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Management : Les 4 Temps du Management
Les 4 TEMPS du MANAGEMENT
Il est temps de réinventer le management

Le Temps de l'Action

1.32 Etes-vous atteint du syndrome de Diogène ?


1. Etes-vous porteur des symptômes de cette maladie psychiatrique ?

Une collègue m'a expliqué récemment que sa voisine très âgée avait une obsession. Elle partait tous les jours de bon matin pour remplir deux sacs des détritus qu'elle ramenait consciencieusement dans son appartement. Celui -ci devenait de plus en plus encombré et surtout de plus en plus malodorant. Cette personne présente un symptôme bien identifié en psychiatrie : " le syndrome de Diogène ". Cette pathologie se caractérise par le besoin d'accumuler toutes sortes d'objets inutiles dans son domicile. Elle porte aussi le nom de syllogomanie.

On peut se demander si cette description ne peut pas s'appliquer à certains comportements professionnels qui consistent à conserver sous formes diverses, toutes sortes de documents avec la conviction qu'ils seront utiles un jour ou l'autre.

Si d'aventure, vous constatez que sont déposés, autour de vous, de nombreux documents qui n'ont plus d'usage depuis longtemps, c 'est que probablement vous êtes porteur partiellement du syndrome de Diogène.

2. Comment désencombrer quotidiennement son espace de travail ?

Le principe de " désencombrement " met clairement en évidence combien l'accumulation de documents peut conduire à la confusion. La méthode ACTE propose 4 comportements clés pour tenter de sortir de cette situation :

- A comme Action : il s'agit de transformer l'information en Action

- C comme Classer : Un bon système de classement thématique est une nécessité. Rappelons que celui-ci peut se construire en utilisant des codes de couleurs ou des codes numériques ou alphanumériques. Il est conseillé de faire également une liste des thèmes choisis de façon à pouvoir la consulter lorsqu'on hésite pour ranger un document. Les agents d'assurances, du fait de contraintes juridiques très fortes ont souvent mis au point des systèmes de classement particulièrement performants.

- T comme Transmettre : l'information est faite pour être distribuée. Un de nos clients avait fort justement communiqué l'organigramme de sa société en indiquant sous chaque intitulé de fonction les thèmes clés suivis par chacun de ses collaborateurs.

- E comme Éliminer. On estime environs à 30% le nombre de documents chaque jour à éliminer. Après avoir sélectionner les documents sans importance , il s'agit de les jeter à la poubelle. Cela suppose d'être capable de s'en séparer. Si la décision est relativement facile à prendre, le passage à l'acte est toujours plus difficile et souvent interminablement différé. C'est qu'en réalité l'attachement à certains supports ne relèvent pas de rationalité mais qui pourrait provenir selon le psychanalyste Bleger du fait que nous déposons dans ces documents une partie de nos angoisses. Si l'attachement à ces documents est insurmontable il est toujours possible aujourd'hui de les numériser.

3. L'intensification du travail peut conduire à une saturation de l'esprit qui peut altérer la qualité de la vision

L'amoncellement de documents dans les différentes espaces de rangement physiques ou numériques peut conduire à la saturation de l'esprit. Non triées les informations constituent un stock de sollicitations non traitées. Elles entretiennent, visuellement, une certaine confusion de l'esprit. Ou, peut-être, à l'inverse sont elles au contraire l'expression d'une certaine " saturation cognitive " ?

Les deux hypothèses ne s'excluent pas et peut-être même se renforcent. Qu'elle qu'en soit l'origine, elles conduisent les individus à une forme d'intoxication ou indigestion cognitive qui génère habituellement " une rationalité plus limitée " associée à une de culpabilité latente du travail mal fini.

Le phénomène que nous décrivons n'est pas sans ressembler à ce que les physiciens appellent " la clustérisation " qui se définit comme " un rassemblement d'objets ". Lorsque les objets (les molécules), sont en quantité importante et très proche les unes des autres, on parle de densité forte et de cluster dur. Lorsqu'au contraire ils sont peu nombreux et éloignés les uns des autres, on parle de densité faible et de clusters mous.

Ce modèle est intéressant pour se représenter ce qui se passe dans l'esprit humain, lorsqu'il est confronté à des situations mentalement saturantes. La conscience est saturée d'injonctions non résolues qui conduisent peu à peu à ce qui ressemble à un état de " de panique sidérante ". Le langage populaire traduit bien cette situation : " J'ai tellement de choses à faire que je ne sais plus par quoi commencer " ou encore pour prendre une image plus proche de la métaphore du plongeur : " Je suis complètement noyé ".

Les plongeurs utilisent également le terme de saturation pour designer ce qui se passe au cours de la plongée en profondeur. Plus le plongeur descend, plus la quantité azote de l'air respiré, sous l'effet de la pression, va augmenter et s'accumuler dans le sang. Ce phénomène se poursuit jusqu'à l'équilibre des quantités d'azote entre le corps et l'air des poumons.

Mais les problèmes commencent quand le plongeur remonte vers la surface, la pression diminue et la solubilité de l'azote fait de même. Si le plongeur remonte trop vite, la quantité d'azote sera trop importante et ne sera suffisamment pas éliminée par les poumons. Ce processus entraînera la formation dans le sang de bulles d'azote qui peuvent entraîner un arrêt cardiaque. On appelle ce phénomène la " sursaturation critique ". C'est pour cette raison que les plongeurs doivent remonter par paliers pour assimiler puis rejeter progressivement ce surplus d'azote. .

