A l'heure où on parle de plus en plus de
développement durable,
Jean-Louis Servan Schreiber nous alerte, avec son livre intitulé
" Trop vite " sur ce mal qui traverse la société occidentale toute entière :
" Le court termisme ".
Nos vies professionnelles comme celles des entreprises sont devenues des denrées rapidement périssables. La durée de vie des produits comme celle des contrats de travail se raccourcit de jour en jour, tandis que les stratégies économiques se structurent autour des attentes " impatientes " des actionnaires.
Cette
réduction de l'horizon temporel s'accompagne d'une
accélération non pas du temps mais
des tâches à réaliser. Il faudrait faire en très peu temps ce qu'on imaginait avant parfois faire sur plusieurs années. Une création d'entreprise, par exemple, s'envisageait pour plusieurs générations. Aujourd'hui, un créateur se donnera un projet sur 5 ans en souhaitant vendre quand c'est possible à 3 ans.
Le temps qui nous est nécessaire pour accomplir les choses se rétrécit comme
une peau de chagrin ; Chacun est confronté à un double paradoxe:
faire plus de choses, plus vite, tout de suite ; en d'autres termes
l'impossible ! S'essayer à y parvenir relève donc du
pur masochisme, voire d'une
volonté l'auto-destruction inconsciente.
" Nous sommes aujourd'hui les passagers d'une voiture dont la portée des phares diminue en proportion de son accélération ".
Jean-Louis Servan Schreiber, une nouvelle fois, à travers ce paradoxe, nous interpelle sur la vie que nous menons non pas seulement individuellement mais aussi collectivement.
La solution ne peut évidemment relever de la pratique d'outils sophistiqués en matière de gestion du temps ; ceux-ci ne pourraient que renforcer notre
aliénation, si nous ne nous interrogions pas sur l'essentiel :
quelles sont les vraies priorités dans notre vie ? Sont-elles seulement celles que la société nous assigne ? Qu'est-ce qu'un objectif de vie véritable ? Qu'est-ce qu'un moyen ? Les deux sont souvent confondus.
Il est important pour chacun de répondre à ces questions s'il ne veut pas être pris dans cette angoisse vertigineuse décrite par le philosophe
Lipovetski, ou devenir un de ces trop nombreux consommateurs d'anti-dépresseurs comme le redoute le sociologue
Ehrenberg.
Une interrogation sur le temps, c'est finalement aussi une interrogation sur la vie qu'on veut mener en temps qu'individu comme en tant que professionnel.