La stratégie de l’océan bleu repose essentiellement sur la nécessité de sortir du cadre concurrentiel classique. Kim et Mauborgne nous propose 6 pistes d’actions pour cela.
1°) Explorer les solutions alternatives présentes sur le marché.
Cet aspect de la théorie développée par les auteurs de la stratégie de l’Océan bleu peut sembler contradictoire avec le scepticisme qu’ils affichent à propos du benchmarking dans la mesure où ils nous incitent à observer les autres offres faites par les concurrents (p : 57), en particulier les offres qu’ils qualifient d’alternatives. Mais cette observation ne doit pas déboucher sur une imitation. Elle doit permettre, au contraire, de créer une différence encore plus significative.
Les questions qui peuvent faire émerger des idées alternatives sont les suivantes :
- " Quels sont les secteurs alternatifs qui existent dans votre secteur ?
- Pourquoi les clients optent tantôt pour une solution, tantôt pour une autre ? C’est en se penchant sur les raisons de leurs choix et en atténuant ou excluant tout le reste qu'il devient possible de créer un nouvel espace stratégique ".
2°) Explorer les solutions stratégiques présentes sur le marché.
La 2° piste proposée constitue, elle aussi une invitation à sortir du cadre. Il s’agit maintenant d’observer non pas les concurrents isolément mais " les groupes stratégiques ". Ces groupes désignent " chaque ensemble d’entreprises d’un même secteur qui suivent une stratégie similaire ".
Au lieu de se contenter de chercher à améliorer sa position concurrentielle au sein d’un même groupe, il est important de " comprendre les facteurs qui incitent les clients à changer de groupe ", en sens ascendant ou en sens descendant.
Daimler Benz,
BMW,
Jaguar, positionnés principalement sur le marché des voitures de luxe, auraient donc tout intérêt à chercher des idées chez les constructeurs de petites cylindrées.
Les questions qui peuvent faire émerger des idées alternatives sont les suivantes :
- " Quels sont les groupes stratégiques de votre secteur d’activités ?
- Qu’est-ce qui pousse les clients à changer de groupe, en sens ascendant ou en sens descendant ? "
3°) Explorer la chaîne des clients utilisateurs.
Le client n’est pas toujours celui qui paye. Il est important de bien identifier qui sont les utilisateurs finaux du produit et leurs prescripteurs. " Un regard transversal sur les multiples groupes d’acheteurs en présence conduit parfois à changer de cible et donc à modifier la courbe de valeur de l’entreprise ".
Novo Nordisk est un laboratoire danois qui a bouleversé le marché de l’insuline. Au lieu de se concentrer sur les médecins, le laboratoire a choisi de se concentrer sur les patients eux-mêmes. C’est ainsi qu’il a inventé le stylo Novo Pen en 1985 qui permet aux patients diabétiques eux-mêmes de s’injecter, en toute discrétion, les doses d’insuline dont ils ont quotidiennement besoin. Le Novo Pen a remplacé la gêne occasionnée par l’utilisation compliqué et spectaculaire des seringues médicales. Novo Pen en 1999 a même perfectionné son système en lançant sur le marché un stylo avec une mémoire électronique affichant la dose de la dernière injection et le temps écoulé.
Novo Pen a redessiné le paysage pharmaceutique en passant de fabricant d’insuline à une société spécialisée dans le traitement du diabète. Aujourd’hui, le laboratoire Novo Pen détient plus de 60% du marché européen et près de 80% du marché japonais.
Les questions qui peuvent faire émerger des idées alternatives sont les suivantes :
- " Quelle est la chaîne des clients dans votre secteur d’activité ?
- Quel groupe de clients les entreprises de votre secteur ciblent-t-elles en priorité ?
- Comment pourrions-nous libérer un potentiel inexploité si on changeait de cible ? ".
Si nous appliquons cette piste à la Lettre les 4 Temps du Management, il apparaît que les managers ne sont finalement pas les seuls groupes de clients. Les formateurs et enseignants en management peuvent constituer également un autre segment à développer. Nous envisageons d’ailleurs prochainement de faire une offre spécifique à cette catégorie de clients à laquelle nous n’avions absolument pas pensé au départ en éditant cette lettre.
