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Anthropologie du Management et des Organisations

Dimanche 5 Février 2012
3:46
Editorial

Les managers peuvent-ils se passer de l'utopie ?


Les 4 Temps du Management
Muhammad Yunus, le nouveau prix Nobel de la Paix 2006, est né au sud du Bengladesh, un des pays les plus pauvres du monde. En 1974 quand il commence à enseigner, son pays est en proie à une terrible famine. Il ne supporte plus d’enseigner " d'élégantes théories économiques dans une classe, pendant que des gens étaient en train de mourir dans les rues ". " Il se met alors à rêver à la création d’un monde sans pauvreté ".

M. Yunus commence alors à prêter 27 dollars à un groupe de 42 femmes du village de Jobra, à proximité de son université. Et ça marche : les femmes s'achètent des petits équipements, gagnent en autonomie, et enfin, elles remboursent. Le système du micro-crédit est né.

Aujourd’hui la banque " Grameen " qu’il a créée, a soutenu près de 6,6 millions de clients bangladais (dont 96% de femmes) avec des prêts remboursés à 99%. La banque est présente dans 50000 villages, et 5,7 milliards de dollars de prêts ont été déboursés depuis sa création. De quoi faire pâlir les banques traditionnelles, qui jamais n'auraient osé côtoyer telle clientèle.

Le concept du micro-crédit s’est répandu dans le monde et touche près de 100 millions de personnes. Il n’est certes pas une solution miracle, mais il offre une option possible aux plus démunis.

Le 28 août 1963, Martin Luther King prononce un discours légendaire " I have a dream ". Il révèle l'espoir des noirs américains, celui d'un monde sans discrimination. Ses actions sont loin d'être infructueuses puisque Kennedy promulgue une loi sur les droits civils annihilant la ségrégation raciale dans les écoles mais aussi dans le monde du travail. Assassiné lors d'une " marche des pauvres " le 4 Avril 1968, le combat de Martin Luther King se poursuit malgré son absence.

Sylvain Darnil et Mathieu Le Roux, deux étudiants d'HEC sont partis, dès leur diplôme en poche, faire le tour du monde à la recherche d’hommes et de femmes exceptionnels. Ils ont rencontré des entrepreneurs, des architectes, des chirurgiens, des banquiers, qui réinventent leur métier et créent des entreprises faisant non seulement du profit mais, en plus, socialement utiles. Ils nous montrent dans leur livre revivifiant " 80 hommes pour changer le monde " (Editions de Poche - 2006) comment des hommes et des femmes ont réussi à construire le monde dont ils rêvaient au lieu de subir ce qui existe.

L'imagination, l'espérance, la générosité, le sens de l'Autre ont été trop longtemps " maltraités " au profit de la rationalité gestionnaire et de ses ersatz. Ce sont pourtant elles qui sont à la source de la dynamique entreprenariale et de la vitalité des acteurs.

Philippe Trouvé, Directeur de Recherches à l'ESC, Docteur en Sociologie et enseignant à l'Université d'Auvergne nous propose, en avant première, un article décapant sur cette question.

En étudiant quelques réussites spectaculaires dans l'histoire du management, il nous montre qu'un entrepreneur qui réussit est finalement souvent un entrepreneur qui a su proposer à ceux qui l'entourent " une utopie réalisable ".

Si l'on veut que l'entreprise soit une " cité en armes ", elle ne peut faire l'économie d'une ambition ni d'une vision de l'avenir. Dans un monde en confusion, ce qu'on demande aujourd'hui à un manager ce n'est plus d'être un bon comptable, mais " un prophète potentiel ".

Nous en profitons pour signaler que d'autres chercheurs " académiques " sont en train de nous rejoindre pour partager leurs connaissances. Avec cette lettre N°4, nous commençons enfin à réaliser la vocation de cette revue : mettre en relation des chercheurs académiques avec des hommes et des femmes d'action qui, tous les jours, sont les véritables créateurs de l'histoire " économique ".

C'est ainsi que les lecteurs trouveront à la fin de l'article " Comment gérer plus efficacement sa messagerie électronique " un article de Pascale Borel, Pascal Hortefeux et Pascal Legrand, Lionel Pradelier, professeurs chercheurs au groupe ESC qui nous présentent le résultat de leur recherche sur l'utilisation du bon usage de la messagerie électronique.

A voir absolument : 80 hommes pour changer le monde




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Commentaires articles

1.Posté par ChareyreGérard le 16/12/2006 06:59
Entièrement d'accord avec votre analyse
http://innovation-plastic.com

2.Posté par Bellion le 16/12/2006 07:53
Bravo pour tous vos articles ! Cependant, utilisant le mot UTOPIE, me permettez-vous d'attirer votre attention sur la signification de ce mot : ce qui n'est pas possible géographiquement ! Or vous nous parlez du temps !!!!! Aussi, que diriez-vous de réactualiser le mot UCHRONIE : qui n'est pas possible sur l'axe du temps !
Bien cordialement
Fortuné Bellion

3.Posté par Faustin MOLOLO MOLSON le 23/02/2007 12:00
L'histoire nous apprend que les grands révolutionnaires ont toujours étés au début des hommes seuls et les grandes révolutions ont toujour été au début des grandes utopies.
Seuls, le courage et la persévérence de leurs auteurs ont permis leur réalisation.
Dans ce monde en perpétuelle transformation, la notion d'innovation doit jouer un rôle prépondérant dans le chef des managers pour sortir des sentiers battus.
Mais pour passer d'imaginaire à la réalité, dans le cas qui nous concerne ici, une approche sociale et humaine pourra nous aider à positiver la participation des bénéficiaires.
Certaines idées sont restées utopiques car leurs auteurs n'ont pas eu le goût du risque !!!
L'utopie, une exigence pour le manager qui veut innover...

4.Posté par Virginie REDIEN le 28/02/2007 08:48
Théodore Monod a écrit quelque chose se rapprochant de : "l'utopie est-elle l'irréalisable ou bien est-ce l'irréalisé ?". Ainsi, aujourd'hui, bon nombre se cache derrrière le sens généralisé du terme pour ne pas agir. Je rejoins donc Faustin pour dire qu'il faut prendre des risques (= ne pas se laisser paralliser par les énergies freinantes) pour innover, créer le changement.

5.Posté par paule marcelle akpoué le 02/06/2009 21:10
L’utopie ou encore la représentation d’une réalité idéale, est très utile parce quelle permet au manager de se projeter dans le futur de manière active c'est-à-dire en cherchant à atteindre cet idéal. Mais encore faut t’il qu’il se donne le moyens de transformer ses rêves en réalité et que cela ne reste pas sur le plan de l’irrationnel. Pour cela il doit allier les anciennes qualités d’un bon manager « bon comptable » et cette nouvelle variable « prophète potentiel » parce que pour les futurs managers que nous sommes, rompre avec les méthodes apprises jusque la en l’occurrence « la rationalité gestionnaire » s’avérera quelque peu difficile. Il sera plus judicieux d’aller pas à pas, et donc d’incorporer un peu d’utopie dans nos esprits.
Cependant, cette utopie dont a besoin le manager est elle cultivable ? Ne nait t’elle pas de situations extrêmes auxquelles est confronté l’individu ?

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