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Anthropologie du Management et des Organisations

Vendredi 18 Mai 2012
10:43

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Le Temps des Equipes et des Projets

2.30 Clarifier régulièrement les rôles, les missions et les fonctions des collaborateurs



1. Les organisations en devenir permanent

Les 4 Temps du Management
Les organisations ne sont pas indépendantes des environnements dans lesquels elles sont impliquées, des technologies qui les traversent et des hommes qui les animent. On parle à ce sujet de contingence. Elles sont susceptibles de subir de modifications substantielles lorsqu'un des trois facteurs est amené à changer. Pour les acteurs, cela se traduit au quotidien par des transformations significatives de leur identité. Leurs rôles, fonctions missions sont en constante transformation. Les organisations ne sont désormais des entités stables, elles sont en mutation et en métamorphose permanentes.

Dans des articles précédents, nous avons rappelé que les organisations avaient, d'un point de vue psychosociologique, au moins trois fonctions :
- Pour Eugène Enriquez, elles ont une fonction de " contenant ". Elles permettent de contenir les angoisses archaïques des acteurs qui déposent en elles " les parties indifférenciées et non déliées de leur Moi " (Bleger) ;
- Sainsaulieu nous rappelle qu'elles permettent de construire des identités. Elles fonctionnent comme des miroirs où chacun peut se construire une image de soi ;
- On peut aussi les considérer avec Freud comme des espaces de sublimation.

Dans les univers dérégulés que nous traversons, la constance de ces changements organisationnels permanents n'est évidemment pas sans conséquences sur les 3 fonctions que nous venons d'évoquer.

Les angoisses des acteurs n'étant aussi bien contenues que dans les modèles tayloriens, les identités deviennent incertaines. Les organisations étant moins structurantes, une plus grande initiative est laissée aux acteurs. Cela s'accompagne d'une plus grande autonomie d'action mais le revers de la médaille, c'est que cela crée des espaces non définies dont l'imaginaire des acteurs va s'emparer. Les sujets vont, alors, pouvoir laisser libre cours à leur désir en quelque sorte délié des contraintes institutionnelles. Ces interstices vont devenir des zones grises désinstitutionnalisés qui vont se remplir de fantasmes.

Ce déficit des conteneurs se traduira concrètement pour les acteurs par des confusions de rôles. Les identités n'étant plus régulées par un " tiers ", elles vont plus ou moins se mélanger, s'empiétant les unes sur les autres suscitant un risque de psychotisation des relations. On ne sait plus qui fait quoi ; parfois, celui qui agit peut même le faire à la place d'un autre. La conduite des acteurs n'est plus alors guidée par la rationalité mais par l'imaginaire aliénant archaïque.

Cette situation est vécue par les acteurs comme particulièrement anxiogène parce que c'est l'ordre symbolique de l'organisation qui est mis en péril. Avant cette mésaventure, c'était la rationalité qui semblait faire loi (ou du moins pouvait on le croire...). Avec l'irruption de l'imaginaire aliénant, c'est peut-être, le désir à l'état pulsionnel qui pourrait l'emporter. Ces processus sont particulièrement inquiétants pour les collaborateurs parce que simultanément ils sapent ce qui constitue la confiance et interrogent la logique de don toujours présente dans une communauté puisque selon Mauss, ces éléments sont à la source de la possibilité de l'alliance.

2. Les procédures ne suffisent pas pour (re)définir les identités des acteurs

Les 4 Temps du Management
Les managers ont bien compris l'importance de clarifier les identités des collaborateurs, mais la plupart du temps ils se limitent a une approche procédurale. Ils pensent qu'il suffit au mieux de décrire par écrit les fonctions pour que les identités se clarifient. Les démarches qualité, il est vrai, les confirment dans cette perception. Pourtant l'expérience prouve que cet exercice est largement insuffisant. Il ne permet en réalité que de se mettre en conformité de façon formelle avec des référentiels normatifs imposés. Cela se traduit par de magnifiques et volumineux documents qui n'ont pas pour autant l'efficacité attendue. 2 causes au moins peuvent expliquer cette difficulté :
- Les procédures reposent souvent sur une conception statique de l'organisation. Il ne s'agit que d'une photographie de l'organisation à un instant T. Les organisations évoluant en permanence, les descriptions faites sont très vite obsolètes. Par ailleurs, leur formalisation demande beaucoup de temps. On peut s'interroger sur le rapport temps investi / efficacité.
- Réduite à elle-même, la procédure ne permet pas la construction des représentations. La description, même très exhaustive, ne peut à elle seule permettre à un acteur d'avoir une compréhension suffisante des attentes de rôles que l'organisation peut avoir légitimement envers lui.