4. Que faire pour désaturer son esprit et retrouver la vision " claire " ?

Comme les plongeurs, l'esprit humain ne peut pas survivre en permanence dans un milieu " toxique ". Il est nécessaire de temps à autres de revenir à soi. La méthode Templus a déjà identifié au moins deux " moments clés " :

- Le rendez-vous du temps quotidien avec soi-même qui consiste à choisir les activités et tâches qui seront accomplies dans la journée et qui constitue aussi un temps d'évaluation des choix opérés la journée précédente.
- Des Temps de classement avec la méthode ACTE pendant lesquels on remet de l'ordre dans le volume des informations qui nous ont été transmises
- Des " temps d'exceptions " qu'on décide de consacrer à des activités réparatrices. Ces temps peuvent être brefs. Ils relèvent généralement de la sphère privée. Il s'agit d'opérer un retour sur soi, en se libérant, même brièvement, des contraintes surmoiques ou trop idéalisantes qu'on s'est imposées ou qui nous ont été imposées.

Il est important d'avoir à l'esprit que l'excellence exigée par les organisations ne peut plus reposer sur le seul masochisme qui peut conduire à la " combustion de soi même " (Aubert).

5. Qu'est-ce qu'être à l'écoute de soi-même ?

Ne nous méprenons pas ! Il ne s'agit ni d'un appel au narcissisme ni à l'égocentrisme. L'homo oeconomicus est avant tout au service de l'action. Il ou elle a une oeuvre à réaliser. Il ou elle est engagé(e) dans des projets qui visent à transformer le monde. Il ou elle est nécessairement dans une tension créatrice.

Mais cette tension ne peut être permanente. Des temps de recomposition personnelle sont nécessaires. La difficulté porte sur la capacité du sujet à reconnaître ses propres besoins de repos avant d'entrer dans un état de stress trop prononcé et parfois irréversible. Il est humainement nécessaire de s'accorder des temps qualifiés par le compositeur et chef d 'orchestre Pierre Boulez de " temps de respiration " pendant lesquels il est possible de se recréer.

Les théories développées par Stephane Lupasco sur l 'énergie et le système psychique sont assez intéressantes pour décrire la dialectique qui s 'opère entre les forces d'actualisation et de potentialisation. Lorsque nous sommes dans l 'action, nous actualisons nos énergies, tandis que lorsque nous nous reposons nous potentialisons notre énergie. Tant que nous parvenons à équilibrer ces deux processus, le système psychique maintient son équilibre. Dans le cas contraire, l'équilibre est rompu et le système psychique se trouve alors confronté à deux problématiques : l' excès d'ordre (entropie) ou l'excès de désordre (néguentropie).

Dans les deux cas, les sujets sont alors confrontés à la souffrance. Dans le premier cas, " l'individu est en excès " (Aubert). Il fait l 'expérience d'une trop forte d 'hétérogénisation tandis que dans le second, " l'individu est en défaut ". Il est alors confronté a une expérience d 'homogénéisation et donc de banalisation (Diel).

L'hétérogénéisation conduit à l'agitation, tandis que l'homogénéisation à la dépression et à la somatisation des affects (troubles psychosomatiques). Une observation attentive de la façon dont nous mobilisons notre énergie dans le quotidien constitue la première étape d'une démarche de réappropriation. Lorsque nous sentons que nous entrons dans une phase d'hétérogénéisation trop prolongée, il serait souhaitable de s'accorder des " temps de respiration ". A l'inverse, si nous sommes placés dans des situations d'inhibition, le besoin de se remobiliser dans et par l'action se fera plus ou moins rapidement ressentir.

Un fois de plus, l'observation attentive de nos états de conscience " Ici et Maintenant " constitue un support pertinent pour consolider la lucidité. Si cet exercice paraît simple à comprendre, sa mise en oeuvre n'est pas sans difficultés car la relation que le sujet entretient avec lui même est largement déterminée par des normes sociales qui ont été privilégiées à travers ses apprentissages.

Dans le monde taylorien, le sujet est sous la dictature du Surmoi : il est encouragé à ne pas s'écouter. La figure traditionnelle de l'autorité invite à un dépassement de soi qui repose sur un renoncement masochiste. La sublimation passe par le refoulement aveugle de ses pulsions. Le terme aveugle n'est pas fortuit. Il renvoie à un processus qui se fait à l'insu du sujet, donc de façon inconsciente. On pourrait y associer également celui de " surdité " puisqu'en général, la doxa nous conseille " de ne pas s'écouter ". C'est même considéré, dans ce modèle, comme la condition pour réussir la sublimation (donc la performance).

Dans cet article, nous suggérons une autre voie que nous pourrions qualifier de sublimation consciente et régulée. Celle-ci constitue une alternative moins masochiste dans la mesure où elle invite le sujet à une régulation plus consciente et si possible plus régulière de ses énergies psychiques. Pour entrer dans cette conception, il est cependant nécessaire de considérer que la performance ne dépend pas seulement de l'intensité et de la quantité de souffrance éprouvée mais aussi de la capacité à gérer avec intelligence sa propre énergie personnelle.

Et vous, quelles sont les petites choses que vous mettez en oeuvre pour vous réparer et vous recomposer des expériences sûrement très hétérogénéisantes de vos univers professionnels ?


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