Quelles que soient les incertitudes de l’avenir, les entreprises seront confrontées aux mêmes tendances et devront faire face aux mêmes ruptures. Comme toujours, les structures, les comportements et la qualité des hommes feront la différence entre les gagnants et les perdants, raison pour laquelle l’on trouve des entreprises performantes dans des secteurs dits en déclin ou, au contraire, en perte dans des secteurs dits porteurs. Ainsi, lorsqu'une entreprise est en difficulté, il ne sert à rien de la subventionner en cherchant un bouc émissaire dans les mutations technologiques ou dans la concurrence déloyale. Tout s'explique, le plus souvent, par un défaut de qualité du
management incapable d'anticiper, d'innover et de motiver les hommes. Le même constat s'applique aux territoires en difficulté : avant de les aider, il faut d’abord changer les dirigeants .
Innovation compétitive : la technologie n’est pas l’essentiel
Valoriser ou innover ? Les entreprises ont trop souvent tendance à privilégier l’une de ces dimensions au détriment de l’autre. Pourtant les deux voies sont complémentaires et nécessaires. Il faut, tout à la fois, valoriser ce qui peut l’être, par réduction des coûts et amélioration des performances et, innover pour toujours faire plus, mieux et différent, par rapport aux concurrents. Ce ne sont d’ailleurs pas les mêmes hommes qui doivent être charge de la valorisation : l’un doit réduire les coûts , l’autre doit investir et prendre des risques .
De son côté, l’innovation (littéralement, “ l’introduction d’une nouveauté ”) ne se réduit pas aux volets technologiques (innovation de process, de produits) reliant la Recherche et Développement à la production et au marché. Il ne faut pas négliger les innovations de distribution (lien entre la production et le marché) qui, tout autant que les précédentes, peuvent être profitables : songeons au conditionnement de l’eau minérale en petites bouteilles de 50 cl ; de nouveaux marchés très rentables se sont ainsi ouverts.
Si les trois pôles (recherche, production et marché) définissent bien un “ triangle de l’innovation ”, celui-ci n’est qu’une partie des dix faces de ce que
Marc Giget a baptisé le " Diamant de l’innovation ". En effet, il faut tenir compte de toutes les ressources fondamentales de l’entreprise et relier les trois pôles précédents aux deux ressources manquantes : humaines et financières.
Ainsi, c’est innover financièrement que de transformer ses lecteurs en actionnaires comme l’a fait le journal
Le Monde. C’est encore innover que de diffuser ses produits par quelques clients relais tel
Tupperware. Au total, il y a dix axes possibles d’innovation à explorer dans
le diamant de Marc Giget. Aucun d’entre eux n’est préférable a priori, il faut évaluer les coûts, les risques et les perspectives de chaque axe avant de privilégier tel(s) ou tel(s). Retenons l’idée : l’innovation n’est pas synonyme de technologie. La connaissance est bien le moteur de l’innovation. Ce n’est pas une raison pour cultiver le mirage technologique et la fuite en avant dans les dépenses de R&D. L’innovation n’est pas uniquement technique, mais aussi commerciale, organisationnelle et financière. La technologie, bien qu'importante, ne saurait constituer l'essentiel.
Cessons de considérer que la dépense de R&D est le principal indicateur porteur d'espoir pour l'avenir. Plus que le montant, compte l'efficacité de la dépense. Les comparaisons internationales montrent que les entreprises les plus performantes dans un secteur sont celles qui font un effort moyen en R&D et qui, donc, agissent en dépensant moins. Le cabinet américain de conseil en stratégie
Booz Allen Hamilton a même montré, en analysant les 1 000 premières entreprises mondiales, selon leur budget
R&D, qu’il n’y avait pas de lien direct entre le montant des dépenses de recherche et développement engagé et le succès de ces entreprises, qu’il soit mesuré en termes de croissance du chiffre d’affaires, de rentabilité ou de retour sur investissements pour les actionnaires . Le même constat se vérifie au sujet des États : les petits pays comme l’Irlande ont un effort de R&D moindre que les grands, mais une croissance du
PIB supérieure !