3. La dialogue managérial : une nécessité pour la construction cognitive des représentations

Les 4 Temps du Management
Nous avons déjà vu avec Hegel et Lacan que l'image de soi ne pouvait s'opérer qu'en miroir dans le regard de l'Autre. " La conscience de soi n'existe en effet que par le fait qu'elle existe pour un autre que soi " rappelle Hegel. Jean Foucart, sociologue transactionnaliste, confirme ce point de vue en expliquant que le lien social est le résultat de compromis tacites entre les acteurs. On comprend alors qu'il semble difficile de se passer de la Parole. La construction des représentations résulte donc avant tout d'un acte relationnel. Les identités ne peuvent se définir par simple décret. Elles sont le résultat d'une négociation entre des acteurs, qui doivent passer entre eux des accords : ce n'est donc pas un processus qui peut se déléguer.

Les managers ne sont pas toujours conscients de l'importance de cet investissement. Beaucoup pensent qu'il est possible d'en faire l'économie, sans s'apercevoir des conséquences que cette nonchalance peut avoir sur les conteneurs de la subjectivité de leurs collaborateurs. Ils méconnaissent aussi sans doute l'importance de la fonction d'étayage sur la performance des acteurs. Un collaborateur qui n'est ni contenu ni étayé doit en effet compenser par un travail psychologique personnel ce déficit. Tous n'ont pas toujours les ressources pour pouvoir le faire.

Il existe sans doute plusieurs explications pour comprendre cette " inconscience " :
- La plupart des managers ont souvent une formation technique et privilégient une approche mécanique des problèmes. Pour eux, un chat est un chat. Une procédure est un acte en soi qui devrait suffire. En attribuant à la procédure un pouvoir quasi magique, il la transforme en fétiche.
- Ils ont également le sentiment que cette activité prend du temps, temps qui pourrait être consacré a d'autres taches qui leur apparaissent comme plus urgentes.

Ces deux facteurs peuvent sans doute expliquer la réduction de cet exercice à la rédaction d'un document qui peut être déléguée à un tiers. Cependant, il s'agit bien de répondre à un besoin vital de l'organisation et des individus. Sans la reconnaissance de celui-ci et cet effort permanent de clarification partagée, la fonction structurante est défaillante et les acteurs s'installent dans une confusion où l'imaginaire aliénant prendra peu à peu le pas sur la rationalité.

4. Des outils simples de clarification des identités à revisiter régulièrement

Les 4 Temps du Management
A travers cette réflexion, il apparait que les procédures ont une utilité si et seulement si on les considère comme des objets de médiation. Pour que celles-ci puissent véritablement fonctionner comme " des opérateurs symboliques structurants " (Nifle), les supports utilisés doivent présenter au moins deux caractéristiques :
- Ils doivent être simples : la forme ne devrait pas l’emporter sur le fond. La relation a plus d'importance que ce qui s'écrit.
- Ils doivent être régulièrement revisités car l'organisation est en constante transformation.

D'un point de vue pratique, nous suggérons aux lecteurs avertis de s'inspirer de 3 outils simples dont nous avons régulièrement constaté l'efficacité :
- 1. La définition de fonction met en évidence à l'aide d'un histogramme, la répartition idéale ou attendue des principales activités liées à la mission ;
- 2. Le tableau d'évolution des principales activités de la fonction :
- 3. La matrice de définition des responsabilités très utile dans les processus et les projets.

Ces 3 outils sont accessibles en cliquant sur ce lien (réservé à nos abonnés). Les outils 1 et 3 ont déjà été présentés dans des articles précédents. Le tableau d'évolution des activités mérite une présentation plus spécifique. Il permet d'analyser sur la durée les transformations du contenu même des activités liées à la mission.

Activité 1 Activité 2 Activité 3 Activité 3 Activité 4 Activité 5 Activité 6
Période 1 : % % % % % % %
Période 2 : % % % % % % %
Période 3 : % % % % % % %
Période 4 : % % % % % % %

Sur la période 1, on indique le pourcentage de temps qu'occupe l'activité sur l'ensemble du temps de travail et ainsi de suite pour chaque période.

Contrairement à ce que beaucoup pourraient penser, il n'est pas nécessaire de chronométrer le temps réel. Il s'agit plutôt de recueillir le % de temps ressenti. On peut ensuite dans un second temps susciter une discussion entre les différents collaborateurs pour réajuster les identités.

Conclusion

Les 4 Temps du Management
On assiste aujourd'hui à une véritable inflation des procédures comme si elles avaient à elles seules le pouvoir de tout clarifier. En réalité elles ne sont qu'un support pour négocier les identités. Elles sont donc avant tout le résultat d'un compromis social entre deux acteurs qui ne peut s'opérer sans délibération.

