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Le retour du paternalisme? Qu'en pensez vous?
Maranello Village a été inauguré le 23 novembre 2006 par Jean Todt, directeur de Ferrari. Ce quartier est exclusivement réservé aux employés de Ferrari Village et propose 120 appartements. Il se situe à quatre kilomètres de l’usine, à Pozza di Maranello et est relié à l’usine par une piste cyclable.
Maranello Village propose des appartements pour les employés de l’usine Ferrari, comme Michelin pouvait le faire en son temps à Clermont-Ferrand. Tout est pensé pour que l’employé évolue dans l’univers Ferrari et qu'il vive avec l’usine pour laquelle il travaille. Bien sûr les murs sont rouges. Aussi, des photos de l’entreprise sont apposées sur les façades des habitations. Ces photos illustrent quatre grands moments de l’histoire Ferrari : le triplé Ferrari des 24 heures de Daytona 1967, la victoire au championnat des pilotes de F1 en 1975, la joie des mécanos Ferrari sur le muret des stands au grand prix de Suzuka 2004 ou encore le départ des 24 heures du Mans 1966. Ce sont donc des moments forts de la vie de l’usine, symbolisant la réussite et la cohésion d’une équipe performante. En outre, les restaurants s’appellent Paddock et Pit Lane, personne ne pourra oublier, le temps d’un repas, pour qui il travaille…
Le président de Ferrari, Luca di Montezemolo, résume que « ceci est fait dans le but d’améliorer au maximum les conditions de travail des employés afin de se rapprocher de l’excellence finale visée par la marque pour ses produits. »
Tout ceci ressemble effectivement au mode de vie que pouvaient avoir les salariés de Michelin il y a quelques décennies à Clermont-Ferrand. Je dis 'pouvaient' car la population clermontoise Michelin a diminué de moitié depuis les années 1970 passant de 30 000 à 14 000 aujourd'hui. Les vestiges de l'époque sont encore présents. Si vous allez dans des quartiers tels que La Plaine vous verrez les traces de cette 'petite ville dans la ville' avec ses allées de maisons mitoyennes et son église ouvrière récemment rénovée.
Retour du Paternalisme ? Cela y ressemble fort mais rien de comparable avec les 'villes' Michelin. Cependant, le but est le même : on entre ici dans la sphère privée des salariés en leur offrant des logements 'tout' Ferrari. Ainsi, on les contrôle mieux. Plus d'excuses pour arriver en retard. Plus d'excuses non plus pour ne pas penser et vivre Ferrari.
Sans vouloir jouer les réactionnaires, je ne pense pas qu'à long terme ce type d'initiatives puisse être favorable à la productivité des salariés. Pour moi, il est nécessaire d'avoir une distance, une séparation entre son emploi et sa vie privée, et cela commence par son lieu de résidence. Imaginez, vous sortez d'une dure journée de boulot et vous vous retrouvez chez vous, vos bâtiments sont d'un rouge pêtant et vous avez pour unique décor des enseignes représentant des courses mythiques Ferrari. Quel cauchemar !! Certes, je ne suis pas du tout attirée par ce monde et mon point de vue est un peu catégorique. Cependant, je pense que je réagirais de la même manière pour un autre secteur. Je ne pense pas que le paternalisme tel qu'il était à l'époque Michelin soit viable dans notre société actuelle. Peut-être que je me trompe...
Il me semble que le retour du paternalisme apporte ses bénéfices comme ses limites, aussi bien pour les employés en jouissant que pour les dirigeants le promulguant.
Tout d’abord, le sentiment d’appartenance à une même famille qui s’en dégage inhibe les envies de trahison. Ainsi, n’ayant pas envie de décevoir, les employés repoussent leurs limites, améliorant ainsi leur efficience. Il s’en suit un turnover et un taux d’absentéisme moins important, permettant un meilleur fonctionnement de l’entreprise. Pour l’exemple cité ci-dessus, cette conséquence semble indispensable au vu de la qualité et du niveau de technicité requis pour fabriquer ce type de véhicules.
De plus, ce paternalisme permet d’insuffler une figure forte et respectée au sein de l’entreprise. La légitimité de cette autorité permet de cadrer les employés et d’éviter toutes dérives. Ainsi, les directives données voient leur probabilité d’accomplissement s’accroître. Les comportements de « tire au flanc » sont de même étouffés par la peur du « père », la peur d’être réprimandé.
Cependant, si la figure du père donnée par la direction n’est pas acceptée, une remise en cause complète du système peut apparaître. Cette remise en cause peut ainsi faire naître une désadhésion des employées à la politique de l’entreprise. Et ce désaccord peut se manifester par des rebellions permettant d’exprimer le refus de l’autorité parentale. Ce comportement engendre évidemment des tensions internes tel du sable dans un engrenage. Et ces frictions seraient d’autant plus significatives si, au sein même de l’entreprise, certaines personnes adhéraient au paternalisme et d’autres non.
Enfin, cette figure du père peut entraîner une confusion entre la vie professionnelle et la vie privée. Cette confusion est due au fait que le paternalisme est habituellement exercé dans un cadre familial, ce qui peut, lorsqu’il est utilisé dans le cadre professionnel, créer une dissonance, et donc un mal être.
Dans ce type de village, en général, le paternalisme va de paire avec le maternalisme. Il pourrait donc être judicieux d’étendre la question à « le maternalisme n’est-il pas la condition nécessaire mais non suffisante à l’équilibre d’un système où règne le paternalisme ? »
En effet, il y a beaucoup d’entreprises qui créent des « cités industriels » pour les employeurs en les entourant de tout ce qui pourrait les rappeler le lieu de travail. On peut signaler aussi que le paternalisme a le même objectif que celui du patronat à la fin du XIXe siècle, contrôler la main d’œuvre. Bien que le patronat n’était pas tout à fait fondé sur le respect de normes culturelles, cette théorie a servi de base au paternalisme, un paternalisme plus évolué mais qui a la même consigne « affronter la concurrence à l’extérieur et résister à l’intérieur à la contestation ouvrier ».
On est conscientes des avantages que le paternalisme peut avoir, telle que l’amélioration des conditions de travail (logement, sante, etc.), autrefois oubliée par les entreprises. Tout cela peut aider à apaiser les conflits sociaux et en même temps à avoir une certaine paix sociale. Cependant est-il possible d’avoir notre propre espace avec un paternalisme si marqué? Ce qui a été dit par mes collègues est vrai et je partage son avis, on a besoin d’un équilibre entre notre vie privée et notre vie professionnelle. La sensation de nous retrouver dans un contexte, où on doit du respect et de l’obéissance à l’entreprise, pour tout ce qu’on possède, peut nous étouffer et nous amener à des niveaux de stress. C’est là où les limites franchis par le paternalisme peuvent avoir un impact dans la performance.
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