L'ensemble des sciences de gestion semble largement contaminé par cette philosophie " productiviste ". Tout doit être mesuré, contrôlé dans une perspective de maîtrise des coûts, comme si c'était le seul salut possible. " Il faut être pragmatique " entend t-on partout. Toute tentative de réflexion devenant suspecte. Le temps de l'action est sanctifié au détriment du "
temps stratégique", réservé à des " intellectuels fumeux ".
Or c'est précisément quand un environnement change, qu'il devient nécessaire de passer du
temps à la réflexion. Le problème aujourd'hui c'est que nos esprits et nos consciences ont été formées et récompensées à analyser les situations avec un ancien modèle. C'est peut-être ce qui explique l'enfermement quasi obsessionnel de certaines directions à chasser les coûts dont la forme ultime aboutie souvent à des délocalisations vers des pays où les coûts de main d'œuvre sont moins importants.
Prépare-t-on vraiment nos élites au monde de demain en leur enseignant les seules règles sacro saintes de la rationalité " productiviste ? " Les Grandes Ecoles ne doivent-elles pas, une fois de plus, se réinventer pour préparer les managers à affronter un monde nouveau ?
Edgar Morin dans son livre les
" Les Sept Savoirs nécessaires à l'éducation du futur " nous donne quelques pistes dont nous pourrions nous inspirer… Il a identifié 7 principes clés pour l’éducation du futur dont trois au moins semblent prioritaires pour les managers :
- Admettre l’incertitude de la connaissance et sortir de l’arrogance des dogmes. Nos représentations ne sont que des perceptions relatives de la réalité. Nous sommes par nature dans l’incapacité de comprendre le monde seulement à partir de nous-mêmes.
- Encourager l’interdisciplinarité et la coopération entre les acteurs pour accéder à une véritable intelligence des phénomènes. En d’autres termes, la rationalité classique n’est plus suffisante car elle privilégie la disjonction plutôt que la conjonction. Il faut, au contraire rassembler les disciplines et non les diviser.
- Développer une plus grande compréhension de la condition humaine : " L'être humain est un être raisonnable et déraisonnable, capable de mesure et de démesure; sujet d'une affectivité intense et instable, il sourit, rit, pleure, mais sait aussi connaître objectivement ; c'est un être sérieux et calculateur, mais aussi anxieux, angoissé, jouisseur, ivre, extatique ; c'est un être de violence et de tendresse, d'amour et de haine ; c'est un être qui est envahi par l'imaginaire et qui peut reconnaître le réel, qui sait la mort et qui ne peut y croire, qui secrète le mythe et la magie mais aussi la science et la philosophie ; qui est possédé par les Dieux et par les Idées, mais qui doute des Dieux et critique les Idées ; il se nourrit de connaissances vérifiées, mais aussi d’illusions et de chimères. Et lorsque, dans la rupture des contrôles rationnels, culturels, matériels, il y a confusion entre l'objectif et le subjectif, entre le réel et l'imaginaire, lorsqu'il y a hégémonie d'illusions, démesure déchaînée, alors l’homo demens assujettit l’homo sapiens et subordonne l'intelligence rationnelle au service de ses monstres ".