Philosophie de l'identité (1)


Philosophie de l'identité (2)






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Commentaires articles

1.Posté par Yasmine MAIFIA le 15/02/2012 17:30
L’auteur met en évidence que La conséquence des changements externes qui surviennent dans l’environnement dans lequel l’organisation évolue tombe principalement sur le rôle de chacun des acteurs et de leurs identités au sein de cette dernière. Si avant, le modèle taylorien ne considérait pas l’aspect humain et psychologique, aujourd’hui ce n’est plus le cas, la flexibilité dans les structures des organisations laisse apparaitre une marge de manœuvre officieuse pour acteurs, cette dernières peut transcender les limites entre le rôle de l’acteur lui-même et celui des autres. Afin d’éviter ce genre d’incident, une clarification de l’identité et de la fonction à travers une description détaillé et procédurale de la fonction peut s’employée. Mais cela ne peut être efficace que dans un environnement stable ce qui n’est très souvent pas le cas, d’un autre coté, même si la description est détaillée on remarque assez souvent que l’activité de la personne dépasse les missions prédéfinies de la fonction exercée. Ce qui nous pousse à dire qu’il est préférable d’avoir une base qui détermine le rôle principal de chacun et ses fonctions au sein de l’organisation mais en même temps laisser une marge de manœuvre aux acteurs dans laquelle il est possible de modifier les activités en cas d’un éventuel changement grâce à la communication sans pour autant passer par des procédures et des redéfinitions de la fonction et de ses tâches ce qui pourrait prendre un temps considérable.

2.Posté par OVIZE Léonard le 18/03/2012 13:33
Dans le travail en entreprise, on peut remarquer que chaque étape de la chaine de travail est importante pour le bon fonctionnement de l’organisation. C’est pourquoi il est nécessaire que des managers encadrent et accompagnent chaque membre de l’entreprise. On peut voir en entreprise, que lorsqu’une activité ou un domaine d’activité s’essouffle, des conflits apparaissent et cela nuit à la productivité des salariés. Cette situation peut découler du fait que des salariés ne sont pas à leur place dans l’activité qu’ils exercent, car leur rôle n’est pas réellement défini. Le manager intervient pour comprendre et régler ce conflit, il doit placer les membres de ses équipes dans des fonctions qui correspondent à leurs compétences et leurs attentes afin qu’ils puissent être plus compétitif.

Pour répartir les rôles de chacun des collaborateurs, il faut être cohérent avec la stratégie de management et de contrôle des salariés. En effet, dans toutes organisations, des processus de suivi permettent l’analyse des activités les plus rentables. La rentabilité est en corrélation étroite avec le type de management de l’entreprise. C’est pourquoi chaque fonction doit être claire et définie , chaque collaborateur à un rôle précis qui doit être respecté. La mission du manager est alors d’avoir une vision globale des activités de son entreprise pour vérifier que toutes les tâches sont bien exécutées. Le suivi quotidien ou hebdomadaire des salariés, par des réunions sur l’état d’avancement des projets et des objectifs, représente un maillon indispensable de la chaine de travail. Quand le management est transparent dans l’entreprise, on remarque qu’il a une meilleure implication des salariés au sein de l’organisation.

Le salarié peut demander à tout moment à son manager de faire un point sur sa situation professionnelle, cela lui permet de savoir quelles sont ses perspectives et ambitions professionnel, ses possibilités d’évolution dans son domaine d’activité…
La clarification des rôles de chacun est indispensable, les salariés doivent être indépendant et comprendre leur mission dans l’entreprise. Quand ce processus est fiable, l’entreprise est plus pérenne, les secteurs de l’entreprise sont coordonnés et tous les collaborateurs comprennent le rôle indispensable qu’ils détiennent pour permettre le bon fonctionnement et les rentabilités de l’entreprise.

3.Posté par Christelle MONOD le 29/03/2012 13:23
Je pense qu’il est absolument indispensable dans une entreprise que les roles de chaqu’un soient bien definis. Le fait que les roles de chaque employes soient bien definis leur permet de d’etre plus a l’aise avec leur taches. Ils savent ce qu’ils doivent faire. Ils savent qui fait quoi. Les employes sont alors plus reactifs, plus efficaces. Ils savent a qui s’adresser pour telle ou telle taches. Ils seront alors beaucoup moins stresses. Ils se sentiront important dans l’entreprise puisqu’ils ont un role reel.

Afin que les roles soit clair, ils doivent tout d’abbord etre bien exprimes lors de l’embauche et de la redaction du contrat. Cependant, l’organisation sera amenee a evoluer grace aux facteurs de contingence. L’environnement, les technologies utilisees ou les ressources humaines de l’entreprise, ameneront cette derniere a evoluer. Ce qui implique egalement l’evolution des postes des employes. Les employes peuvent alors se trouver perturbes et perdus. Il est alors necessaire de faire des mises au point regulierement afin de bien redefinir les roles. Cela pourait se caracteriser par des petites reunions hebdomadaires afin de debriefer sur la situation et l’evolution de l’entreprise. Le manager peut alors en profiter pour repartir les taches a chacun.
Je pense que la repartition des taches doit apparaitre sur un tableau accessible par tous dans l’entreprise afin de clarifie la situation. Chacun sait alors qui fait quoi.

Le fait d’avoir les roles bien definie est egalement une maniere de montrer le cote professionnel de l’entreprise. Une personne ou une entreprise qui fait de tout, peut en realite sembler ne rien savoir faire.

La communication est alors extremement importante afin de garder un maximum de transparence dans l’organisation, ce qui va de paire avec l’efficacite et la reactivite.

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