On peut distinguer deux types de structuration :
- Une structuration verticale dont la vocation est de donner un cadre général de l'entreprise.
- Une structuration horizontale qui s'intéresse à la transversalité des processus que mettent en oeuvre les entreprises pour satisfaire les clients.
2.1 Eléments théoriques inspirant les méthodes de structuration verticale :
Plusieurs auteurs hésitent, et non des moindres, à définir la notion d'organisation
(Rojot).
Gareth Morgan propose d'utiliser la légende des 6 aveugles et de l'éléphant pour tenter de le faire. Il compare l'organisation à un éléphant qui serait touchée par 6 aveugles. " Le premier aveugle, palpant une défense, déclare que c'est une lance ; le second touchant les flancs de l'animal, prétend qu'il s'agit bien plutôt d'une muraille. Le troisième, qui explore des doigts une patte, croit avoir affaire à un arbre, tandis que le quatrième, tâtant la trompe de l'éléphant, pense que c'est un serpent. le cinquième, lui, qui s'agrippe à une oreille de la bête, lui trouve une ressemblance certaine avec un éventail, et le sixième, attrapant l'éléphant par la queue, est sûr d'avoir une corde entre les mains " (Extrait du livre de
Gareth Morgan " Images de l'organisation " p 400 à 401- Eska - 1989 - 556 p)
Visitons quelques auteurs pour nous éclairer sur cette question :
Pour le sociologue
Michel Crozier, l'organisation est la réponse au problème de l'efficacité collective. La question, en effet, est de faire travailler ensemble des acteurs dans le but d'accomplir une performance. Cette dynamique collective est rarement naturelle. Elle passe par la mise en place d'un système qui favorise un processus de sublimation le collectif.
Sans système, sans structures minimales, les groupes humains seraient tentés de fonctionner sur un mode de rivalité permanente comme le pense
Freud dans
"Totem et Tabou". S'appuyant sur le livre
" Psychologie des foules " de
Gustave Le Bon, le groupe fonctionnerait de façon impulsive et émotionnelle. " Elle ne supporterait aucun délai entre son désir et la réalisation de ce qu'elle désire... ".
Didier Anzieu, psychanalyste, reprenant cette hypothèse va encore plus loin en disant qu'un groupe qui n'est pas structuré fonctionne " en état de rêve ".
Les groupes humains ne peuvent se passer de structure. C'est à
Lévi-Strauss qu'on doit le mérite d'avoir mis en évidence que toute société fonctionnait sur un nombre minimum de règles implicites, dont l'étrange caractéristique est d'être toujours inconscientes : règles de la parenté, règles alimentaires, rituels pour gérer les grands événements de la vie humaine, etc. Le comportement des acteurs dépend donc en partie des structures du système dans lesquels ils sont impliqués.
Toute collectivité pour vivre dans un minimum de solidarité et de coopération durable a besoin de structurer une organisation sociale minimale. Une entreprise est confrontée à des enjeux concurrentiels ; elle se doit d'être performante. Pour cela elle doit devenir " une cité intelligente "
(Pierre Levy).
Il a fallu l'arrivée de la cybernétique avec
Herbert Simon dans les années 1960, pour montrer la puissance d'un système. Un système, les relations entre les acteurs et, par conséquent, leur efficacité dans l'action. C'est une dimension, par exemple, qui n'échappe pas aux équipes de sport de haut niveau qui s'interrogent sur la place des joueurs sur le terrain afin de rechercher la meilleure synergie.
Georges Nizard, s'inspirant des travaux d'
Edgar Morin s'interroge sur la nécessité de développer une écologie de l'organisation qui " consisterait " à se demander comment organiser au mieux " un ensemble social afin qu'il puisse s'adapter et survivre dans un environnement amical, indifférent, voire hostile ". Il nous propose de considérer l'organisation comme " la capacité qu'aura un collectif à surmonter les difficultés et les contraintes, à vaincre les périls et les hasards inattendus, à inventer les réponses surprenantes et inédites ".
Edgar Morin nous invite à ne pas penser l'organisation comme un système simple mais complexe dont les éléments en interaction dynamique. Un système n'est pas un vase clos mais en étroite interdépendance avec son environnement. Une cohérence doit même exister entre la nature de l'environnement et le type d'organisation choisie. En cas de négligence, c'est la condamnation irrévocable car le système produira des réponses inappropriées qui se traduiront par des aberrations qui ne seront pas supportées par les marchés.
