L’économie mondiale souffre aujourd’hui d’une crise d’une grande ampleur c’est pourquoi l’innovation est au centre de tous les débats et de toutes les stratégies des acteurs privés et publics. Malgré l’effort réalisé ces dernières années en matière de politiques d’innovation, tant au niveau Européen, français ou régional, la capacité des entreprises Françaises en la matière est plus qu’insuffisante comparée à nos voisins de l’Union Européenne.
Plusieurs explications sur ce retard peuvent être avancées. Tout d’abord, notre pays souffre d’une vision trop restrictive et fragmentée de l’innovation. Il convient de l’appréhender dans son ensemble, en tenant compte de l’environnement culturel national qui influe sur la genèse d’une innovation, quelle que soit sa forme (innovation technologique, d’usage ou les deux à la fois). Il faut également prendre en compte la chaîne d’innovation à travers son processus (tendance à l’innovation ouverte) et la qualité des divers acteurs tout au long de cette chaîne, puis analyser les répercutions de l’innovation considérée.
Les entreprises ont souvent tendance à se fixer sur le type d’innovation recherché (incrémentale ou de rupture) cependant deux constats viennent contredire cette prise de décision ; l’économie de la quantité c’est à dire le cumul d’innovation tend à optimiser les chances de réussite d’une innovation, et la somme d’innovations incrémentales peut aboutir à une innovation de rupture, de même qu’une innovation radicale peut aboutir à une multitude d’innovation incrémentales.
Les innovations de ruptures sont les moins nombreuses mais les plus rentables pour les entreprises car de part le bouleversement qu’elles génèrent, elles ont un effet en cascade se répercutant sur d’autres secteurs d’activités différents de celui dans lequel évolue l’entreprise créatrice d’innovation. Les freins à l’innovation en interne sont aussi dus à un manque d’initiative et à la peur de l’échec. Cette vision partielle de l’innovation amène souvent à une analogie entre innovation et invention ou tend à définir la R&D comme principal vecteur de l’innovation. Au contraire l’innovation passe par l’action conjointe du marketing, du design, de la créativité de la R&D, la transversalité des activités de la structure. L’innovation est à la fois le processus et le résultat escompté.
La tendance aujourd’hui est à " l’open innovation ", celle-ci traduit la recherche permanente des entreprises et acteurs publiques en terme d’innovations et donc d’avantage compétitif, de croissance économique, de cohésion sociale et de l’amélioration qualitatif et quantitatif des emplois que l’innovation peut procurer. Toutes les structures et acteurs collaborent, créent des partenariats avec d’autres entreprises, universités, organismes de recherche, territoires afin de palier aux lacunes de leurs ressources internes, insuffisantes à la création d’une innovation réussie, qui s’inscrit dans une perspective applicative (à un marché). Cette tendance a été soulignée à travers par exemple les stratégies d’externalisation des activités de R&D de nombreuses entreprises Françaises vers des pays émergents pour des raisons principalement de coûts salariaux.
Cependant ce phénomène tend à s’estomper surtout pour des raisons de qualification du personnel, la qualité de l’innovation dépend également de la qualité des acteurs qui interviennent tout au long de la chaîne. Les entités, indifféremment de leur taille, de leur nature ou de leurs activités, agissent conjointement, leur permettant d’accéder plus facilement à des innovations. Les politiques publiques ont, à ce propos, focalisées, à tort, leurs politiques d’innovation sur la taille des entreprises considérées et sur l’entreprenariat. Il convient de noter que la création d’entreprise est un vecteur de l’innovation parmi beaucoup d’autres et que les effets d’une innovation ne revêtent pas uniquement un caractère économique.
La médiatisation, ces dernières années, des innovations réalisées par des acteurs privés, au détriment de celles émanant du secteur public, traduisent la mentalité restrictive de notre pays vis à vis de l’innovation qui analyse cette dernière en terme de rentabilité et de profitabilité pour l’entreprise à l’origine de l’innovation. Pour en finir avec ces stéréotypes et soutenir l’innovation en France, les collectivités régionales se doivent d’endosser un rôle de collaborateurs entre acteurs publics et privés et agir conjointement avec des acteurs d’autres régions.
La région doit mettre en place des projets régionaux, en adéquation avec les directives nationales et Européennes afin de créer un écosystème favorable à l’innovation. Les pôles d’activité, la création de centres d’excellence, la valorisation de la région à travers les outils marketing vont pouvoir attirer des compétences et ressources nouvelles à la région ce qui va favoriser l’innovation. La région doit également valoriser la recherche publique et la collaboration université - entreprise/industrie. Le transfert des connaissances d’acteurs issus de disciplines variées va permettre de créer un environnement favorable à la démarche d’innovation. Les stratégies régionales sont donc un levier essentiel à l’innovation et vont créer une richesse partagée, octroyant ainsi un avantage compétitif indéniable à la région, aux structures et acteurs publics et privés qui auront su générer de leur collaboration cette innovation. Cette dynamique va insuffler de nouvelles innovations et vont permettre de sortir nombre d’entités de la crise mondiale actuelle.
Cependant, reste à convaincre les entreprises de la logique contra-cyclique des investissements en matière d’innovation, ainsi qu’aux pouvoirs publics d’encourager la capacité et l’effort d’innovation des entreprises. Comme l’a affirmé le président Français
N.Sarkozy, fin août 2009, l’économie de la connaissance et l’innovation sont les moteurs essentiels pour aboutir à une économie compétitive et durable, une croissance certaine, une meilleure cohésion sociale et un développement des emplois. Cet objectif va dans le sens du Conseil Européen qui avait déjà affirmé cette position lors de la conférence de Lisbonne en 2000, puis en 2005 et qui s’était fixé la réalisation de cet objectif pour 2010 ; force est de constater que la France va devoir se mobiliser et fédérer ses acteurs à cette cause si elle espère être compétitive en terme d’innovation vis à vis des autres états membres.
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