Pour résoudre les problèmes du chômage, les experts sont unanimes : la seule solution passe par une croissance économique durable de 3% par an. Mais nous sommes ici confrontés à deux problèmes :
1. D’une part le taux n'a pas dépassé 1,7 % en moyenne entre 1992 et 2003.
2. D’autre part, une croissance purement quantitative n’est pas forcement créatrice d’emplois.
L'analyse des licenciements qui ont eu lieu ces deux dernières années met en évidence que la destruction des emplois en France n'est pas le fruit du simple hasard. Elle semble s'acharner sur un type d'entreprises qui s'inscrivent dans une formule stratégique bien identifiée : celle de la compétitivité Prix.
Les exemples sont nombreux pour illustrer ce constat, en voici quelques exemples :
Dans le secteur du textile, l'emploi en Europe a diminué de 30, 1 % de 1995 à 1998 pour progresser de 17, 2 % en Asie durant la même période. (Source Activités sectorielles du BIT). Dans le Roannais, par exemple, le secteur est passé de 15000 salariés à 7000 salariés de 1998 à 2002. Chiffres curieusement identiques en Lorraine.
Dans le secteur de la fabrication des produits électroménagers : En septembre 2001, c'est le dépôt de bilan de
Moulinex. 64 ans après sa création, 3257 emplois seront supprimés. Son concurrent
SEB, positionné sur des produits haut de gamme à forte valeur ajoutée, a beaucoup mieux résisté. Mieux même, il a racheté les marques à forte valeur ajoutée du groupe Moulinex.
Dans le secteur automobile, l'équipementier automobile
Faurecia qui travaille à 90 % pour
Renault et
Citroën, déficitaire depuis 3 ans réduit ses effectifs dans son usine de Meru en supprimant 273 postes dans l'Oise. L'équipementier
Valeo s'est trouvé pour une part de ses activités confronté, il y a quelques mois à la même problématique.
Dans le secteur électronique,
Thomson a fermé en 2003 deux usines (Moirans en Isère et Tonnerre dans l’Yonne). En 2004 c’est le site de Genlis en Côte d’Or qui sera touché avec 450 licenciements. Le groupe se désengage de ses activités à faible valeur ajoutée comme les décodeurs, les cartes électroniques, les tubes cathodiques des téléviseurs et les têtes de lecture des DVD et CD Rom qui seront externalisés au sous-traitant taïwanais
Foxconn.
Philippe Barbarit, l’un des DRH du groupe
Thomson résume bien la position du groupe :
" Nous allons abandonner certaines activités peu rentables en fonction de produits très bas de gamme venus d’extrême Orient ".
Dans le secteur de la chaussure, le groupe
Pindière, situé sur dans le Choletais, est passé en l'espace de 10 ans de 1800 salariés à 700 salariés. Le groupe a été dernièrement cité dans l'actualité sociale en annonçant deux nouveaux plans sociaux, suite à une nouvelle baisse de son carnet de commande. Ces deux plans sociaux pourraient toucher 120 emplois sur la première usine positionnée sur le créneau de la chaussure homme et garçonnet moyen de gamme, et 77 emplois sur la seconde usine, basée à La Tessoualle, spécialisée dans la chaussure enfant. Sur le même territoire, à Chéné Saint-Florent, une autre entreprise du département envisage également un nouveau plan social de 76 salariés. Ces exemples ne sont pas sans rappeler le cas de l'usine
Bata d’Herouville qui a dû en 2001 licencier la totalité de son personnel.
Les causes les plus souvent évoquées par les directions de ce type d'entreprise, pour justifier les licenciements, sont liées aux coûts de main d'oeuvre. Il est clair que ces coûts de main d'oeuvre sont à l'évidence plus élevés que dans certains pays de l'Est, d'Afrique du nord ou d'Asie. Ces deux dernières années, le secteur textile en Tunisie a vu la création de 20 000 emplois. Plus que destruction d'emplois, il conviendrait plutôt, donc, de parler de déplacements de la croissance en emplois.
Selon les chiffres de
CDC-Ixis, le coût horaire du travail en France est 38 fois plus élevé qu’en Chine, alors qu’il l’est 54 fois plus en Allemagne.
L'ouverture non régulée des frontières ne fait qu'accentuer le phénomène. Dans le domaine du textile, à partir du 1 janvier 2005, la Chine pourra librement exporter sans limite de quotas, les vêtements qu'elle aura confectionnés.
Certains accusent la mondialisation ultra-libérale des marchés et de la concurrence comme responsable de la destruction des emplois. D’autres, et non des moindres, comme le professeur
Stiglitz, récent prix Nobel en économie, accusent les institutions chargées de la régulation comme le
FMI, l'
OMC et la
Banque Mondiale d’avoir pris des options " idéologiques " plutôt que pragmatiques.
Le développement de l’emploi en France est aussi remis en question par le déplacement des zones de croissance vers la Chine et bientôt l’Inde. Le PDG
H. Lachmann du groupe
Schneider explique que sur 40 % des produits fabriqués en France, seulement 15 % sont destinés au marché français. Le reste part en Chine. Ce qui augmente notablement les coûts de transport et de logistique. Il envisage donc d’ouvrir de nouveaux sites industriels dans ces pays pour être plus compétitif.
L’emploi, on le voit, est bien à l’épreuve de la mondialisation !
En attendant, que peuvent faire les entrepreneurs et les économies ?.
D'abord prendre conscience que toutes les entreprises qui sont inscrites dans la seule compétitivité Prix sont, à terme, en grand danger.
Christian Blanc, député européen, nous rappelle que dans la page 76 de son excellent rapport
" Pour un écosystème de la croissance "que nous " sommes dans un état d'urgence économique et sociale ".
Face à ces problèmes qui sont parfois des drames pour la vie des individus, des familles et des territoires, les solutions existent mais elles ne sont pas suffisamment appliquées.
D'une façon générale, on constate une absence affligeante d'anticipation alors que toutes les analyses prévisionnelles avaient été faites, au niveau des différents organismes comme la
DARES, le Commissariat au Plan, le Comité d'Analyse Economique, le Conseil Economique et Social qui ont publié depuis longtemps de nombreuses études mettant en évidence les risques encourus. Le capitaine du
Titanic avait lui aussi reçu près de 5 messages avant de rencontrer un iceberg. Il croyait que son bateau était le plus solide du monde...