A la lumière de ce diagnostic, faut-il vraiment, comme le préconisent tant de rapports officiels, s’inspirer du pays leader, les États-Unis, et lancer des grands projets de recherche dans les secteurs de haute technologie (technologies de l'information, armement, aéronautique) et développer l'enseignement supérieur long ?
Qu'il soit permis de douter de ce remède éternellement avancé. Les États-Unis ne sont pas aussi performants qu'on le dit, à en juger par leur déficit extérieur abyssal (700 milliards de dollars !) ; ils vivent, grâce à leur rente impériale, bien au-dessus de leurs moyens et cela n'est pas durable. La France, contrairement à l'Allemagne, investit déjà beaucoup trop dans les secteurs " recherchivores " (40 % des dépenses publiques de recherche sont concentrés dans le nucléaire, l'espace et le militaire et profitent d'abord à quelques grandes entreprises) et pas assez pour stimuler les recherches dans les secteurs de moyenne ou basse technologie et dans les
PME ; ces dernières bénéficient de moins de 10 % de l'effort public de recherche. La France a, aussi, presque deux fois plus de diplômés de l'enseignement supérieur que l'Allemagne, cinq fois moins d'apprentis et son solde extérieur en bien d’équipements est trois fois plus faible ! Cherchez l’erreur !
Comparée à l’Allemagne, la France manque surtout de grandes
PMI, en raison du coût capitalistique très élevé et des problèmes liés à la transmission du patrimoine. Il n'y a, en France, que 2 000 entreprises industrielles de plus de 250 salariés. Elles comptent pour 65 % de la valeur ajoutée du secteur et assurent les quatre cinquièmes des exportations. 25 % de la valeur ajoutée revient aux 20 000 entreprises ayant entre 50 et 250 employés. Et il n'y a que 1 % des créateurs, soit 2 000 par an, qui se lancent dans l'industrie.
La clé de la compétitivité ne consiste pas à baser sa stratégie sur les technologies, mais à intégrer au mieux ces technologies dans une stratégie, pour atteindre des objectifs souhaités avec des équipes motivées. En effet, c'est le
management et les hommes qui font la différence… Un bon département de R et D ne doit pas être gigantesque. Il doit simplement être certes capable d'inventer mais surtout de capter les idées beaucoup plus nombreuses venues de l'extérieur. Mais pour copier, il faut savoir lire ! D’où l’importance qu’il y a à recruter des chercheurs de haut niveau , reconnus par des pairs, prêts à montrer leur copie pour être reconnus.. Il faut de plus mettre les chercheurs en relation avec les hommes du marketing et de la vente qui sont au plus près des attentes des clients et fournisseurs dont on sait qu’ils sont à l’origine des deux tiers des innovations.
Quand à la recherche universitaire il faut lui laisser ses degrés de liberté mais récompenser plus clairement dans leurs rémunérations et dans leur carrière les chercheurs tournés vers les applications industrielles et économiques de leurs idées ainsi que ceux qui entendent répondre aux questions que pose la société au travers du développement durable notamment. Il ne faut pas non plus trop protéger les chercheurs universitaires par un statut : la meilleure des sécurités c’est la compétence. Et si un chercheur n’est pas renouvelé dans son Institut, il finira bien par se faire recruter dans une entreprise, ce qui est aussi une manière très efficace d’assurer les transferts de compétences et de technologies du laboratoire à l’entreprise et d’un secteur à l’autre.
Les magiciens de la croissance
Henry Ford l'avait bien dit : " Prenez-moi tout, mais laissez-moi les hommes et je recommencerai tout ". La mobilisation de l’intelligence créative est d’autant plus efficace qu’elle s’inscrit dans le cadre d’un projet explicite et connu de tous. C’est par l’appropriation que passe la réussite. Motivation interne et stratégie externe sont donc deux objectifs indissociables qui ne peuvent être atteints séparément.