4°) Explorer les produits et les services complémentaires.
Lorsque la
FNAC lance dans ses magasins un espace détente café et un espace conférence, elle devient plus qu’une librairie car elle propose aux clients de passer aussi un bon moment de détente dans une ambiance culturelle inédite.
Dyson vend des aspirateurs sans sac qui évite aux clients le renouvellement fastidieux et toujours incertain de l’achat de sac de remplacement.
L’entreprise
Nespresso invente les petites dosettes de café pour rendre plus facile et moins salissante l’utilisation d’une cafetière.
Il s’agit ici de proposer des produits ou des services complémentaires qui créent une valeur supplémentaire pour le client. Il suffit, pour cela, de définir la solution d’ensemble que recherche implicitement le client. " Un moyen simple pour y parvenir, consiste à réfléchir à tout ce qui se passe avant, pendant, et après l’utilisation du produit ou du service ". Si on prend cet axe de réflexion, par exemple, en l’appliquant dans le domaine du cinéma, on s’aperçoit qu’il existe encore des marges de manœuvres encore inexplorées, comme prendre en charge la garde des enfants pendant la séance ou réserver une place de stationnement avant la séance pour réduire la recherche souvent crispante d’une place pour se garer ; surtout en milieu urbain.
Les questions qui peuvent faire émerger des idées alternatives sont les suivantes :
- Dans quel cadre votre produit est-il utilisé ?
- Que se passe-t-il avant, pendant et après l’utilisation ?
- Avez-vous identifié les sources de désagréments ?
- Pourriez-vous les supprimer au moyen d’une offre produits ou de services complémentaires ?
5°) Explorer le contenu fonctionnel et émotionnel du secteur
La réflexion sur le degré de rationalité ou d’affectivité mis en jeu dans les activités stratégiques de l’entreprise est aussi un moyen de sortir de l’océan rouge et peut permettre de trouver des alternatives intéressantes.
Swatch a contribué à transformer les montres bas de gamme en accessoire de mode à forte charge affective.
Mac Do en rationalisant à l’extrême son processus de fabrication a pu offrir des prix attractifs et une offre produits de qualité alimentaire stable quel que soit le pays dans le monde.
Les questions qui peuvent faire émerger des idées alternatives sont les suivantes :
- " Qu’en est-il de votre secteur d’activité ?
- Les efforts compétitifs tournent-ils autour du fonctionnel ou de l’émotionnel ?
- Si c’est l’émotionnel, quels éléments pourriez-vous éliminer pour accentuer le coté fonctionnel de votre offre ?
- Si c’est le fonctionnel, quels éléments pourriez-vous ajouter ou retrancher pour accentuer le coté émotionnel de votre offre ? "
6°) Explorer le temps par projection des grandes tendances.
Aucun secteur n’échappe évidemment au futur. Il est important d’identifier les grandes tendances pour prévoir les nouveaux produits, services ou modes de consommation. " Il ne s’agit pas de prédire le futur, mais d’extraire le sens des tendances observables ". C’est ce qu’a très bien fait
Apple. en proposant avec le logiciel
Itunes et ses
Ipod un accès facile et légal aux fichiers de musique. C’est peut-être, à l’inverse une insuffisance de prospective qui a généré la crise du secteur automobile qu’on connaît ; cette industrie continuant à proposer des modèles de plus en plus sophistiqués et puissants alors que la clientèle se tourne vers l’achat de véhicules plus propres et utilisant des énergies moins polluantes.
- Quelles tendances actuelles vous semble irréversibles, susceptibles clairement d’influencer l’avenir de votre secteur d’activité ?
- En quoi cette influence consisterait-elle ?
- Et comment en profiter pour offrir au client une utilité sans précédent ?
Les 6 pistes évoquées ici n’ont qu’un seul but, permettre aux concepteurs de la stratégie de " sortir des limites habituelles du champs compétitif pour redessiner de nouveaux espaces stratégiques ou pour recomposer les réalités des marchés existants ". L’essentiel est surtout de sortir d’une concurrence frontale.