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Management : Les 4 Temps du Management
Les 4 TEMPS du MANAGEMENT
Il est temps de réinventer le management

Le Temps des Equipes et des Projets

2.27 Les aptitudes à la créativité - 3 - (1/9)


Introduction

Emmanuel Carré, aujourd'hui, directeur pédagogique du Groupe IGS et Thierry Roques (DEA Sc Gestion, IEP Bordeaux) professeur au Département Affaires et Développement International de Ecole de Management de Bordeaux ont depuis longtemps exploré de nombreuses méthodes de créativité. Ils ont, notamment fondé en 1998, le Laboratoire CREA au sein du Groupe ESC Bordeaux où ils ont pu les mettre en pratique auprès de nombreuses entreprises partenaires. C'est le résultat de leur recherche - action qu'ils nous autorisent à diffuser dans la lettre des 4 Temps du Management.

Si vous avez manqué le début : Emmanuel Carré et Thierry Roques nous proposent depuis deux numéros de gravir les marches de la PIRAMIDE créative. Après avoir abordé précédemment le tandem P-I (perception - investigation), ils nous proposent pour ce numéro une Réflexion sur les Aptitudes à la créativité (R-A).

1. Les critiques radicales

Que vaut 1+2+3+4+5+6+7+8+9 ?

Pour répondre à cette question vous disposez quelques minutes, d’un papier, d’un crayon, du résultat en note de bas de page* si l’exercice paraît fatigant. Que s’est-il passé si vous avez cherché à répondre à la question ?

Vous avez pu, grâce à la calculatrice (ou mentalement) exécuter l’algorithme proposé dans la formulation même du problème (ajouter 1 à 2 puis à 3…). Vous avez alors dû mécaniquement obtenir le résultat attendu. Autre démarche : en faisant appel à vos souvenirs de mathématiques, vous avez pu reconnaître la somme des 9 premiers termes d’une suite arithmétique de raison 1 et appliquer la formule apprise soit n(n+1)/2 pour n=9. Le résultat est juste. En écrivant la proposition sur une feuille, vous avez pu constater, en rayant les extrémités au fur et à mesure, que 1+9=10, 2+8=10, 3+7=10, 4+6=10. Il reste 5 (non rayé), que l’on ajoute à 4 fois 10. Cette synthèse permet d’arriver au même résultat que précédemment. On peut même généraliser cette expérience et retrouver le résultat énoncé : n/2 fois la somme des extrêmes (n+1), ou n fois la moyenne des extrêmes (n+1)/2.

Il existe donc (au moins) cinq ou six moyens de répondre par un nombre fini et réputé " juste " à la question posée en haut de cette page. On aurait pu aussi littéralement répondre cela vaut la peine d’être calculé, cela vaut un nombre, cela vaut mieux que d’attraper la scarlatine (Toute réticence à ces dernières propositions donne droit à une relecture gratuite du chapitre consacré à la perception.)

Les séquences qui ont ainsi été identifiées pour cet exercice peuvent être étudiées à partir des opérations (mémorisation, représentation, synthèse…), mises en oeuvre au fil d’un processus ou à partir de la fonction qui a pu être attribuée à l’exercice (jeu, rappel, exemple, application), ou à partir des attitudes génériques de la personne qui y a été soumise (cognitives, normatives, affectives).

Quelle que soit la " classe " observée, la tentation est grande de conclure par une évaluation : tel processus paraît ingénieux ou laborieux, telle réponse paraît originale ou banale, telle personne paraît astucieuse ou besogneuse. Il n’y a qu’un pas pour conclure que la démarche, le résultat ou la personne sont plus ou moins " intelligents ", plus ou moins " créatifs ".

En outre, tout dispositif visant à évaluer (même grossièrement) l’intelligence ou la créativité dans cette séquence fait lui aussi intervenir un processus, un produit, et une personne pour conduire l’investigation. Que dire si l’on confie cette tâche à un comité d’experts polyvalents, munis d’outils allant de l’électroencéphalographe au thème astral en passant par des tests projectifs plus ou moins étalonnés ?

Le champ ouvert par la réflexion sur la notion d’" aptitudes " individuelles et collectives semble donc complexe, sinon miné.

Pour y circuler avec précaution, nous nous proposons d’envisager d’abord les principales critiques adressées à la notion d’aptitudes à la créativité. La recherche contemporaine - prudente et hétérogène - de réponses à ces objections permet de donner quelques pistes utiles pour mieux la définir. Elle permet de déboucher sur un modèle intégré, qui nous semble-t-il amène un grand confort au plan pédagogique en même temps qu’il contient des préconisations concrètes et utiles pour le management créatif.

Quatre grandes catégories de critiques pèsent sur la notion d’aptitudes à la créativité. Les deux premiers courants reprochent au fond à la notion de créativité sa prétention à expliquer des phénomènes ou des dispositions sans pouvoir le faire scientifiquement. Les deux autres séries d’arguments soulignent que les tests d’aptitudes fournissent des résultats caricaturaux ou figés qui ne permettent pas de tirer des leçons positives sur le long terme.

1.1 Le concept n’a pas de propriétés scientifiques

Cette série de critiques, de nature scientifique et conceptuelle, regrette que les concepts généralement utilisés soient flous et autoréférents, et que les résultats obtenus à l’issue d’expériences soient non reproductibles.

Certains auteurs ont pu relever, dès 1959, plus de cent définitions différentes de la créativité. La quantité de définitions irait à l’encontre de la qualité du corpus de connaissances ou d’expériences ainsi constitués, car la créativité correspondrait à une juxtaposition de " boîtes noires " dont le contenu formel risque d’être tautologique : " C’est parce quelqu’un est créatif que ses productions sont originales. Elles sont originales parce qu’il peut recourir à un processus d’invention et de découverte lui-même novateur. Il est novateur car l’inventeur ou le découvreur présente des dispositions à la créativité. Ce qui confirme qu’il est bien créatif ".
On connaît la réponse célèbre du psychologue français Alfred Binet, créateur de l’Echelle métrique de l’Intelligence, à la question qu’on lui posait régulièrement. " Alors, qu’est-ce que l’intelligence ? Eh bien, c’est ce que mon test mesure ! " (- En fait, Binet, mort en 1911 n’a jamais calculé de " QI ". Cette notion a été présentée, à partir des travaux de Binet, par W. Stern et popularisée quelques années plus tard par un autre psychologue américain : Lewis Terman -).

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