La croissance compétitive de longue période tient à l'innovation et à la prise de risque. Les entrepreneurs en sont bien les magiciens. Hélas, le déficit d'entrepreneurs est aussi l'un des traits fondamentaux de l'exception française. Ces mêmes élites, souvent issues de l’administration, se comportent en gestionnaires de l'existant. Or la gestion ne doit pas être confondue avec la stratégie : la première minimise les risques, la seconde les optimise.
Au lieu de se battre de manière défensive sur les marchés existants, l'entrepreneur part à la conquête du futur. Il ne se limite pas à la réactivité, mais se projette délibérément dans l'action offensive grâce notamment à l’anticipation et à l'innovation. En effet, l'entrepreneur innovant change les règles au lieu de s'y soumettre. On le sait, c'est l'activité qui crée l'emploi. C'est donc l'esprit d'entreprise qu'il faut encourager au sein des sociétés existantes (intrapreneur-ship) ou créées en vue de nouveaux développements.
Pour muscler les entreprises face à la compétition internationale, il n’y a pas d’autre voie à suivre que celle de la spécialisation dans les productions innovantes et à haute valeur ajoutée. Il n’y a pas de secteurs condamnés, ni de fatalité dans les difficultés des entreprises ; il n’y a que des managers défaillants et des entrepreneurs qui ont cessé de remettre en cause leur production, alors qu’il faut innover pour gagner dans un monde en perpétuel changement. Les entreprises qui se contentent de vendre ce qu’elles produisent sont condamnées. Pour conquérir les marchés, il faut produire ce qui se vend, c'est-à-dire des biens et des services répondant à des besoins réels ou latents. Les entrepreneurs innovants sont bien les magiciens de la croissance.
L'homme au cœur de la différence
Pour nombre d'entreprises et de territoires en difficulté, le naufrage s'explique plus par les insuffisances internes de
management que par la tempête qui sévit à l'extérieur. Sans bon capitaine, point d'équipe gagnante. Le chef idéal doit savoir anticiper, susciter l'adhésion et l'enthousiasme, agir avec ténacité et réagir sans précipitation. Le bon cap ne suffit pas à assurer une stratégie, il y faut aussi un équipage préparé et motivé à la manœuvre. Ainsi, pour une entreprise, le front extérieur et le front intérieur constituent un seul et même combat. La bataille sera gagnée sur les deux fronts à la fois ou sur aucun. En d’autres termes, face aux mutations de l’environnement stratégique, l’avenir d’une entreprise ou d'un territoire dépend en grande partie de ses forces et faiblesses internes. Et, ces dernières ne seront valorisées et surmontées que dans le cadre de projets individuels et collectifs au sein d’espaces solidaires.
Il faut bien distinguer le " strategic gap " du " performance gap " et ne pas oublier le "
management gap ". Par exemple, faut-il absolument devenir plus gros pour être rentable ? Il se pourrait bien que " l’effet d’échelle soit de plus en plus souvent indépendant de la taille ", notamment grâce aux organisations en réseaux. En réalité, il existe toujours dans le même secteur des entreprises plus petites et plus performantes. La bonne question à se poser est donc : comment être rentable à la taille où l'on se trouve ? Et la réponse à cette dernière question passe souvent par une décroissance provisoire. Comme pour les arbres, une fois élagués, ils repoussent mieux !
Le " strategic gap " (écart par rapport aux objectifs de croissance en volume) est peut-être moins important que le " performance gap " : ce qui compte c’est d’être rentable au niveau où l’on se trouve. Une des conditions pour combler le "performance gap" est bien sûr de rattraper le "
management gap ". Ce dernier pose la question de l’adaptation des structures et des comportements au sein de l’entreprise. Le principal facteur limitant au développement des entreprises est le facteur humain, le
temps nécessaire pour former les hommes et les motiver autour de projets. En effet, l'action qui n'a pas de but n'a pas de sens. C'est l'anticipation qui éclaire l'action et lui donne un sens avec le double sens du mot sens : direction et signification.
