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Management : Les 4 Temps du Management
Les 4 TEMPS du MANAGEMENT
Il est temps de réinventer le management

Le Temps de l'Action

1.44 Vitesse ou lenteur ? Eloge de l'accélération choisie !


Les auteurs du livre "Le slow management " invitent les managers à libérer du temps pour porter davantage d'attention à leurs collaborateurs. Nous partageons ce point de vue mais de façon plus nuancée.

Pour commencer, rappelons que le rapport au temps des acteurs dépend de nombreux facteurs qui ne relèvent pas toujours de leur propre pouvoir. Nous avons déjà montré que le choix du "business model" développé par l’entreprise, selon qu'elle choisisse un modèle de compétitivité prix ou hors prix a un impact déterminant sur cette question. Autrement dit, dans une organisation, le rapport au temps des acteurs est davantage une conséquence systémique plutôt qu'un choix des individus. Les incantations idéologiques qui consistent à faire un éloge systématique de la lenteur ne suffisent donc pas.

Ce principe étant posé, il est toujours possible de développer  des micro-compétences que chacun peut mettre en oeuvre dans son quotidien. "La ressource temps" n’étant pas pour extensible, il est nécessaire de d’identifier en permanence de nouvelles pistes d'actions. La vitesse, où plus exactement à la rapidité avec laquelle nous exécutons les tâches en fait partie. Notre propos sera simplement de mettre en évidence l'importance du rythme dans l'action comme nouvelle source d'efficience personnelle.

Devrions-nous renoncer à la vitesse ?

Défendre l'utilité de la vitesse pourra paraître étonnant car le concept de vitesse a déjà fait l'objet de nombreuses critiques. Avant d'aller plus loin, nous en résumons quelques-unes :

 - Jean-Louis Servan-Schreiber dans son livre "Trop vite ! " considère (à juste raison) que la course au profit immédiat a des conséquences fâcheuses sur l'avenir des organisations et des individus.

- Le philosophe Hartmut Rosa s’interroge sur cette accélération généralisée qui semble caractériser les sociétés occidentales. Il explore la perte de sens que cette précipitation permanente peut générer : Les individus, grisés par l'instantanéité, agissent sans plus comprendre à quoi servent leurs actions. Ils deviennent comme des hamsters tournant sans fin dans la roue de leur cage. La vitesse serait une des nouvelles formes de l'aliénation de l'homme hypermoderne.
 
- Christophe Bouton s'interroge lui aussi sur l'urgence en tant que norme sociale imposée. Il démontre comment l'urgence, conséquence d'une quête sans limite de productivité toujours accrue permet, en définitive, de mieux servir le capitalisme. Cette injonction à l’urgence place les salariés en état d'épuisement et entraîne un travail mal fait qui ne permet pas la reconstruction
de l'estime de soi. Les individus sont alors entraînés à rechercher d'autres sources de reconnaissance que dans le travail.

- Nicole Aubert dans son livre "le culte de l'urgence " fait également le constat d'une mutation radicale du rapport au  temps. L'urgence conditionne notre manière d'être dans tous les domaines. L'Homme hypermoderne peut éprouver une véritable jouissance à traiter toutes les sollicitations dans l'instant. Cela procure un sentiment de toute puissance mais peut conduire à l'expérience de "l'insuffisance" s'il ne parvient pas à tenir ce rythme et en fin de course à l'épuisement psychique.

La vitesse dépend de la nature de la tâche

Faire systématiquement le procès de la vitesse pose problème car cela débouche sur une posture idéologique, voire morale qui impliquerait qu'il existerait une bonne façon de vivre le temps.

Dans le champs du management, même si les discussions philosophiques ou éthiques ont leur intérêt, il est nécessaire de privilégier des concepts praticables et utiles à l'intelligence de l'Action.

En l'occurrence, cette préoccupation demande une certaine subtilité. Il ne parait guère possible de raisonner de façon binaire en excluant l'une ou l'autre des temporalités. Pourquoi se priver de la vitesse, si celle-ci permet par ailleurs de gagner du temps sur d'autres activités qui en nécessitent plus. Nous posons l'hypothèse sur un plan pragmatique que la vitesse ou la lenteur dépendent avant tout de la nature des tâches.

On peut distinguer, grosso modo, deux types de tâches. Il existe en effet des activités qui demandent une "lenteur" relative et d’autres qui, au contraire, pourraient ou devraient être faites encore avec plus de rapidité.

Les premières renvoient à des décisions, des actions, des dossiers ou des projets qui ont un impact sur le long terme  tandis que les secondes concernent des tâches ou des processus répétitifs que nous accomplissons chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque trimestre dans une relative inconscience et qui pourraient prendre moins de temps si on prêtait plus d'attention.

Pour progresser sur ce point, l'exercice consiste à repérer les activités ou processus qui se répètent le plus souvent. Elles varient évidemment selon la fonction occupée. Pour un commercial ou un consultant, il s'agira probablement des déplacements ; pour un manager des réunions, etc...

En décortiquant la manière dont les tâches ou activités répétitives sont réalisées, on s'aperçoit facilement qu'il est possible d'être plus efficient avec moins d'efforts. Les techniques de visualisation sont très utiles pour cela. En visualisant les différentes étapes du processus étudié, certaines incohérences apparaîtront d'elles mêmes. Si rien n'émerge, on recommence plus fois l'analyse en descendant dans les détails.

Donnez du rythme à votre existence ?

Citons quelques exemples pour illustrer la démarche :

Avez-vous pensé au temps perdu lorsque votre place d'avion ou de train se trouve à l'arrière ou dans les derniers wagons. En réservant votre place dans les voitures 1 et 2 d'un train, vous serez beaucoup plus proches de la sortie de la gare et ainsi vous arriverez les premiers pour prendre le taxi. De même en avion en réservant vos places à l’avant, vous êtes plus proches de la sortie.

Selon le choix également du moyen de transport, vous pouvez également regagner du temps. Aller de Lyon à  Amiens en voiture ou en train n’aura pas les mêmes conséquences en termes de gain ou de perte de temps. Dans la deuxième solution, il sera possible d’utiliser votre ordinateur et d’avancer tranquillement sur certains dossiers alors qu’avec la première, votre énergie sera entièrement absorbée par la conduite.

Les réunions seront d’autant plus rapides qu’elles auront été bien préparées et structurées avant leur réalisation. Un ordre du jour bien séquencé pris en charge par un gardien du temps qui soutiendra l'animateur de la réunion permettra également une meilleure maîtrise.

Dans une journée, les situations qui permettent de gagner du temps ou d’en perdre sont finalement nombreuses. L’art de la gestion du temps ne se limite donc pas seulement à la manière de planifier  les activités mais dépend aussi du  rythme dans lequel on peut choisir de  les vivre. Cette alternance d'accélération ou de lenteur choisie donnera une saveur plus intense au vécu de la journée. Là aussi c'est un exercice de discernement... et peut-être une forme de micro-libération...

Demain, quelles sont les activités que vous allez accélérer et quelles sont celles où vous pourriez ralentir ?
 

Bibliographie et sitographie




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