrait être intéressant de faire participer le peuple à cette décision, pourquoi pas réaliser un référendum traduisant la volonté populaire ? 

Bibliographie :


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