B[" Gouverner c’est prévoir, obéir c’est comprendre "]b
Les hommes ne font vraiment bien que ce qu’ils comprennent. Comme le soulignait
Henri Fayol : " Si gouverner c’est prévoir, obéir c’est comprendre. " Le fameux dirigeant de première classe, dont parle
Mary Parker Follett, n’est pas celui qui donne des ordres à ses collaborateurs, mais celui qui, sachant asseoir son autorité sur la compétence et sur l’animation, suscite des initiatives allant dans le sens des ordres qu’il aurait pu leur donner.
Un responsable sachant asseoir son autorité sur sa compétence et sur l’animation peut laisser ses collaborateurs prendre des initiatives. Il n’a même plus à négocier des objectifs, ceux-ci sont, naturellement, suscités. En France, on est plus loin de ce nouvel idéal qu'ailleurs, peut-être en raison du mode de formation et de sélection des dirigeants des grandes entreprises.
Les modes managériales se succèdent avec toujours un point commun. Il s'agit de motiver les hommes en leur lançant de nouveaux défis, étant entendu que le processus d'implication est l'objectif recherché ; il s'obtient avec ou sans le résultat. C'est en ce sens que les analyses stratégiques partagées peuvent produire la synthèse de l'engagement collectif, contrairement à ce qu'avance
Henry Mintzberg (1994). Le plus difficile n'est pas de faire les bons choix, mais d'être sûr que l'on réussisse à ce que chacun se pose les vraies questions. Un problème bien posé, et collectivement partagé par ceux qui sont concernés, est déjà presque résolu. N'est-ce pas ce que signifie
Michel Crozier lorsqu'il déclare : " le problème, c'est le problème ! "
Au-delà des modes, il y a des acquis et des convergences car si le monde change, les problèmes liés à la nature humaine sont récurrents.. Pour s’en convaincre, rien de tel qu’un retour aux fondateurs de la pensée managériale du début de ce siècle
(Fayol,
Taylor,
Mary Parker Follett). Il faudrait aussi remonter aux sources de la pensée stratégique militaire
(Sun Tzu,
Clausewitz,
Général Beaufre, etc.) et considérer les modèles d'organisation qui ont résisté à l'épreuve du
temps, comme l'Eglise. Ils sont partis à douze et cela dure depuis 2000 ans! La longévité de l’Eglise catholique a plusieurs explications : un engagement individuel au service d’un projet collectif, l’adhésion à une communauté très structurée mais avec le principe de subsidiarité et un nombre limité de niveaux hiérarchiques (le curé, l’évêque, le pape) pour une organisation si variée et de masse.
De la vertu des ruptures et des facteurs briseurs d’habitudes
Si le principal facteur de compétitivité et d’excellence des entreprises est bien le facteur humain et organisationnel et s’il faut toujours des processus pour impliquer les hommes et susciter leur motivation, la question reste posée de savoir pourquoi ces processus changent au cours du
temps, diffèrent d’un pays à l’autre et apportent, suivant les cas, des succès ou des échecs, brefs sont contingents ? Le constat de la contingence des clefs de l’excellence et de la fragilité des modes managériales serait désespérant s’il n’était possible d’en tirer un principe de
management résistant bien à l’épreuve du
temps.
Les 1 001 clés de l’excellence et le principe de contingence
Le principe de contingence affleure régulièrement dans la littérature dès 1968.
