La stratégie de développement d'une entreprise ne peut relever d'une pensée mécaniste. C'est un acte de conception qui demande du temps et passe nécessairement par des itérations. Elle passe par deux processus cognitifs bien spécifiques à chaque étape :
- Pour la phase de conception, nous sommes engagés dans un processus heuristique (Cerveau droit). La dimension stratégique nous confronte à la complexité et à l'incertitude. Son élaboration passe par la combinaison d'informations provenant d'horizons différents qui peu à peu conduisent à des intuitions évidentes. S'appuyant sur le cerveau droit, cette forme de raisonnement privilégie les synthèses plutôt que l'analyse des détails. Les techniques utilisables sont souvent méconnues. Elles reposent essentiellement sur des techniques de visualisation et dessin.
- Pour la phase de mise en œuvre, nous sommes dans un processus "linéaire" et séquentiel (Cerveau Gauche). Il s'agit de découper le but à atteindre en actions précises qui se succèdent les unes, les autres dans un ordre prévisible ou en tout cas intentionnel. Les techniques de planification s'avèrent à ce stade d'une certaine efficacité. Les techniques de validation des hypothèses relèvent la plupart du
temps d'approches quantitatives.
Dans un monde économique prévisible, le mode de raisonnement de type cerveau gauche s'avère plus efficace, mais dans un univers imprévisible, le cerveau droit est considéré comme plus pertinent. Dans le premier monde, on fait référence à la notion de pilotage. Le pilote d'avion part d'un point fixe pour atteindre un autre point. Sa trajectoire est en ligne droite. Dans le second, on parlera davantage de navigation car la trajectoire est sinusoïdale, les vents contraires déplaçant en permanence le navire qui doit se recentrer pour garder le cap.
Une stratégie se décline d'abord en politiques puis en plans d'actions ou projets. Les techniques de gestion de projets présentées dans la lettre 1 sont des outils adaptés pour cette déclinaison. Ce qui est important, par contre c'est que les acteurs s'approprient cette stratégie. Deux types de méthodes peuvent être utilisés :
- Au niveau collectif : Les méthodes dites de projets d'entreprises restent des démarches intéressantes. Elles passent essentiellement par des réunions de présentation accompagnées de groupes de travail participatifs destinés à générer des discussions portant notamment sur la mise en œuvre ou des informations concrètes sur la concurrence. Pour
Lemoine , la direction stratégique est peu négociable, c'est surtout la tactique qui l'est.
- Au niveau individuel, les méthodes de
management par objectifs restent un fondamental efficace. Là encore il est important de se mettre d'accord sur les objectifs à atteindre mais aussi sur la manière d'y parvenir. Les grecs avaient d'ailleurs 2 termes pour définir ces deux 2 Temps : Télos et Scopos. Télos signifiant le but à atteindre; Scopos correspondant davantage à la manière d'y parvenir c'est à dire aux plans d'action.
Ce qui est important c'est qu'une
stratégie soit discutée car elle a toujours un impact dans la vie quotidienne des acteurs, dont certains aspects ne sont pas voulus mais subis. Personne n'accepte facilement d'être dérangé sans vouloir en parler pour négocier ou tout simplement évacuer certaines émotions. Des
temps de négociation et de régulation sont donc nécessaires.
Cette déclinaison de la stratégie ne doit passer seulement par la déclinaison opérationnelle des objectifs et des plans d'actions. Il est important également de permettre à chacun de s'exprimer sur les changements organisationnels et identitaires qui le concernent.
David Marker, professeur en
Management,
(Doctorat Phd - University of Kansas, Etats Unis) propose une nouvelle approche du
management, inspirée par un théoricien américain
McKenzie qui consiste à accompagner chacun des collaborateurs sur le déplacement des tâches qui ont lieu à l'intérieur d'une d'équipe. Cette approche, très novatrice s'appelle "encroaching". Elle fera prochainement l'objet d'un article de présentation.