Le physicien
Stéphane Lupasco insistera sur l'aspect dynamique d'un système. Cette dynamique reposera sur la nécessité de maintenir un équilibre " contradictoire " entre les forces d'homogénéisation et des forces d'hétérogénisation. Si les unes prennent le dessus sur d'autre, le système s'auto détruira, soit par la tendance au maintien de solutions passées dans le premier cas, soit dans la diversification folle dans le second cas. Tout système est le résultat, toujours précaire, d'une opposition entre l'Ordre (Néguentropie en physique) et le désordre (Entropie). Il est donc particulièrement important de rester vigilant et d'intégrer le message du second principe de la thermodynamique : " Il y a et aura toujours, dans le
temps, une dimension de dégradation, de dispersion dans un système. Nulle chose organisée ne peut échapper à la dégradation, la désorganisation, la dispersion. Nul vivant ne peut échapper à la mort. Les parfums s'évaporent, les vins s'éventent, les montagnes s'aplanissent, les fleurs se fanent, les vivants et les soleils retournent à la poussière... "
Pour définir le meilleur système dont l'équipe, l'entreprise a besoin pour développer la performance collective, nous pouvons nous appuyer sur des modèles. Ces modèles ne sont pas toujours utiliser, tels quels, mais ils peuvent être une source d'inspiration pour construire l'organisation la plus pertinente, c'est-à-dire, adaptée aux menaces et aux contraintes de l'environnement.
Mintzberg propose une nomenclature intéressante pour décrire et structurer un système organisationnel. Il distingue 4 types de paramétrage :
1. Les paramètres de conception de la superstructure qui permettent de définir le nombre et la mission des Unités Elémentaires de Travail (UET) dont l'entreprise à besoin pour remplir sa mission.
2. Les paramètres de conception des postes qui visent à spécialiser le travail et formaliser les comportements professionnels attendus.
3. Les paramètres de liaison qui permettent l'ajustement mutuel des UET et des 5 éléments de base : Le sommet stratégique (La direction et les cadres de direction), la ligne hiérarchique (Les managers de proximité), le centre opérationnel (Ceux dont le travail est directement lié avec la production de biens et de services), la technostructure (Ceux qui analysent le travail des autres), les fonctions support-logistique (Interviennent indirectement et de façon extérieure. Exemple : Service GRH).
4. Les paramètres du système de prise de décision plus ou centralisée ou décentralisé.
Enfin pour terminer, citons les analyses très originales des sociologues cliniciens comme
Eliott Jacques (1955),
E. Enriquez (1974),
V. de Gaulejac,
N. Aubert (1985) qui conçoivent l’organisation comme " un contenant des angoisses archaïques " des parties indifférenciées du Moi. C’est aussi un système " managinaire " qui produit des idéaux à intérioriser. Cette approche est suffisamment intéressante pour y consacrer un numéro spécial.
L’impact d’une organisation " pertinente " est considérable sur le fonctionnement d’un collectif de travail. C’est elle qui inspire le comportement collectif autant que la volonté des individus. Cette dimension, dans les pays d’Europe du Sud est sérieusement sous-estimée, ce qui peut compromettre la compétitivité des entreprises. Dans la compétition mondialisée, le design d’une organisation est aussi important que le fait d’avoir des chaussures adaptées pour un athlète de haut niveau. Peux-t-on gagner un 4 x 100 m ou même un marathon avec des sabots ?
2.2 Eléments théoriques inspirant les méthodes de structuration horizontale :
Les modèles utilisés par les théoriciens de la structuration verticale sont utiles pour donner un cadre général mais cette approche s’est avérée insuffisante sur le plan de l’action car, soit trop globale, soit valorisant trop le principe hiérarchique.
A la recherche d’une plus grande " coopération entre les acteurs ", de grandes entreprises comme Xerox, General Electrique, Motorola, etc.… se sont interrogées sur la nécessité de développer une plus grande transversalité. C’est ainsi qu’est né le concept " d’entreprise horizontale ".
Pour
Frank Ostroff:, fondateur du concept (1999),
" l’entreprise horizontale " doit avant être au service du Client. Elle doit pour cela réfléchir son offre en terme de " Valeur Client ". L’entreprise doit être en mesure de connaître clairement les attentes du Client. " Fournir au client ce qu’il attend " est la vocation même de toute entreprise. Elle doit mettre en œuvre pour cela des processus coopératifs entre les acteurs indépendant de leur affectation " institutionnelle ". Ce que doivent privilégier les salariés c’est le processus " Client " plutôt que le service dans lequel, ils sont inscrits.
