La question qui préoccupe le dirigeant d'entreprise est toujours pratique. Parmi les différentes solutions qui existent, pour faire évoluer la culture d'entreprise, la connaissance des principales menaces et opportunités du secteur associée à la comparaison avec les performances réalisées par les concurrents restent parmi les moyens les plus efficaces pour faire évoluer la culture d'un groupe.
Nous l'avons expérimenté à de nombreuses occasions. Confrontés à des communautés de travail en crise, nous avons vérifié combien une plus grande conscience des enjeux stratégiques et concurrentiels avait un pouvoir salvateur sur les esprits. Lorsqu'une communauté de travail perd le contact avec le réel, elle se névrose et développe une forte angoisse qui se manifeste souvent à travers des conflits entre les personnes.
Le manager doit pouvoir aussi consacrer du temps à ces questions (Ce qui suppose suffisamment de Valeur Ajoutée !). Des réunions d'informations régulières avec les cadres sur ces aspects sont nécessaires pour assurer l'évolution permanente et continue de la culture d'entreprise. C'est souvent une dimension négligée qui se paie par la production de comportements inappropriés par rapport au réel : le marché.
La désagrégation d'une culture est rarement soudaine. Elle se fait au jour le jour, à travers la destruction " infinitésimale " de ce qui
fait sens pour les individus. Petit à petit, ce qui permettait la confiance s'affaiblit et le lien social avec l'entreprise disparaît. En réalité, il s'agit d'être aussi très vigilant sur les idéaux collectifs qui fondent la
logique de don entre les acteurs. Si ceux-ci ne sont pas respectés,
les structures de l'imaginaire collectif se désagrègent (Cf. Les travaux de l'anthropologue
Gilbert Durand et les individus ne sont plus contenus, donc d'une certaine façon plus "tenus" de respecter le pacte social sous-jacent qui les lient à leur employeur. Les salariés désenchantés se désengagent progressivement et deviennent alors de plus en plus mercenaires. Il est important de signaler que ce processus, se faisant dans le "non dit" s'opère en réalité de façon inconsciente.
Pour revenir sur les moyens utilisables et utilisés pour changer la culture d'entreprise, on peut citer également
la mise en place de groupes participatifs de travail. C'est une pratique qui s'est beaucoup développée à l'époque de la mode " des projets d'entreprise ". Elle s'inscrit dans une démarche de management participatif dont on connaît depuis longtemps, les effets positifs sur le développement de la maturité des collaborateurs.
Il est à noter, à ce sujet, qu'on a souvent reproché à ces derniers une attitude relativement infantile qui consistait soit à subir passivement les injonctions de la direction, soit à les contester de façon systématique. Cette attitude " régressive " est aussi le résultat d'un management hiérarchique trop longtemps pratiqué. D'une certaine façon, nous sommes encore enfermés dans un ou deux des stades du
complexe d'Oedipe nous a déjà dit qu'il doit être dépassé pour accéder à la maturité.
Il est aisé de constater ce blocage dans ce stade inachevé du développement humain. Il s'exprime soit à travers une soumission apparente s'accompagnant souvent, dans les groupes de travail, d'un silence " à couper aux couteaux ", soit par des comportements de revendications plus ou moins agressifs transformant les débats en disputes interminables se concluant rarement par des consensus.
Plusieurs ministres (
Auroux en 1981,
Aubry en 1998) se sont attaqués à ce délicat problème " culturel " qui compromet la compétitivité française dans la mesure où il est difficile de bâtir une " cité intelligente " avec un dialogue social qui relève plus d'un monologue que de la parole échangée.
En Europe du Nord des pratiques originales d'acculturation se sont développées dans le domaine de la formation dans le but de faire évoluer la culture d'entreprise. On peut penser à la compagnie aérienne de transport de personne, SAS, dirigée par Carlson qui a mis au point, avec la société TMI, une série de séminaires intitulés " Attitude de Service ". Ces séminaires se déroulent en hypergroupe, le phénomène de foule augmentant la sensibilité émotionnelle des individus (Cf.
Gustave Le Bon, et présentent de façon théâtrale divers incidents caricaturaux qui se sont déroulés dans l'entreprise face aux clients. Ces happenings souvent ludiques laissent une trace émotionnelle dans la mémoire des participants qui les rendront plus avertis de certaines dérives comportementales possibles.
Les tenants de la sociologie clinique y verront, sans doute, une nouvelle forme de manipulation, mais ils seraient eux-mêmes plus tolérants s'ils étaient directement concernés par la logique de performance. En tout cas, cette formule est à retenir !
L'Institut de l'Expansion s'est également inscrit dans cette formule en diffusant pendant plus de 10 ans le séminaire Templus sur la gestion du Temps. Au-delà de l'acquisition de méthodes et d'outils, il s'agissait de créer " l'évènement " dans l'entreprise autour d'une valeur clé : l'efficience collective.
En France, cette formule ne s'est pas développée de façon générale de façon aussi importante qu'aux USA ou que dans les pays d'Europe du Nord, pourtant réputés moins hystériques. Peut-être a-t-elle été mise en difficulté par la mode des programmes de formation dits " d'outdoor
management " qui ont été médiatisés de façon souvent tragique ?
Utilisée de façon métaphorique, cette approche reste cependant une formule pédagogique d'acculturation intéressante. On citera des expériences réussies dans le cadre de frégates maritimes, d'expéditions en haute montagne ou tout simplement de courses d'orientation.
Nous utilisons, nous-mêmes, cette approche " métaphorique " en proposant des jeux pédagogiques adaptés aux valeurs à cultiver. Par exemple, pour développer la valeur de coopération, nous nous appuyons sur les théories du " dilemme du prisonnier " et le jeu " Les rouges et les verts ".
On peut citer pour terminer provisoirement sur ce sujet la méthode dite, des
"Référentiels de Valeurs Partagés" (MRVP) développée par
Roger Nifle, directeur fondateur de L'Institut Cohérences. Les étapes de la démarche proposée sont les suivantes :
1° Constituer un groupe de référence rassemblant les acteurs clés de l'entreprise.
2° Faire un " brainstorming " des valeurs élémentaires de l'entreprise en les classant en 3 familles :
- Les valeurs " subjectives " ou " essentielles "qui font appel aux principes, aux finalités ultimes de la vocation, aux enjeux à long terme, ainsi qu' à l' identité de l'entreprise
- Les valeurs " projectives " liées aux buts à atteindre et aux moyens pour y parvenir
l[Les valeurs " objectives " ou encore opérationnelles qui définissent les comportements à développer au quotidien]
Quelle que soit la formule retenue, il semble bien que ces dispositifs fonctionnent autant comme des rituels de changement que des formations au sens classique du terme.