Le manager doit occuper la place du chef. Si cette place n’est pas occupée, le groupe va passer beaucoup de temps à gérer ses angoisses. Il est donc essentiel que la fonction d’autorité soit exercée pour générer un comportement de sublimation, qui, conduira à une performance collective.
Cette figure d’autorité s’appuiera sur les premières " images " de l’autorité, à savoir, celle du père et celle de la mère.
Le manager, en effet, devra décider, arbitrer, fixer les objectifs à atteindre dans le
temps et dans l’espace. Il représente le principe de réalité. Il devra faire, également, respecter des règles entre les différents membres du groupe. En ce sens, il incarne la fonction symbolique du père. Il est celui qui invite au renoncement à soi-même, à la jouissance immédiate pour accomplir des actes " héroïques ". Il incarne " la Loi " autour de laquelle le groupe doit se structurer.
Par " Loi ", il ne faut pas seulement entendre les règles, mais aussi le sens, en termes d'objectifs à atteindre et donc de sens.
Maslow avait déjà bien identifié, en son temps, l'impact du sens sur les motivations des collaborateurs. Il expliquait qu'un collaborateur devient infatigable quand il comprend quel sens a son action.
L’anecdote suivante attribuée à
François Ier illustre bien cet aspect. Se promenant sur un chantier,
François Ier interroge 3 ouvriers. Il demande au premier: " Que faites-vous ? ". Celui-ci lui répond : " je transporte des pierres ". Un peu plus loin, il interroge le deuxième ; celui-ci lui répond : " je fabrique un mur ". Il continue son chemin et interroge le troisième qui lui répond : " Je bâtis une cathédrale ".
Cette histoire met bien en évidence la différence qu’il y a entre un salarié centré sur les tâches et celui qui est centré sur le sens de son action. La motivation et l’engagement du troisième acteur seront certainement plus importants que ceux du premier. Le troisième aura une représentation du sens de son action, alors que le premier n’aura qu’une vision mécanique de son travail.
Claude Lévy-Leboyer avait bien mis en évidence dans son livre
" La Motivation au travail " le pouvoir de l’expectation. La capacité à se représenter les buts à atteindre a un pouvoir déterminant sur le degré de motivation.
Mais si le manager doit centrer sur l'élaboration de la " Loi", en même
temps, comme la mère, il devra être à l’écoute de ses collaborateurs et de leurs difficultés. Il devra leur offrir une certaine présence pour les aider à réfléchir, à libérer leur potentiel d’intelligence et d’action. Comme la mère, il devra faire preuve de bienveillance et être un appui pour grandir. Par ailleurs, il est le garant de la coopération harmonieuse entre les acteurs et de la qualité du lien social. Il représente " la Foi ". C’est lui qui détermine les conditions de la confiance entre les acteurs.
A partir de ce modèle d’autorité, finalement assez archaïque, il est possible de mettre en évidence 4 styles de
management et 4 types de fonctionnement groupal.
Le style " pas d’état d’âme ", est centré avant tout sur les résultats économiques. Le respect absolu des ratios économiques constitue la référence absolue qu’il n'est pas envisageable de contourner. On retrouve souvent ce style de
management dans les entreprises anglo-saxonnes privilégiant la notion d’objectifs et très sensibles à la culture des résultats du fait du pouvoir important des actionnaires dans le gouvernement d’entreprise.
Ce style se développe également fréquemment dans les environnements économiques arrivés à maturité qui auront tendance alors à privilégier la recherche à tout prix de la rentabilité.
L’expérience montre que les styles de
management ne dépendent pas toujours de la personnalité elle-même des managers mais, sont contingents des environnements et des enjeux économiques dans lesquels ils évoluent.
Ce style est souvent vécu comme exigeant, voire dans certains cas, comme persécutant. Il peut générer des tensions entre les acteurs et susciter des régulations qui se feront alors sur le mode du conflit.
Un des grands avantages de ce modèle est la capacité à prendre des décisions claires et à clarifier avec rigueur les fonctions des acteurs.
Le style " fusionnel " consiste à prendre en considération toutes les demandes des salariés. Il est difficile de dire non, de prendre des décisions, de trancher et d’arbitrer. Le manager agit comme " une bonne mère " en cherchant à résoudre tous les problèmes des salariés. Il prend tout en charge et assume toutes les difficultés. Ce style n’est pas aussi confortable qu’on pourrait le penser. Il génère, en effet, souvent, une certaine confusion entre les acteurs qui ne savent pas à quoi s’en tenir réellement. Les décisions pouvant varier selon les circonstances. Il est difficile dans ce modèle de fixer des règles claires et structurantes. Les conflits ont tendance à être larvés.
Dans les cas pathologiques, on a tendance, pour ne pas déplaire, à pratiquer la langue de bois et à développer des attitudes plutôt politiques. Par ailleurs, ce style fait régresser les collaborateurs à des stades archaïques du développement humain.
Le style " Sans Foi ni Loi " est sans doute le pire des styles. On ne fixe pas de règles claires, ce qui permet de mieux manipuler ses collaborateurs. La devise est de diviser pour régner. On cultive une certaine ambiguïté pouvant être parfois qualifiée de perversité. Le point fort de ce style est de prendre le
temps d’analyser avec soin les situations avant de prendre les décisions.
Le style " Performance " est celui qui est le plus recherché. Il est à la fois rigoureux sur les objectifs et veille à préserver de bonnes relations entre les collaborateurs. Les angoisses sont contenues, ce qui permet aux acteurs de fonctionner avec une certaine rationalité et une coopération positive.
Un schéma pour résumer ce concept