P. Lawrence et
J. Lorsch écrivaient : " Il n’y a pas une structure qui est meilleure mais plutôt différentes structures qui sont les meilleures dans différentes conditions ". Les facteurs clés de succès, universels, valables en toutes circonstances, n’existent pas. Le zéro stock et les flux tendus ont été des objectifs rentables pour certaines entreprises mais aussi très coûteux pour d’autres. Les théoriciens du
management devraient se rappeler les leçons de la statistique et ne pas confondre corrélation avec causalité. Il faut donc reconnaître le principe de contingence et admettre qu’il y a des combinaisons humaines, organisationnelles, techniques et financières qui sont efficaces, dans un contexte donné et qui ne le sont plus dans d’autres. Ces combinaisons sont multiples et changeantes au cours du
temps.
Les facteurs briseurs d’habitudes et le principe de changement
Une autre caractéristique peut être avancée, c’est le principe de changement " source de diversité ". L’on sait bien que " l’ennui naît de l’uniformité ". La variété est un stimulant indispensable à la motivation ; sans elle l’efficacité s’étiole, avec elle tout est possible. Souvenons-nous des expériences d’
Elton Mayo, dans les années 1930, qui en augmentant, puis en diminuant, l’intensité de la lumière dans les ateliers de
Western Electric améliorait chaque fois le rendement.
D’où une conclusion paradoxale, la clef universelle de l’excellence n’existe pas ! Elle doit être remodelée en permanence, au gré des évolutions de l’environnement, et contre les habitudes qui figent les organisations dans un sommeil parfois mortel. Il y a mille et une clés pour l’excellence (principe de contingence) et il faut sans arrêt en changer (principe de changement).
Comme dans le sport, les hommes ont besoin de facteurs " briseurs d'habitudes " pour rester motivés et la compétition sportive est organisée en ce sens. Les joueurs doivent relever des défis sans cesse renouvelés, ne serait-ce que par la succession toujours singulière des victoires et des défaites. Le
management avisé est celui qui introduit régulièrement de tels facteurs dont l’homme a besoin pour rester motivé, diverti, être stimulé par des enjeux d’autant plus mobilisateurs qu’ils sont nouveaux, d’autant plus pertinents qu’ils s’inscrivent dans une trajectoire cohérente.
C’est dans la logique de cette courbe enveloppe qu’il faut comprendre la succession des modes en
management. Toutes sont marquées par des succès et des échecs, et le flacon ne suffit pas à communiquer l’ivresse de la motivation, celle-ci cessant une fois le processus d’implication achevé. Il faut alors trouver un nouveau défi, comme le développement durable, pour relancer l’ardeur des hommes, au cœur de la différence.
Le développement durable, un levier pour l’innovation
Le développement durable est trop souvent perçu dans sa seule dimension environnementale , ce qui est une erreur. Les changements auxquels nous sommes confrontés sont bien connus : ils ont pour nom mondialisation, vieillissement des populations, déséquilibres économiques et sociaux, réchauffement de la planète, l’épuisement de certaines ressources naturelles minérales, végétales, animales… Ils engagent la responsabilité des entreprises dans leur action au service de la croissance et de l’emploi.
L’ensemble ces changements s’inscrit dans la problématique du développement durable dont la formulation date de 1987
(Rapport Brundtland) : " un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ". L’homme est au cœur du développement durable, il n’ y a pas de développement durable sans enfant et pas de croissance sans berceaux.
On distingue classiquement les trois piliers (environnemental, économique et social ) du développement durable :
- les problématiques environnementales (milieux naturels, pollutions, ressources, risques, qualité de la vie …)
- le "développement" (économique et social, notamment dans les PVD)
- la responsabilité sociale des entreprises (notamment dans les pays développés,
loi NRE en France,
En organisant les assises de l’environnement et non celle du développement durable dans sa globalité, le nouveau gouvernement révèle son caractère de néophyte en la matière ce qui est inquiétant. En effet, poussées à l’extrême les revendications environnementalistes animées par le principe de précaution peuvent paralyser l’action. Il y a des freins réglementaires croissants à l’innovation notamment en matière d’expérimentation animale ou végétale. On peut s’interroger sur les
OGM et la recherche médicale sans pour autant les retarder chez nous, alors qu’ils se développeront de toutes façons ailleurs.