L’entreprise horizontale doit être " organisée autour de groupes de processus " soucieux de coordonner leurs efforts pour optimiser la valeur de ce qu’il fournit aux clients. Il s’agit en fait de rassembler de façon virtuelle les collaborateurs sur les attentes des clients afin de créer une communauté de conscience. Cette dynamique rendra moins prégnante la dimension hiérarchique et permettra de responsabiliser collectivement un groupe d’individus.
Certains managers ont naïvement interprété ces théories au moment de leur apparition en pensant qu’il fallait se passer d’organigramme ou plus simplement de la structuration verticale.
Les promoteurs de l’entreprise " horizontale " n’ont jamais pensé qu’il fallait se séparer de la structuration verticale mais qu’il fallait développer des formules " hybrides " qui associent la dimension verticale et horizontale. Leurs propos sont très clairs à ce sujet " En mettant en évidence, le squelette de l’organisation, les organigrammes permettent d’identifier rapidement les fonctions qui sont exercées. La manière dont ces fonctions sont regroupées et les rapports d’autorité existant entre les divers services et individus en présence ". (Ostroff p4).
Ostroff en souligne cependant clairement les limites :
" Au lieu de chercher avant tout à conquérir le client en lui offrant de la valeur, les divers services de l’entreprise vivent repliés sur leurs objectifs internes.
Des informations importantes se perdent en chemin, au fil de leurs innombrables allers-retours entre les divers niveaux hiérarchiques et services de l’entreprise.
Les objectifs de performance de l’entreprise se diluent dans l’océan des objectifs spécifiques et fragmentés des différents services.
La fragmentation excessive des tâches et des services génère des coûts de coordination importants.
La créativité et l’esprit d’initiative des employés situés en bas de la pyramide sont muselés ".
Dans une économie concurrentielle, l’entreprise doit développer des qualités de rapidité, service, flexibilité. La démarche par processus est la réponse à ce problème.
Un processus " clé " ne doit pas se confondre aux nombreux processus opératoires, que met en œuvre une entreprise qui s’apparente davantage aux procédures. Un processus clé, est lien direct " avec les objectifs de performance globale de l’entreprise qu’elle a définis dans le cadre de sa stratégie. Une entreprise ne compte généralement que 3 ou 4 processus clés. Ces processus sont les catalyseurs qui transforment une entreprise verticale en entreprise horizontale et canalisent toutes les énergies vers l’objectif ultime la satisfaction client ".
Le modèle de l’entreprise verticale a eu son heure de gloire à une époque où l’environnement économique était relativement stable et prévisible. Aujourd’hui l’environnement est complexe et turbulent. Nous avons plus besoin que les salariés s’associent pour servir le client plutôt qu'ils luttent entre eux pour obtenir la reconnaissance de leur chef.
Les 10 grands principes de l’entreprise horizontale
1. L’entreprise horizontale est organisée autour de processus clés transversaux, et non autour de tâches ou de fonctions.
2. Des responsables de processus assument d’un bout à l’autre la responsabilité de chaque processus clé.
3. L’unité de base de l’entreprise n’est plus l’individu, mais l’équipe.
4. L’entreprise horizontale limite l’importance de la hiérarchie en éliminant les tâches non porteuses de valeur ajoutée.
5. L’entreprise horizontale travaille en étroite collaboration avec ses clients et ses fournisseurs.
6. L’entreprise horizontale responsabilise les employés en leur fournissant les outils, les compétences, la motivation et les pouvoirs nécessaires pour adopter les grandes décisions influant sur les performances de leur équipe.
7. L’entreprise horizontale a recours aux NTIC pour soutenir les employés dans l’atteinte de leurs objectifs de performance.
8. L’entreprise horizontale insiste sur la poly compétence et la polyvalence des salariés et met en place les actions de formation qui vont dans ce sens.
9. L’entreprise horizontale valorise la diversité, la créativité et la réactivité au sein des équipes.
10. L’entreprise horizontale s’appuie sur la mesure de la satisfaction client pour évaluer le niveau de la performance.
11. L’entreprise horizontale crée une culture d’entreprise fondée sur la transparence, la coopération et l’autonomie des acteurs.