Le développement durable est une extraordinaire chance à saisir par les entreprises : toute contrainte est une opportunité. Tous les défis de recyclage de retraitement, d’économie d’énergie sont porteurs de réponses innovantes et profitables. Dans le domaine alimentaire comme dans l’éthique de production, la traçabilité va s’imposer et entraîner le renforcement de la proximité et du raccourcissement des chaînes qui vont du producteur au consommateur.
Bref, le développement durable va dans le sens d’une production locale (pourquoi produire ailleurs ce qui peut l’être ici sans coût de transport et émission de CO2 ?) , c’est aussi une barrière non tarifaire aux importations lointaines de pays à bas coût.
La croissance en quête de sens et de développement durable
Les hommes ont besoin de projets pour donner sens à leur vie. Marchant ainsi vers l'avenir autrement, ils trouvent, en chemin, l'essentiel de ce qu'ils cherchent dans la vie : le lien social et la reconnaissance mutuelle que procure toute aventure en commun. C'est bien ce que signifie le proverbe allemand : Der Weg ist das Ziel, " le chemin est le but ".
Dans bien des domaines, l’accumulation de quantité a entraîné la baisse de qualité. Songeons aux relations humaines: la multiplication des moyens de communication n’empêche pas la solitude et l’isolement de se développer plus que jamais. Une croissance plus riche en qualité pourrait aussi signifier plus de bien être. Qui a dit qu’il fallait consommer toujours plus de biens matériels pour être plus heureux ? La croissance c’est un peu comme la boisson: plutôt que de consommer toujours plus du même vin ordinaire, le progrès consiste à consommer autant voire moins d’un grand crû. Une entreprise " citoyenne " ne peut se contenter de créer des richesses matérielles. Elle doit aussi contribuer à l'épanouissement personnel de l'homme. Il n'y a pas d'entreprise d'excellence sans un environnement d'excellence. Pour que des salariés soient performants, il faut qu'ils vivent dans un environnement de qualité, notamment au plan architectural. Pour être heureux dans la cité, l’homme doit aussi s’épanouir au travail et réciproquement : le bonheur est indissociable. Il est global où il n’est pas.
Que diraient les écologistes si depuis vingt ans le taux de fécondité des baleines était divisé par deux pour se situer à la moitié du seuil de renouvellement ? Ils alerteraient certainement l'opinion internationale et les médias. C'est bien pourtant ce qui se passe pour
les Catalans et
les Lombards dont la variété culturelle mérite d'être préservée. L'espèce humaine dans son ensemble n'est pas menacée de disparition, mais la diversité des cultures contribue à la richesse de son patrimoine.
Compte tenu des enjeux, le principe de précaution, si souvent évoqué en matière écologique devrait aussi s’imposer en matière démographique. Il faudrait traiter le lien démographie-croissance économique comme on le fait pour les activités humaines et le réchauffement de la planète : lancer des études et des recherches pour tester les hypothèses de causalités et en attendant prendre des mesures conservatoires en faveur de la natalité. Protéger l'héritage de la planète, c'est bien, mais à condition de ne pas oublier les héritiers ! Qui dénonce cet oubli ? Personne, ou presque, il est " politiquement incorrect ", à notre époque, de défendre les enfants aussi bien que les baleines.
Quand au principe de précaution son application maximaliste pourrait s’avérer dangereuse et être un frein à l’innovation. Si avant d’agir ou de lancer un produit voire une recherche ou une expérimentation on doit prouver que cela ne comporte aucun risque , on va forcément paralyser l’action . Il n’y a pas d’action et dans bien des cas le plus risqué serait de ne pas agir. Si on appliquait le principe de précaution on ne ferait pas d’enfants !